‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 2)Chapitre 12 sur 58 · LES CASTILLO · texte numérisé non relu

LES CASTILLO

ÀUrSTIN DEL CASTILLO. — JUAN DF.L CASTILLO. — ANTONIO DEL CASTILLO.

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Après la période gothique dont les historiographes font remonter l'origine à Saiiehrx de Castro, qui peignait à Séville en l( ai, l’ influence italienne domine exclusivement dans l'Ecole d'Andalousie jusque vers la lin du xvr siècle. Luis de Vargns, élève ch; I*erinu del Yoga, et les deux Flamands Franriseo Krutet et Pedro Campana, sectateurs eux-mêmes de l'Ecole romaine, se continuent dans Pedro de Villegas. Luis Fernande/. Pahlo de Cespedès, Antonio de Mohedano , Pacheco et Agustin del Castillo. (Test lloêla* qui , le premier, s’efforce d’échapper à cette influence : on sent nettement poindre en lui des tendances nouvelles : élève des Vénitiens , tempérament réaliste , Hoêlas contraste déjà singulièrement dans se* œuvre* avec les pâles et froide* productions des professeur* restés attachés à la tradition de Vargns. A leur tour. Herrcra le Vieux et Juan del Castillo, délaissant le* errements de leur maître Luis Fernande/, inclinent au style plus franc et plus libre de Roclas. L'émancipation s'accentue : c'est le génie national qui cherche et se dégage; avec Velâzquez, Murilh», Zurbarau et Cano, il va s'épanouir cnliu dan* toute sa rayonnante et vigoureuse originalité. Les tleux Castillo appartiennent il cette phase indécise où l'arl national tâtonne encore el n a pas

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conquis sa complète indépendance. Agustin, rainé des deux frères, m» montre peu novateur; k part quelques timide» écarts, il semble que. comme Pacheeo, son condisciple, il ait préréré s’en tenir à l'imitation du style et du coloris des élèves de Raphaël; taudis que Juan, par son enseignement plus encore que par ses œuvres, mérite d'être appelé le précurseur de cette brillante École anriulooKc qui devait donner a l'Espagne iui style national et ses plus grands artistes.

Agustin del Castille naquit à Séville en Î5$5. Il est élève de Luis Fernandez, peintre peu connu et dont aucune œuvre certaine n'est parvenue jusqu'à nous. Cette lacune est d'autant plus regrettable pour l'histoire de l’art espagnol, que Fernandez fut en même temps le maître do llcrrera, de Pachoco et de Juan dol Castille : n'est-il pas présumable que l'artiste qui forma de tels disciples dut, n lin titre quelconque, témoigner de quelque valeur?

Au sortir de l'atelier de Luis Fernandez, Agustin del CnMillo s'en vint habiter Cordoue et il s’y maria. Personnalité très-effacée, sjîs biographes ne nous racontent que fort peu de choses touchant sa vio et son talent. Ils disent qu Agustin Tut surtout un habile fresquiste et ils citent avec de grand*, éloges une Conception, un Pire éternel^ et quelques autres peintures monumentales qui décoraient des églises et des couvents de Cordoue.

Malheureusement, loua ces ouvrages, dont l’alomino note l'importance, exécutés pour des voûtes, de* portiques ou des cloîtres à l’air libre, s'altérèrent rapidement et souffrirent bien davantage, nu dire de Cean Itmnudez, de» affreuses restaurations entreprises par des ignorants. Aussi, eherchornil-on vainement aujourdhui, sous les tristes mines de ces peintures, à retrouver les traces du dessin ou du coloris de leur primitif auteur.

Paloiuino et 4>an lierrnudez affirment qu Agustin del Castilln était savant dessinateur et que m* eouiposilions se recoiiimandent par la simplicité et In noblesse du style. Telles sont, en effet, les qualité» saillante» d'une Conception de In Vierge . que possède In cathédrale de Cordoup. Mais, dans celte page, dont il faut louer l'ordonnance, l’attitude naturelle, l'expression élevée et le beau plissé de» étoffe», l'éclat du coloris ne rivalise point avec l'exactitude de la forme, et le caractère y fait absolument défaut. En somme, cette composition, conçue et exécutée dans la tradition italienne, if offre pas, à nos yeux, l'intérêt que présente une Adoration de* Rois conservée aujourd'hui dan» la cuthédrole do Cadix. Poiiz raconte, dan» son Voyage tFEspngne, qu’il considéra cette peinture avec beaucoup d'attention, la croyant de la première mnnière de Velâzquez. Mais on lui assura qu'ayant été examinée de près elle portait la signature d' Agustin del t'astillo. tomme Iran Bermudes confirme de sou côté cette attribution, nul doute que celte toile ne soit un curieux témoignage des effort» que fit l'artiste pour transformer sa manière : il obéit donc, lui aussi, au courant qui emportait l'École ; comme Herrera, comme son frère Juan del Castillo, il céda à ce goût de iiuturulisme qui devait donner aux œuvre» de» maîtres de l'Andalousie une si haute saveur d'originalité. Agustin del Castillo mourut à Cordoue en 1G20. Il laissait un lil», Antonio «Ici Castilln y Saavedra, dont il ne lit guère qu’ébaucher l'éducation artistique.

