JOSEPH RIBERA (I)IT L’ESPAGNOLET
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Il est remarquable que tous le# peintres de lu muNière furie eurent une vie tourmentée, romantique. remplie d’orages, de drames et de malheurs. I je Cnrovage, Salvalor llosa, Correnzio, Frncanzani Turent tour à tour artistes, conspirateurs, brigands; ils vécurent entre la gloire et le giliet. L’existence de Uibere , surtout, Tut un long contraste île splendeur et de misère, d'ombre noire et de lumière éclatante, comme sa peinture. Le magnifique personnage qui ne se montrait dans Naples qu'en carrosse, et dont te palais servait de rende*- vous à la plu* haute noblesse castillane, on l'avait xu jadis arriver d’Espagne. I»a livre et nu, dit itennudez, pobre ytletmdu'. Lui, l'opulent seigneur dont la Temme était toujours suivie d'un cerner qui l aidail à monter en chaise ou portait la queue de sa longue robe, il axait eu longtemps pour toute nourriture les restes de puin que ses condisciples lui abandonnaient . et c'était au sein même de ce profond dénuement qu'il avait étudié la peinture et dessiné les statues antiques.
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1 Grau Uamudr*, fthrionario de lot ma» Un tire» profe»orrt... Vadrid, 1800.
KCOLK ESPAGNOLE.
Il était «lors si chétif ot si peu de chose qu’on lui donna le surnom de f Espagnole!. Comme les Humains, les Espagnols sont petits de titille ; du temps de Itiberu. ils étaient comme les Romain», les maîtres du monde; aussi accusait -on le peintre d'avoir usurpé le titre d'Espagnol, si glorieux a ectte époque où les derniers jours du tiède d’or luisaient encore sur le royaume de Charles- (Juiut. Il faut que Ribera ait été un liomme bien lier, bien superbe, pour qu'on l’ail jugé capable de s’attribuer une origine d'apparat, et il n'v avait guéri* qu’un véritable Espagnol, qui pût être soupçonné de celle hautaine revendication d'une fausse patrie. Du reste, ce sont deux biographes napolitains, Rernurdo de' Dominici et Paolo de Mattéis, qui Font naître Itibera a liallipoli, dans le royaume de Naples, en 1593; mais en cela, ils ont commis une double erreur, comme le prouve un extrait de baptême relevé par Ikrmudez, constatant que Itibera i*st né le 12 janvier I5H8, à Xativn. dans le royaume de Valence, de Luis Itibera et de Margarita Lit.
Ile fut à Valence, dans l’école illustrée par les deux Juan de Joiincs, que Itibera reçut les premières leçons de peinture de Francisco ltiholtu . un des maîtres de cette «vole , la plus renommée alors de Espagne. Mais la manière linie du Itibalta qui s'était formé à Home, et joignait aux enseignements des ('.arrache* une trop soigneuse imitation de Itaphncl . ne retint pas longtemps IUIntu. Dieu de ce qui était froid ou sage ne pouvait captiver un enfant déjà travaillé par le secret presse» liment d’une |>cmtiire (dus virile, et qui dans son art croyait deviner toute une source d'émotions inattendues et fortes.
Donner du relief aux ligures au moyen des noirs les plus épais, étonner les yeux par l'étalage de chairs palpitantes et déchirée* , offrir à la multitude le simulacre des exécutions les plus horrible», mettre en scène des bourreaux a l'œuvre et des victimes hurlantes, ne choisir enfin, dans la Mythologie, que des Ixion, des Promélhée, dra Tantale; dans l'Histoire Sacrée, que des saints Barthélemy et des saints Laurent, c’est-à-dire des êtres humains torturés, écorchés, dépecés, roues, bridés vifs, voila ce qui convenait à un artiste qui semblait né pour être le peintre |«r excellence des hauti*s œuvres de la Sainte Inquisition.
flibern était fort pauvre et tout il fait enfant lodoeia mutkocho), lorsqu'il partit de Valence pour aller en Italie. Toutefois, ni la mobilité de la jeunes*- ni les conseils de la pauvreté ne eliangérent son humeur: il conserva sa fierté naturelle cil dépit de la misère , cl son goût pour les sujets horribles en présence des sereines eomposi lions de Hapbaèl. S'il faut en croire l'historien Dominici, qui écrivait en 17 f 2, soixante ans environ avant Itermudez, c'est à Naples, et non à Rome, que Hibera fut présenté pur son père à Michel -Ange de 4!arnvage, dont les leçons étaient si conformes au tempérament de l’ Espagnole!. Il débuta dans l'atelier de ce terrible maître par étudier des têtes d'apôtres, des demi-ligures de vieillard», et déjà il se plaisait à les peindre marquée* de tous les signes de la caducité; il écrivait chaque muscle avec une précision affectée , mais étonnante; il accusait à plaisir la dureté et le poli des o», la présence des tendons, la moindre cicatrice de quelque ancienne blessure, et les phalanges des doigt* de la main avec leurs ride* les plus profondes, rides de marbre — comme les appelait un jour noire sculpteur David — telles que les creuse la vie, flou pas dans le» carnations molles et toni lui nies, mais dans ce* peaux fermes, épaisses et basanées dont so recouvre un corps robuste qui lutte encore contre la dernière décrépitude.
