EFFORTS DE CHARLES V
eut le tort de regarder d'un œil trop impassible les fumières des Anglais, il n'en faut pas moins reconnaître qu'il fit beaucoup pour les campagnes. Plusieurs ordonnances tentèrent de porter remède aux abus qui s'introduisaient dans la ferme et la perception des aides ; les élus partageaient les receltes avec les fermiers, qui souvent étaient leurs parents, leurs amis ou même leurs serviteurs, et se faisaient payer des vacations lorsque, sous couleur des affaires des aides, ils chevauchaient pour leurs propres besognes. (1374. Ordonn., IV, 183.)
Des pays qui de six cents feux n'en comptaient plus que deux cents, par suite des guerres, des ])estes et des famines, payaient toujours la même somme, c'est-à-dire que les survivants supportaient des charges deux fois trop pesantes. Charles apporta ses efforts h faire cesser de telles iniquités {Ordonn,^ VIII, 443), et en Languedoc seulement, onze cents villages obtinrent des réductions de feux.
Dans ses lettres de juillet 1367, il rappelle qu'on ne doit pas arrêter les paysans, saisir leurs charrues ni leurs animaux de labourage, pour la rentrée des deniers, tf debtes royaux ou aultres, »
Non content d'accorder aux sujets de ses domaines une exemption absolue du droit de prise, il ordonna aux gens de guerre de payer tout ce qu'ils prendraient, et créa, pour réprimer leurs brigandages, une maréchaussée et des prévôts qui parcouraient le pays, jugeant sommairement et pendant de même.
On peut lui reprocher d'avoir, fidèle aux traditions d'alors, trop regardé les biens de son peuple comme sa propriété k lui. II l'accabla d'impôts afin de pou-
voir satisfaire son goût pour les beaux-arts et les bâtiments, et Ton vit souvent le paysan contraint de vendre son chétif mobilier et jusqu a son lit pour acquitter la taille (i).
De son côté, Tinsatiable cour papale continuait k soutenir l'argent de la France, et en 1566, Urbain V, sous prétexte d'aller au secours du roi de Chypre, que menaçaient les musulmans, eut encore la fantaisie de demander des subsides que Charles V eut la faiblesse de lui accorder. Le pape promit des indulgences, et envoya des émissaires pour lever les impôts accordés. Mais c il se trouva des imposteurs à qui Tavarice suggéra de publier la croisade, et de tourner k leur profit les aumônes des (idèles. » (Longueval, 104.)
Charles V, en régularisant la consommation du sel, flt de la gabelle un impôt onéreux pour le peuple. Le premier il ordonna de délivrer tous les trois mois k chacun une quantité de sel fixée par les officiers de la gabelle, et calculée d'après les besoins présumés de chaque famille. Les paysans bretons donnèrent le funeste exemple, trop bien suivi depuis, de soulèvements populaires contre ce nouvel impôt.
Il se déchargea du payement des gages de ses gens du parlement en leur ordonnant d'appliquer k leurs salaires les amendes qu'ils infligeraient, et l'on peut croire que plaideurs et accusés furent désormais souvent et lourdement condamnés aux peines pécuniaires. Puis, comme un abus en amène un autre, les juges, k l'imitation des rois, des seigneurs et des évêques, convertirent en argent et en redevances
(1) Dissert, sur Vhist. de Paris^ par Lebeuf, 111, 452.
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