Juan del Castillo naquit à Séville en 1581, dix-neuf an» après Agustin. Paloinitio dit qu'il fui élève de Lui» de Vnrgns, mais Cean Bermudes rectifie cette erreur par trop manifeste, puisque Yargns était mort dès 1568, et il établit que Juan reçut, comme son frère, les leçons de Lui» Fernandez. Cean a sans doute raison sur ce dernier point, niais nous n'en inclinons pas moins à croire que les ouvrages de Roèlas, établi à Séville dès l’année 16ü7, alors que Juan del ÜJtslillo n'avuit encore que vingt-trois ans. exercèrent sur le jeune artiste une influence plus déterminante que l'enseignement de Fernandez, Les pratiques de Roéias ne tendaient rien moins qu'à bouleverser tout le solennel et systématique appareil de composition des maîtres attachés à la tradition romaine : il ne peignait que d'après le modèle vivant, prenait scs types dans son entourage, parmi ses amis, se» connaissances, et commençait de rechercher le vrai, le réel, en toutes chose»; même le» accessoire» de la vie domestique trouvaient place.

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au grand scandale de Pachcco, jusque dans ses compositions religieuses. Un autre peintre, Francisco de Iferrera, se créait vers le mémo temps une éclatante originalité. L’énergie de son style, la liberté et la fougue de sa manière, impressionnèrent fortement la jeune Ecole. Gmime Hoèlns et lierrera, Juan del Uastilln rompit avec les consentions scolastiques ; il ne demanda scs types qu'à la nature, groupa scs

ligules avec simplicité, uc peignit que ce qu’il voyait, et s’efforça, mais sans ) réussir, de donner à hui coloris une vigueur jusqu’alors inconnue nu\ imitateurs de Vnrgns. Le premier, il fonda enfin un enseignement régulier, dont le naturalisme, e'est-à-dire le gofit du vrai, l'autour du réel et la haine du convenu. «*sl In ban*. Moyn, Cano, /.urharaii, Murillo, Velâzquez, et toute la jeune génération qui étudiait alors ii Séville, allaient successivement s'emparer de ces principes, d'ailleurs en si complété toi mm me Avec le génie national, et les traduire jusqu'à leur plus haut degré d’evpressinn et de caractère. Si. dans h-s

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leurre*, toujours empreinte» dos timidités qui avaient marqué ses débuts, Juan del Castillo reste inférieur à la brillante pléiade d'artiste* formés à ses leçons, et quoique ce* œuvres soient le plus souvent confondue aujourd'hui tantôt parmi les productions des maîtres de la période italienne, tantôt parmi les ouvrages de ses propres élèves en quête d'une manière personnelle, c'est du moins sa gloire, et elle demeure indiscutable, d'avoir pressenti les véritables tendances de l'Ecole et d'être rinspiruleur des plus (munis artistes de sa patrie.

Juan de! Castillo réunit bientôt autour de lui un gi'oufie important d'élèves : les premiers furent Murillo. h qui, selon quelques auteurs, le rattachait un lien éloigné de parenté, André» de Médina, dont on a des gravures à l’eau-forte, et Pedro de Médina Valbuena, peintre estimable, qui concourut plus tard avec Murillo à fonder l'Académie de dessin de Séville. Dans un voyage qgo Castillo lit à Grenade et où il eut occasion de peindre divers tableaux pour des particuliers, Miguel Cano, père d'Alonso, lui confia son lil». Pedro de Moya, qui était aussi de Grenade, fut présenté en même temps à ('.asti lia, et les deux nouveaux disciples accompagnèrent le mai Ire lors de son retour ii Séville.

