LES RAVAGES EN LORRAINE
loi, a si bien que Ton ne voyait que filles et femmes par les rues, qui se retiraient a la course chez leurs pères et maris... Il y eut même vingt et deux religieuses de bonne part et d'ancienne noblesse du pays de Lorraine et d'ailleurs, que les grands de l'armée avaient enlevées, durant le siège, des abbayes de Saint-Pierre, Sainte-Glossine, des Pucelles, Sœurs Colettes et de Sainte-Claire, qui se sauvèrent quant et quant par cette émeute et se vinrent rendre, contre toute espérance, en leurs monastères et couvents. > (Vieilleville, II, 133-144.)
L'armée se couvrit de gloire au siège de Metz, commandée qu'elle était par tous les héros d'alors. Guise, Condé, EDghien,les deux fils de Montmorency, et cette défense est, en effet, l'un des plus glorieux faits d'armes qu'aient k enregistrer nos annales. Seulement, qu'est-ce que cette gloire achetée au prix de tant de ruines, de sang, de larmes et de déshonneurs ? Qu'est-ce que ces héros qui, s'ils récoltent la gloire, sèment aussi la honte autour d'eux?... Ils défendent la patrie, c'est vrai ; et cependant, s'il n'y avait pas de soldats payés pour l'attaquer, il n'y aurait pas besoin de braves soudoyés pour la défendre.
Et que l'on ne croie pas que l'action de Guise détruisant les campagnes pour sauver la ville fût une exception dans l'espèce. Cette guerre de sauvages et de cannibales était, au XVI® siècle comme au XIP, la guerre officielle, et Guise ne faisait que ce que tous faisaient autour de lui. « Il y a, s'écriait, au nom du roi, le chancelier aux états généraux de 1560, beaucoup de choses qui sont en apparence dures et aigres, et qui sont néanmoins salutaires, qui sont comme
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quand nous mettons le feu aux granges et aux blé§ de nos sujets pour couper les vivres a Tennemi... Par ce moyen, les meilleures et saines médecines sont les plus amères. »
Il semble que riiumanité retourne vers la sauvagerie. Les mémoires de Claude Haton sont pleins des excès de toute nature des soudarts et de ceux qu'il appelle les gentilshommes, Rabelais se contentait de dire les genpillehommes. Claude Haton nous apprend que le duc de Guise avait mérité d'être surnommé le Grand Boucher de France (I, 69). En 1555, la guerre est partout, extérieure et intérieure, civile et religieuse, générale et particulière. Il ne manque plus aux hommes que de se manger. Mais cela arrive dans les temps de famine.
« Et parce que la guerre des princes tardait trop k se mettre sur en ce pays, lies hommes la faisaient les uns aux autres, c'est-à-dire que souvent es assemblées publiques, comme aux fêtes de villes et villages et festes de nopces, les plus orgueilleux s'entrebattaient les uns les autres et s'entretuaient, parce qu'il n'était fils de bonne mère pour ce tempsci qui ne portait point de espée et dague, et ne se passait feste que quelqu'un ne fût tué ou bien battu. Et si le plus souvent à telles noises y étaient des premiers les prostrés, l'espée au poing, car ils étaient des premiers aux danses, jeux de quilles, d'escrime, et es tavernes où ils riblaient et par les rues toutes les nuits autant que les plus méchants du pays (17).. . »
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