‹ Histoire des paysansChapitre 7 sur 84 · EFFORTS DE CHARLES V · texte numérisé non relu

EFFORTS DE CHARLES V

sujet dévoué pût offrir k un bon prince. C'était justement le 1" janvier 1364.

« Hôte, répondit le duc, vous avez mis sept ans k défaire ma chevalerie et la noblesse de mon pays. Vous avez fait œuvre de mauvais vilain, et bien ressemblez la nature dont vous êtes issu. » Puis il jeta le livre Peloux au feu, sans l'ouvrir, beau trait dont « la renommée en dura tant qu'il vécut, et en durera cent ans après sa mort (1). »

Oh ! si dans chaque province et dans chaque siècle, les chefs de la justice eussent rédigé un livre Peloux et dressé le registre des faits et des gestes -des gentilshommes !... Mais dans ces temps misérables où le peuple était compté pour rien, où la bourgeoisie elle-même existait k peine et où la possession d un manuscrit était un luxe qui n'était permis qu'aux grands seigneurs, les chroniqueurs écrivaient au point de vue des châtelains, qui seuls les lisaient et les payaient.

Plus sévère pour les ennemis du dehors, ce duc Louis guerroyait vaillamment contre les Anglais « qui détroussaient le pays et faisaient moult de maux » en Anjou, dans le Berry et l'Orléanais, et lorsqu'il avait échelle leurs citadelles, il faisait « de grosses charbonnées » des places fortes — et aussi de leurs garnisons.

Malgré ces succès partiels, l'Anglais, exaspéré par ses défaites mêmes, n'en continuait paà moins k faire plus que jamais aux campagnes une guerre d'extermination, promenant en tous lieux ses troupes t cour-

(t) Jean Cabaret d*Oron ville, Chronique de Louiade Bourbon, 105.

loisemedl, k petites journées et k grands dépens, k raison de deux ou trois lieues par jour au plus, sans se trop lasser ni travailler. » Menacées dans leur existence par cette ruine absolue des alianiers, les cités veulent racheter du pillage le plat pays qui les fait vivre. « Combien, leur denaande Robert Knowles, donnerez-vous en ptirs deniers pour ce pays de ci environ, et nous le respiterons d'ardoir et courir vilainement?» Mais Edouard III, moins avide de contributions que désireux d'abaisser la France, reproche a son capitaine d'avoir mal fait la besogne et lui interdit d accepter de telles compositions. (Froissart, 1370.)

La noble France avait cessé d'être une patrie. Tel château était anglais, tel autre, qui le touchait, était fiançais : état sans exemple et sans nom, qui faisait du royaume tout entier une Babel sanglante. « Ainsi les choses étaient entouillées, et les chevaliers et les seigneurs l'un contre l'autre ; et y foulait le fort et le faible, ni on n'y faisait droit, ni loi ni raison à nuUui; et étaient les villes et les châteaux entrelacés les uns dedans les autres, les uns Anglais et les autres Français, qui couraient et rançonnaient et pillaient l'un sur l'autre sans point de déport. » (1371.)

L'Anglais apporta la flamme et le pillage jusque sous les yeux de la cour, a Villejuif, Gentilly, Arcueil, Bicêtre. « Par ma foi ! sire de Clisson, dit le roi, je ne pense jk k issir ni k mettre ma cavalerie ni mon royaume en péril d'être perdus pour un peu de plat pays. »^ (Froissart, II, 374.)

Si Charles V, aussi habile politique que ses prédécesseurs s'étaient montrés follement chevaleresques,

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