La maison rie Castillo, située, croit-on, derrière l’église paroissiale de San Marc os, sur la fdantela de la* monjas tle Santa /sahel , était, selon Palomino, le rendez-vous de quiconque désirait sc perfectionner dan» l'art de peindre : « Su rasa cm /a cscuc/a ma.* frequent at/a de cwintos deseaban aprovechar en cl arte de la pintnra \ » En même temps que Castillo, trois autres maîtres professaient à Séville avec éclat : Koclas, qui formait Francisco Ynrela et Zurbarou ; llerrera le Vieux, qui avait pour élève son frère Bültoloaié, et enfin Francisco Pacheco. C’est avec ee dernier qu'étudiait Diego Velâzquez, entré d'abord chez llerrera; le talent de ce maître, bien que profondément sympathique au jeune artiste, n'avait pu toutefois lui foire accepter ses rudesses et ses brutalités, et Velâzquez l avait quitté. Mais renseignement du froid Pacheco ne répondait point au tempérament de l'élève dont les premiers essais, manifestement inspiré* de la manière de Castillo. attestent qu'il s'inspira plus volontiers des ouvrages du peintre réaliste, l ue remarquable émulation s'établit alors entre ces divers ateliers. Séville, la plus florissante cilé de l'Espagne, était encore un centre privilégié pour l’art. Les incessantes commande» des communautés religieuses et des personnages d'un rung élevé ; le» achat» que pratiquaient les marchand* qui. en retour de riches cargaisons, envoyaient de* peinture» aux Indes-Occidentale» ; les expositions publique», à l'époque de Lit fête du Corpus, sur les degrés de la cathédrale ou sur le passage de la procession ; les critiques des littérateurs et les sonnets louangeurs des poêle* concouraient n rendre cette émulation plus féconde et stimulaient puissamment les artistes.

C'est pour les couvent* de Séville, et plus particulièrement pour les églises des Pères Dominicains, que Juan del Castillo peignit si* plus importants ouvrage*. Poil* signale, dans l'église de Regina Ange/orwn. un tableau de la Vierge au Rosaire accompagnée des saints 1 H erre et Paul et d'un saint Dominique à genoux, qu'il n'hésite point à attribuer à Murillo, dans sa première manière. Or, ee tableau est de Jmm del Castillo. Plus circonspect dans l'examen des belles compositions qui ornaient autrefois le maître-aiitel du l'église de Monte S ion et que, sur l'assertion île Palomino, l'on attribuait à Alouso Cano, Point en découvrit cette foi» le véritable auteur et s'assura même que la plupart de ces toiles portaient la signature de Juan del Castillo. Elle grande Assomption de la Vierge, surmontée du Couronnement, uccii|iait le milieu de ce retable; sur les cédés étaient figurée* r Annonciation, la Saissanre de la Vierge, la Visitation et t Adoration des Rois, et. à la base, les saints docteur* avec salut Uonavcnturv et saint Thomas if Aquin. On voit aujiMird'hui, au Musée de Séville, cinq tableaux qui nous paraissent avoir fait partie de cet ensemble, dispersé sans doute lors île la suppression des couvents. Ces peintures appartiennent au meilleur faire de l'artiste, et elles doimciil bien la mesure de ee latent de transition qui unit la période d'imitation italienne à 1ère de complet a (franchissement de l'École.

Vers la fin de sa vie, Juan del Castillo quitta Séville et alla habiter Cadix. (Test là qu’il mourut en 1610, h l'Âge de cinquante-six ans.

' Puliwnino. t'irfa de foi Pin tort* cm ment t* es prîtes.

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l'iüouimo raconte qu'Alonso (juin, examinant des tableaux d’Antonio del t'astillo, ne put s'empêcher «le ri'intirquer « que c'était grand dommage, que dominant si bien, Antonio ne vtnt pas à (irennde apprendre un peu ii peindre .» — ■ Mieux vaudrait que Cano lui-même x int à Cordoue, fit répondre Castilln blessé nu vif:

nous le leurrions du moins payer de sa peine eu lui enseignant à dessiner. » Cette anecdote résume tout le talent de l'artiste en même tempe quelle dit le caractère de l'homme.

Vif. spirituel, aimant le plaisir et toujours prêt à accepter avec philosophie les événements fâcheux de l'existence, Nntonio del Cnslillo est un assez curieux personnage. On le voit prendre n l'égard de se* rivaux

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des allures provoquantes et leur prodiguer volontiers les plus mordantes épignuniues, sans prendre garde que son talent personnel, qu'il a sniu d'exalter lui-même avec une vanité risible, est plein de disparates et très-illégal. Ku effet, s'il dessine avec beaucoup d’esprit et de justesse, il peint durement, ut s'il rniii|H>se avec assez de facilité, il montre un revauebe peu de scieneu ut de goi'it dans l'arrangement de sus groupes. Praticien habile, il s'abandonne à hiii inspiration et s'en fie trop à sa venu : au demeurant, c'est un talent incomplet.

