‹ Histoire des paysansChapitre 79 sur 84 · INUTILES EFFORTS DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

INUTILES EFFORTS DE RICHELIEU

12 janvier 1634, avait promis rétablissement des grands jours dans plusieurs provinces, lis s'ouvrirent dans le mois de septembre de celte année-lk k Poitiers, pour les provinces du Poitou, du Limousin et du Périgord. Ordre avait été donné k tous baillis, prévôts, sénéchaux et juges d'informer « des meurtres, assassinats, voleries, rapts, enlèvements et violements de femmes et fllles, levées de deniers et autres exactions, concussions, rébellions, forces, violences, usurpations et occupations de cures, prieurés, chapelles, hôpitaux, maladreries^ excès faits k ses gens et autres officiers du roi (1). »

Omer Talon, qui y remplissait les fonctions de procureur général du roi, déplore en ces termes les abus qui s'y commettaient, et fait comprendre comment, malgré leur fréquence, ils demeurent sans résultat pour réfréner Taudace des gentilshommes : <r J'ai observé dans la tenue des grands jours, dans lesquels je crois avoir eu le principal et le plus difficile emploi, que la malice des officiers rend infructueux ce remède établi k bonne fin, et que le peu de séjour qu'y fait la compagnie n'est pas suffisant pour apporter remède k'tous les maux d'une pro.vince. Les premiers jours se passent en compliments et civilités, et lorsque les officiers sont échauffés, l'on songe k s'en retourner. D'ailleurs les captures et exécutions, dans lesquelles consiste la principale utilité de l'affaire, dépendent de la vigilance et prud'hommie des prévôts, des maréchaux, gens corrompus et sans foi, desquels il ne faut rien espérer qu'avec grand soin et assiduité k

(1) J. Guérinière, Hist du Poitou, II, 380.

veiller. k leurs actions. Ea dernier lieu, ceux qui échappent l'occasion des grands jours et qui n'y sont pas punis en deviennent plus insolents et oppriment avec plus de liberté, s'imaginant avoir évité un péril dans lequel ils ne reton)beront plus (1). »

Partout où se portait le théâtre de la guerre, les mêmes scènes se produisaient invariablement ; amis et ennemis volaient et assassinaient Jacques Bonhomme, tous laissaient après eux la ruine, le désert, la famine et la peste. La bataille d'Avein (1635) avait écrasé les forces de l'Espagne, et l'on ne doutait plus de la conquête des Pays-Bas. Les affaires de Flandre étaient sans ressources, les peuples échus en partage a la Hollande redoutaient le changement de religion. ce Ceux qui tombaient dans la part des Français ap^ préhendaient tellement la tyrannie du gouvernement auquel ils voyaient les peuples de France abandonnés par le payement des tailles et autres sortes d'impositions, qui s'augmentent selon le caprice et la fantaisie de ceux qui gouvernent sans borne ni mesure, qu'ils résolurent de courir toutes sortes de dangers plutôt que de se soumettre à une si dure servitude ; et quoique les Français leur promissent la continuation de leurs privilèges, dont ils sont for-t jaloux, ils ne s'y voulaient pas fier, grâce à la réputation qu'ils ont parmi les nations étrangères de manquer aisément de parole à ceux qu'ils ont assujettis, ce dont ils citaient beaucoup d'exemples (2). »

La Picardie était la proie de l'armée .espagnole

(1) Orner Talon, Mémoires, 39.

(2) Mém, du marquis de Montglat, 81.

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