JACQUERIE DANS LE QUERCY
Le maréchal de Thémines remplace Vendôme, et brûle d'inaugurer son commandement par quelque action d'éclat. « Ayant eu Tordre de faire le dégât dans la contrée, il sortit de Villemur le premier de septembre avec trois ou quatre mille hommes d'infanterie et quelque cavalerie, et parut sur les coteaux du Fau, incendiant les métairies et détruisant les vignes et les arbres, tandis que la cavalerie descendit dans le vallon et jusqu'aux prairies qui bordent le Tescou, d'où elle amena quelques bestiaux. » Dans les environs de Castres, « il ne laissa ni maison, ni arbre sur pied, ni souche de vigne, ni épi de blé. Les hommes non plus ne furent pask l'abri de la fureur du soldat. Rohan et lui semblèrent se disputer a qui serait le plus inhumain. » De leur côté, Montbruii, qui commandait dans la ville pour le duc de Rohan, et d'Épernon, à la tête des troupes royales, saccageaient à Tenvi les environs de Montauban.
« Ce n'était pas un seul détachement qui allait en course. Plusieurs sortaient souvent ensemble de la ville, et se portaient en différents endroits, ayant fréquemment a leur tête le ministre Béraud,qui. avait des allumettes à son chapeau, et exhortait les soldats au meurtre et k l'incendie. Le 22 juillet (1628), Saint-Michel envoya Marmonié et Roufûce du côté de Montrieux, où ils battirent la campagne de Montastruc. Pendant que Labastide, Sigoniac, Lhoste, Escorbiac, Violettes, Feutrié, Planard et Bernadou furent mettre le feu k Saint-Maurice, où toute la moisson qui se trouva dans les aires fut la proie des flammes, d'autres se répandirent dans le bas Languedoc. Nohic, Orgueil et le Terme éprouvèrent leur fureur.
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404 • HISTOIRE DES Ï>AYSANS.
Toutes les maisons de la campagne, jusqu k Fronton, furent détruites (1). »
Pendant que ces guerres civiles et religieuses ruinaient les campagnes, une jacquerie locale avait éclaté- dans le Quercy. En Guyenne, bien que depuis longtemps les états ne fussent plus qu'une tradition, chacune des sénéchaussées de la province avait cependant ses états particuliers. La cour institue pour les remplacer dans le Quercy. deux élections (1624), prétextant que les assemblées d'états étaient ruineuses pour le pays, et que les répartiteurs « se laissaient corrompre par des présents, » ce qui, du reste, était vrai. Toutefois les campagnards, estimant avec juste raison que le remède était pire que le mal, et que les officiers royaux étaient plus redoutables encore que les commissaires provinciaux, s'élancèrent sur leurs armes pour défendre les franchises de la province. Ils s'appelèrent les nouveaux croquants, et, au nombre de seize mille, ils marchèrent sur Cahors et Figeac, demandant qu'on leur livrât les élus royaux. Le peuple de ces villes était pour eux, mais les magistrats prirent énergiquement la défensive et appelèrent a leur aide le maréchal de Thémines, qui les tailla en pièces, et prit et fit prendre les deux chefs qui les commandaient, un astrologue et un ancien soldat (2).
Aucune satisfaction n'était accordée aux campagnes, bien au contraire. Ces impuissantes protestations servaient de prétexte aux réactions de la cour ;
(1) Cathala Coture, Hist. du Quercy, II, passîm.
(2) Mercure de France^ X, 473.
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