Fils et neveu des deux artistes dont nous vunniis d'esquisser la biographie. Antonio dcl Castillo, mi à Cordone en 1603, fut lui-même destiné du bonne heure à la peinture. Après la mort de son père Agustiu, nui premier maître. Antonio alla rejoindre à Séville son oncle Juan del Castillo, qui le fit entrer dans l'atelier de Zurbanm, bien jeune encore, mais déjà réputé un maître.

I.es biographes ne disent pas combien de temps Antonio demeura près de Zurharan. Il semble toutefois que ses éludes durent être rapides, et que, ébloui plutôt que pénétré des vigoureuses qualités de son rnnilre, il se crut trop tôt appelé à les imiter. .Mais U lie fit que les exagérer et ne les égala point, tics belles et savantes oppositions de lumière et d'ombre, cette exécution si robuste et si franche, qui eurnetériseut le talent de /.urharan, ne sont trop souvent, chez Je disciple, que parti pris sans mesure, que violence et que rudesse.

Antonio revint se fixer dans sa ville natale, l’ulommo nous apprend que, dès nui arrivée, il fui admis avec Crislolial Vêla, élève de Vicente Cardueho, à concourir pour un sujet de Saint Aciscle, martyr et patron île t'/onloue, que le chapitre de la cathédrale destinait primitivement ii décorer le maitre-autel : ce tableau existe encore. Successivement tlastillo est appelé à peindre, pour In ehnpelle du côté de la cour des Orangers, une Vierge au Rosaire, Sain! Roc h et Saint Sébastien, et, pour une autre chapelle voisine du chœur, une grande composition, Saint Péiaye entendant prononcer sa sentence de mort , tableau que Palomino décrit avec les plus grands éloges.

Sous la partie extérieure* de la porte du Pardon, il peignit il fresque une Assomption de ta Vierge, Saint Michel et Saint Raphaël, Saint Pierre et Saint Paul, Saint A ri.se le et Sainte Victoire,

Chargé de la décoratiou de l'escalier mnmimeiitul du couvent de Saint-Paul. Cnstillo s'en acquitta avec honneur. Os peinture», encore en place aujourd'hui, représentent Saint Ferdinand consacrant à saint Paul le couvent gu* il fait élever : de nombreuses ligures do saints, en buste , de grandeur naturelle ou plus grandes que nature, concourent h l'ornementation.

A l'hôpital de Jésus-Nazaréen, il exécuta à l'huile, sur enduit, une Invention de la Croix et te Bon Larron. Pulomiim, qui vante beaucoup ces deux ouvrages, se montre plus sévère pour un Couronnement «1 une Assomption de la Vierge, peints pour ce même hôpital, et qui [M'cheut notablement sous le rapport de la justesse des plans et de la distribution des masses, défauts trop frequents chez l'artiste.

Les Franciscains commandèrent à Antonio des ouvrages importants. Il fil pour leur église deux Saint Jean, \ Esprit saint au milieu d* une gloire de séraphins, la Sainte Vierge apftaraissant à saint I/defonse , et, pour le dotlrc, le Baptême de saint François. Il signa celte dernière toile d'une épigruinmaUque légende qui prêta beaucoup à rire : c'est un trait curieux de sa vie.

Il avait eu pour élève Juan de Alfaro, qui le quitta pour aller à Madrid se perfectionner h l'école de Velâzquez. De retour à Cordoue, Alfaro, parait-il, se plut à oublier qu'avant d'avoir reçu des levons de Velâzquez, dont il se proclamait bien haut l'élève, il avait eu pour premier maître Castille.

Blessé de I ingratitude et des procédés d'Alfnro, Cuslillo résolut de l’en punir. Observant que le jeune homme signait amoureusement d'un superbe Atfarus pinxit une suite de tableau v qui lui avaient été demandés pour le cloître des Franciscain», il imagina alors de signer son Baptême de saint François , placé dans le voisinage même des productions de son élève : non fecil Atfarus. L'épigrommc eut tant de succès, qu au dire de Cean Ucnnudcz elle demeura proverbiale dans les atelier» de» peintre».

Antonio acquit une réputation méritée comme |M)rtraitisle, mais son habileté dans les tableaux de chevalet est plu» spécialement notée par scs biographes. Paloinnm relate un assez grand nombre de ces tableaux,

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i|iti. de son temps, appartenaient à des collections d’amateurs, et dont il loue l'exécution pleine de fraîcheur et de grâce.

Castille aimait à donner à ses compositions des fonds de pavsnge, cpi'il peignait avec beaucoup de naïveté

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