INUTILES EFFORTS DE RICHELIEU
(1636) ; mais celle-ci, du moins, en la ravageant, exerçail son droit de conquête, et vivait en ennemie sur le territoire ennemi. Paris, effrayé et croyant déjà voir l'étranger dans ses murs, contraignit les paysans des campagnes avoisinantes a venir travailler, par corvées, aux fortifications de la ville et de Saint-Denis, et aux forts que Ton élevait ;dans ce danger extrême. {Id,, 127.) Le roi marcha au secours de la province envahie.
ce II vit, dans les campagnes, des avoines toutes fauchées, quoiqu'elles fussent encore toutes vertes, et plusieurs paysans assemblés autour de ce dégât, mais qui, au lieu de se plaindre de ses chevau-légers, qui venaient de faire ce bel exploit, se prosternaient devant lui et le bénissaient. — « Je suis bien fâché, « leur dit-il, du dommage qu'on vous a fait là. — Cela a n'est rien, sire, lui dirent-ils, tout est à vous ; pourvu « que vous vous portiez bien, c'est assez. — Voilà un « bon peuple ! » dit-il à ceux qui l'accompagnaient. Mais il ne leur fit rien donner, ni ne songea à les faire soulager des tailles (1). »
Voilà quels étaient les sentiments de ses campagnards, tandis qu'on les iliiinait ; était-il donc bien difficile, avec de tels hommes, d'éviter les insurrections si fréquentes à cette époque ?
Louis expédie le colonel Gassion dans le Caml)résis, où il pénètre le 26 octobre (1636), à la tête de 1,200 chevaux. Ayant été repoussé de Cambrai, « il alla à un village nommé Artigny, où, trouvant cent paysans qui tirèrent sur ses gens et puis se reti-
(1) TaUemant des Réaux, Historiettes.
rorent dans une maison assez forte, il les y fit attaquer si vigoureusement que les siens entrèrent Tépée a la main dans ladite maison et y tuèrent Xout. Il a brûlé ensuite dans le même pays de Cambrésis quarante-deux villages remplis de grains et de bestiaux... Il s'en alla continuant ses brûlements jusqu'au 29 octobre {{)... »
Il y avait une province qui, tour a tour bourguignonne, française, autrichienne et espagnole, puis, en dernière analyse, à peu près républicaine, vivait pauvre d'argent, mais très fertile et très peuplée, a l'abri de privilèges qui avaient fait substituer a son nom de comté de Bourgogne celui de Franche-Comté. Déjà envahie et ravagée en 1652 par suite des brigues de Gaston d'Orléans, elle le fut encore en 1636, et pour trois années non interrompues, attaquée par Condé, défendue par le duc de Lorraine, pillée et saccagée par tous les deux, «c Les habitants des villages furent presque tous impitoyablement massacrés, les femmes tuées, les filles violées (2). » — « Tous les villages étaient brûlés, et la campagne resta tellement deshabitée qu'elle ressemblait plutôt k un désert qu'à un pays qui eût jamais été peuplé (3). »
Aux environs de Lons-le-Saunier, « les soldats, dit un témoin occulaire, étaient si accoutunoés k incendier les villages, que l'on ne trouvait plus de couvert nulle part. J'avoue n'avoir jamais vu faire tant de mal qu'en ce pauvre pays, qui fut entièrement ruiné...
(1) xMath. Mole, Mém. IV, 123.
(2) Dom Plancher, Hist. de Bourgogne, IV, 650.
(3) Rougebief, Hist, de la Franche-Comté, 522. — Montglat, Mémoires, 123.
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