DU GUESCLIN
Touchés par ces paroles, ils se livrent à Du Guesclin, qui les dirige sur Avignon. Ils étaient bien quarante mille, mangeant le peuple. Le pape Urbain, justement inquiet, leur dépêche un cardinal, qui les aborde non sans grande frayeur. Le maréchal d'Audenham répond qu'ils sont tous bons chrétiens, marchant combattre les infidèles, et qu'ils se sont voulus détourner de leur route pour demander l'absolution de leurs péchés et se mettre en bon état, étant absous de. la propre bouche du pape ; et pour le mérite d'une si grande entreprise, ils demandaient au pape de leur faire une gracieuse aumône de deux cent mille francs, étant le chef de la chrétienté. Le cardinal dit qu'il avait bien mission d'absoudre sans retard, — et il eût volontiers donné sur l'heure l'absolution avec le portage (1), — mais non d'aumôner.
Sur cela intervient messire Bertrand : « Monsieur le cardinal, dit-il, c'est le contraire: il y a assez d'hommes ici qui attendraient bien avec toute quiétude l'absolution jusques à Pâques ou plus, mais c'est l'argent qu'il faut, comptant et bien présent (2). Dites cela au Saint-Père, et qu'il se hâte, car tant plus
(1) Ces mots, portage, portements, sont encore en usage dans les campagnes pour désigner ces compliments qui toujours roulent sur ces mots : « Portez-vous bien 1 Comment vous portez-vous? »
(2) Je vous viens apporter la leur confession :
Ils ont ars maint moustier, mainte belle maison, Occis femmes, enfants à grand destruction, Pucelles violées et dames de grand nom, Robe vaches, chevaux, et pillé maint chapon, Et bu vin sans payer, et robe maint mouton, Et emblé maint joiel, à tort et sans raison, Calices de moustiers, argent, cuivre et laiton...
{Chronique de Bertrand Du Guesclin.)
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nous resterons Ik, tant plus ira la besogne pire. » Et pour rendre la supplique plus pressante, il s'avance en vue jusque sous les murs d'Avignon. Le pape les voyait des fenêtres de son palais courir le pays, pillant et faisant le reste, et il disait : c Voila des gens qui se donnent grand'peine pour trouver le chemin deTenfer! »
Le pape ne faisait nulle objection au sujet de Tabsolution, et cela ne coûtait pas maille ; mais la demande des deux cent mille francs lui était chose bien forte a passer, car étant accoutumé d'en recevoir à cette occasion, il lui semblait merveilleusement étrange d'en donner. Désireux toutefois d'entrer en accommodement, il offrit la moitié, qu'il s'empressa de lever sur les habitants, ne voulant pas ouvrir le trésor de l'Église pour une cause si profane.
Mais il arriva que Du Guesclin rendit cette somme au prévôt d'Avignon et !i ceux qui l'apportaient avec lui, en leur disant: « Mes amis, le saint-Père et les cardinaux sont nourris de biens, revenus et impositions qu'ils prennent du menu peuple et refusent de participer k sa décharge, tandis que moi je vais de bonne volonté en voyage pour le mettre en liberté des infidèles qui le tyrannisent. Je me ferais conscience de prendre l'argent du peuple qui en a besoin. Remportez-le, et dites au pape et aux cardmaux que je demande de ce qu'ils ont assez, et que je ne veux point de la nécessité du peuple, ni de ce qu'il a trop peu. »
Le brave chef breton parlait si net et si franc qu'il n'y avait plus guère moyen de prendre des biais ni de marchander. Le pape s'exécuta donc, donna l'absolution de loin, et les vit avec satisfaction se diriger vers Toulouse. Mais a peine étaient-ils sur le territoire
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