L’artiste qui poursuivait avec tant de passion le rendu de la nature avait à peine dix -sept ans; néanmoins les prédilection* de l'EsjMignolet étaient alors tellement décidées, qu’étant à Home il y étudia sans so modifier et sans profil' le» œuvre* de Hapbaèl. Le profond dénuement où il vivait â Home n'était rien à son ardeur pour le travail, et souvent on le rencontrait dessinant dan* les rues, au soleil. Lu jour qu'il était occupé à dessiner ainsi, un cardinal, venant à passer, remarqua l'extrême application du peintre adolescent, su pauvreté, sa petite taille, et â travers ses guenilles, il crut voir percer, non -seulement l'orgueil, mai* le génie. Il s'approcha et offrit à Hibera un asile dans son palais. Cependant l'Espagnol n'eut pas plu* tôt accepté, qu’il commença de s'en repentir. Le séjour d’une antichambre I humiliait et l'attrista, car il aimait la servitude pour l'imposer, non pour la subir. Il a 'enfuit donc secrètement du palais, sans môme remercier la charitable Eminence, et il retourna gaiinent à la misère, à la peinture et a la liberté.
Oui le croirait? Le seul maître qui, après IH la ravage, ait exercé une passagère influence sur Itibera, ce fut
' Con paca profita, «lit Paolo *|r Maltro, .Vo IfUe di ah uni pitt. napotU. IXmuaici en a fait <k* nlatioii*
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le Corrègc! Lors d'un voyage qu'il lit il Parme, l'KspagnoIel se laissa gagner un instant pur le peintre de b grâce. Sa nature sauvage ne put se défendre de l'émotioil qn 'éveillent doucement dans l'Aine les n impositions de «t>t heureux génie. Mais n'est-ce pas un étrange rapprochement que le Corrège admiré par Hilipra! Celui-ci, voyant la création toul en noir, assombrira la virginité, vieillira la nature, nltristera jusqu'à la jeunesse et ne saura peindre la joie qu'en lui dormant une expression féroce sur le visage épanoui du bourreau. L'autre, au
contraire, fait aimer le soleil, l'amour cl lu vie; il empâte grassement les chairs, il douuc aux corps de la rondeur ou moyen d'ombres transparentes, et nous les montre endormis unis une lumière tempérée, ou se jouant dans la coupole de Parme, au sein de l'atmosphère lumineuse qui a remplacé Us pierres de l'édifice.
H i liera fut séduit, il lit plusieurs copies du Corrège, et de retour à Naples, il étonna tous les professeurs en exécutant dans celle manière claire le tableau de Sainte Marie la Blanche destiné à l'église des Incurable* ; mais les circonstances, lu gène, et par-dessus tout l'inclination naturelle ramenèrent bientôt l'Espagnolcl dans lu voie du Curavage. Le père de Itibera, qui était officier en garnison à Naples, venait de mourir, ne laissant à sa famille d’autre ressource qu’une pension trop modique et le talent de Joseph. Naples regorgeait alors de peintres accrédités : Snntafcdc, (iirolamo Impnralo, Ikittistello Carrocciucdo, renommé pour les fresques, et le cavalier Massinm Stuu/inni qui brillait dans un style emprunté au Guide et aux Carraches. Ils avaient deviné dans Itibera un rival redoutable : ils lui firent donner le conseil de retourner à la simple imitation de la nature.
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de prendre son rang dans la bruyante manière earavagesque , strefHlusa maniera. Celait lui conseiller se» triomphes.
