PESTE ET FAMINE
réformes sociales qui modifient les relations de ceux qui possèdent avec ceux qui travaillent. Il rédigea dans ce sens une sorte de charte en douze articles, qui devint l'ultimatum, la profession de foi des paysans révoltés.
Je n'ai point à raconter les sanglantes et dramatiques péripéties de la guerre des paysans en Allemagne (1). Elle fut terrible et implacable des deux côtés, et Jacques Bonhomme, comme toujours, fut vaincu. Le glaive, la corde, le Bûcher, firent justice des rebelles, et ce qui restait retourna a la glèbe comme devant.
« Beaucoup de sang a été versé dans la guerre des paysans, dit le chroniqueur Franck ; plus de cinquante mille hommes ont été tués, mais dans aucune guerre on n'a bu et versé tant de vin que dans celleci. Le Rhin, depuis Bâle jusqu'à Cologne, ne roule pas autant d'eau. Hélas ! pour que le cultivateur boive du vin, il faut qu'avant et après il boive le sang des grands et des riches! Quel monde! »
Les idées d'affranchissement et de liberté sont contagieuses dans l'âme humaine ; l'esprit d'indépendance franchit le Rhin, et bientôt l'Alsace et la Lorraine virent les rusteaux, les boures, comme on les appelait, refuser, a main armée, l'obéissance aux seigneurs iQjmporels et ecclésiastiques. « Ils supposèrent qu'étant chrétiens, ils devaient jouir de la liberté des enfants de Dieu, secouer le joug sous lequel la tyrannie de leurs seigneurs les tenait asservis, et ne rien omettre pour faire revivre ce qu'ils appelaient la li-
(1) Voyez la Guerre des paysans^ par Alexandre We il.
bertë de TÉvangile. Tel est le froit le plus ordinaire de Thërésie, d'inspirer la sédition et la révolte! » (Laguille, Alsace, 11, 13.)
Suivant le jésuite Laguille, c*est apparemment Tesclavage qui est Tordre évangélique, puisque la liberté est l'hérésie.
Quoi qu'il en soit, les douze articles de Munzer gagnèrent en énergie et en concision, en touchant le sol de la France ; les ahaniers lorrains n'en prirent que la substance et les formulèrent en ces termes :
Article premier. — L'Évangile doit être prêché selon la vérité, et non selon l'intérêt des seigneurs et des prêtres.
Art. 2. — Nous ne payerons plus de dîmes ni grandes ni petites.
Art. 3. — L'intérêt sur les terres sera réduit à cinq pour cent.
Art. 4. — Toutes les eaux doivent être libres.
Art. 5. — Les forêts reviendront k la commune.
Art. 6. — Le gibier sera libre.
Art. 7. — Il n'y aura plus de serfs.
Art. 8. — Nous élirons nous-mêmes nos autorités. — Nous prendrons pour souverain qui bon nous semblera.
Art. 9. — Nous serons jugés par nos pairs.
Art. 10. — Nos baillis seront élus et déposés par nous.
Art. 11. — Nous ne payerons plus le cas de' décès.
Art. 12. — Toutes les terres communales que nos seigneurs se sont appropriées rentreront k la commune.
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