DU GUESCLIN
espagnol qu'il leva, pour se dédommager, une décime sur les biens du clergé de France (1). L'exemple lut suivi, et les chanoines de Saint-Julien de Brioude, victimes antérieurement de Séguin de Badefol, obtinrent de Charles V mille livres de dédommagements à lever sur le plat pays, auquel ils firent encore payer par surcroit les frais de réparation du château de la ville (2).
N'est-ce pas une merveilleuse époque que celle-lk? Le connétable, le plus grand capitaine du siècle, à la tête de ces bandits qui le reconnaissent pour un homme du métier; un maréchal de France, naguère leur adversaire, qui maintenant les dirige ; ces malandrins qui ont des doutes sur l'état de leurs âmes, qui vont guerroyer pour la cause de Dieu, et se dérangent de leur route pour aller rançonner son vicaire ; le pape qui trafique des choses saintes, qui donne le pardon, engageant la parole de Dieu, mais qui ne veut pas donner l'argent, qui marchande et exploite le peuple pour écarter les pillards dont la présence l'inquiète ; puis le chef des bandes qui donne une leçon de charité et de désintéressement au pape et k ses cardinaux; et enfin, pour couronner l'œuvre, Urbain, le péril passé, pressurant le peuple pour rentrer dans ses déboursés !...
Rappelons aussi pour mémoire que le brave et généreux Du Guesclin, chevalier du peuple lorsqu'il est h la tête des bandes, n'agissait pas toujours ainsi, et qu'une fois il avait frappé la Bretagne d'un fouage
(t) Vita pap* Âvenion.f I, 405.
(2) Abrégé de l'hiet. d'Auvergne, 421.
de vingt sols par feu, qu'il s'était opposé en toute circonstance aux affranchissensents des serfs, et qu'il avait rétabli la servitude de mainmorte abolie par le duc. D'autres fois, il abandonnait à ses Bretons le pays k ravager, il les laissait enlever dans les villages l'argent, les habits, les chevaux, le bétail, et tout ce qu'ils pouvaient emporter (1).
Du reste, si l'on veut avoir la mesure de la sympathie que le peuple rencontrait chez les princes, même les meilleurs, on peut consulter le récit que fait le sire d'Oronville, biographe du duc de Bourbon, de l'un des plus beaux traits de la vie de son héros le bon duc Louis JI, comme l'appelle un historien du Bourbonnais (2). il était allé passer sept années en Angleterre, comme otage du roi Jean, son neveu. Le roi mort, il se racheta au prix de 140,000 francs d'or, « lesquels ses pays de Bourbonnais et de Beauvoisis payèrent comptant. j> Pendant cette absence de sept années, ses vassaux et ses officiers s'en étaient donné à cœur joie, volant et massacrant le bonhomme k donner envie aux Anglais eux-mêmes. Alors Huguenin Chauveau, grand procureur du Bourbonnais, ne pouvant s'opposer a leurs déportements, travailla k venger le peuple, et pendant ces sept années il rédigea le volumineux journal des méfaits de la noblesse de la province. Le duc, k son retour dans ses États, vint k Moulins demander l'hospitalité k messire Huguenin Chauveau qui lui offrit son livre qu'il avait appelé le Peloux, comme les plus précieuses étrennes qu'un
(1) Daru, Hist. de Bretagne. — Pitre Chevalier, la Bretagne ancienne et moderne^ 437. — Contin. de Nangis, 134.
(2) Bâtissier, Voyage pittoresque en Bourbonnais.
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