Déjà, du reste . le lier Espagnol était passé de l'obscurité à la lumière, de la détresse à l'opulence, par son mariage avec la lllle d'un riche marchand de tableaux établi à Naples, proche le palais du vke-mi. l'n certain jour, comme il avait nus à sécher en dehors ch* son atelier une toile représentant le Martyre de saint Üarlhrlemy' — celui-là même qu’il a depuis gravé à l'eau forte, et dont une savante reproduction accompagne ce texte — il arriva que les passants, saisis par l'imprévu de ce spectacle , s'attroupèrent, et , après quelques moments de stupeur, poussèrent des cris d'admiration et d’épouvante. Ils »e montraient l’un à l'autre le couteau que serre entre ses dents l'un des exécuteurs et le derme sanglant du supplicié ; il» étaient touchés de 1a sérénité du saint et regardaient cette couronne qu'une main divine tient suspendue dan» les airs. Quant aux connaisseurs , ils pouvaient déjà remarquer la plénitude d un talent qui mêlait maintenant à la licrlé earavagesque la belle pâle, la pastosilà du Gorrège; ils s'émerveillaient tout haut de ce que le peintre. a]i|KU‘Uint dan» son exécution une sorte d'exactitude chirurgicale, rouillant le» chairs avec son pinceau comme avec un scalpel, fût parvenu à un tel degré d'effrayante imitation que sa peinture le disputait à la réalité même. Les clameur» de la foule arriv ci ont jusqu'au vice -roi de Naples, don Pedro toron , duc d'Oasttna, qui voyant l'émeute du balcon de son palais et apprenant la cause de ce tumulte, envoya de* sbires avec ordre de lui amener le peintre. Kibera triomphait. Le peuple, seul prince devant lequel il s'inclinât, lui avait décerné se» titres par acclamations. En présence du vice- roi, il lit valoir avec un habile orgueil sa qualité d'Espagnol, et fut si bien accueilli que le duc d'Ossuna voulut acheter le tableau et nomma son compatriote peintre de la cour, avec une pension de soixante doublons par mois*.
Il n'en fallait pas tant pour exalter l'intraitable orgueil de l'Espagnolet. Gréé par le pape chevalier du Christ. Hou José de Hibera se voyait dans Naples à la première place, et il entendait s'y maintenir, fût-ce par la violence. Autour de lui se rangèrent nombre de disciples. Deux peintres médiocres , llélisaire Carraccinolo et ('■orreniio, organisèrent . pair servir les prétentions de Hibera à un odieux monopole, une conjuration d'artistes, une de ces fazzume que nous retrouverons plus tard au service ch» riiéroiquc révolte de Mnsanicllo, mais qui alors n'avait d'autre but que d'expulser de Naples tout peintre non enrôlé dans la cabale armée de l'EspaguoIel. L’upppi tacite du vice-roi encourageant l'insolence des conjurés, les deux chefs, Correnzio et (larracciiiolo, étaient résolus à soutenir cette dictature d’un nouveau genre en coupe- jarrets effrontés et redoutables. L’occasion si* présenta.
Dans la cathédrale de Naples, dédiée à saint Janvier, se trouvait la magnifique chapelle vulgairement appelée le Trésor. Les plus fameux peintres de l'Italie aspiraient à I honneur de décorer celte chapelle, cl le choix des délégués du vice-roi était tombé sur Le tiuidc; mai» déjà le» partisans de l'Espagnolet avaient juré qu'un si beau travail n'appartiendrait pas à d'autres qu'à eux -mêmes. Hibera, qui lie sut jamais peindre ni à fresque ni en détrempe \ voulut bien abandonner la coupole à llélisaire Carracciuolo , en se réunrait le» grands panneaux qui devaient se |»cindrc dan* le» chapelles et le» petits autels adossés aux piliers de la coupole ; a peine Le Guide e»t-il arrivé à Naplc», accompagné de son élève, Francesco (ïcmi, qu'ils se voient I un et l'auln* entourés de visages sinistre». En soir, Le tiuidc apprend que son domestique, assailli à sa |*irte pur un ineimnii, vient d'être laissé pour mort sur la place; depuis ce moment, il croit entrevoir dans une ombre menaçante toute une ligue d'ennemis conjuré» à sa perte : il s'enfuît épouvanté.
L* jalousie, mais une jalousie noire, mauresque, possédait l'àmc de Hibera, et suflirait certainement à expliquer les amers dé-goûts, les déplaisirs mortels dont il abreuva le Dominiquin, quand il le vit venir à Naples pour reprendre la lâche abandonnée pur Le tiuidc. Et pourtant, il fout le dire, on conçoit aisément qu'un peintre qui aimait à exciter l'étonnement et la terreur, ail éprouvé fieu de sympathie pour la manière du
' Para que ta ctesen , ajoute malignement l'auteur espagnol, pour 9 an» la rU.
1 Bernante de ttemimri , l'Ita >ti Giuseppe de Hibera . (orne II, p. 3. Cran Bcnnu'W . ni i tupra. lomc IV, p. 1*7, 1 Mon dipentr giammal a f rétro ne a colla. Iteminiri , 1001e II , p. 7.