‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 2)Chapitre 19 sur 58 · FRANÇOIS · texte numérisé non relu

FRANÇOIS

f a/>/fOH.r

ZURBAR AN

•Æeâairu#.

Fucntisde Caillas. <en K-trnmadure) vit nnitre en l'année 151»8, de parents laboureur», un des grands peintre» de l'école espagnole, François Zurlxihm. Il fui présenté à réaliser le 7 de novembre, ainsi que le constate son aide de baptême relevé par Cean Bcrmudez. Les premiers principes lui furent ciin-ignés pur un disciple du divin Morale. Il pa»a ensuite, dans l'atelier du licencié Juan île las Itoélas, qui était en réputation à Séville «q y professait en concurrence avec les II errera et les Pacheco. Ce licencié Juan île lis lli H" lus avait travaillé en Italie sous un élève du Titien et en avait rapporté les traditions de l’école vénitienne, si amoureuse do bellus étoffes. Zurboran eut bien vite appris ce que le docteur enseignait; mais pur un instinct Singulier où semblait déjà se révéler sa vocation personnelle de peintre, il montra tout enfant un talent particulier pour les draperies et spécialement pour les draperie» blanches : a cnn cnj*rialitl(vl m lut blaucwt, dit Bermwlex '

Il parait qu'il ) avait alors h Séville quelques toiles du Curavagc. /.urKiran les vit et fut entraîné aussitôt par ce nouveau maître qui ne manque jamais de séduire les natures robustes par ses oppositions tranchées de lumière et domine, et par le relief d'une exécution vigoureuse- et franche jusqu'à lu rudesse. Cette fierté de pinceau, Zurbaran l'adinira jusqu'il l'imitation et sut bientôt l’appliquer à l’objet favori de ses premières études, je veux dire à ces grosses

1 lirai» Rrrmudez, Ihctionario de lot mai dutlrtt pnfntfitt.

ÉCOLE ESPAGNOLE

ceintures de corde, à ces capuchons de bure, à tou* en grossiers tissu* des robes de moines qu’il avait sans cesse devant les yeux et qu’il rendit mieux que personne, avec leurs aspérités, leurs déchirures et les inégalités de la trame dam les parties où la laine est encore, emmêlée et mal peignée pour In plus grande morti Beat ion de la chair. Il setaitdu rosie imposé la loi de ne jamais copier les draperies que d'après te mannequin cl les chairs que d’après le naturel 1 . Zurlnran commençait ainsi à s’attacher aux apparence* dos choses avant d’en pénétrer l'intérieur; il peignait l« vêlement» en attendant de peindre sous les vêtement* les formes du corps, cl tous les formes du coq* les tourments h*» plus secrets tic reprit, les plus intimes émotions de l’âme : « Sous ce linceul blanc* délice de srs étudié, dit M. Léon Goxlan, se cachait cette population hâve* triste, macérée, souffrante, décharnée de moines, île capucins, de carmes, de merttnaires chaussés et déchaimé». Le jour qu'il le souleva, il découvrit au monde — mieux que si les mure de tous les couvents d'Espagne fussent tombés — les noires passions, la brutale piété, la stupidité innocente de tant de créatures étouffées par lecilicect les vœux exogérés. Zurbaraa poétisa la douleur et la résignation. Il est le Job de la peinture. Aucun de ses compatriotes n’a réduit son génie à une plus dure unité, et il est douteux qu’il n*y eût pas le parti pris de ta pénitence dans l’immobilité lugubre donnée à ses conceptions.

Séville était alors la cité par excellence pour un peintre qui avait de telles prédilections cl «le semblables aptitudes. Nulle part on n’eùt trouvé plus de dévotion, ni un plus grand nombre de communautés religieuses, ni une plus grande variété de moines. On n’y comptait pas moins de soixantu couvents d'hommes on de tilles.

- C 'étaient les Tri niln ires de la rédemption des captifs qui s’en allaient la tôle rasée* sauf une corolle de cheveux hémisphérique, portant une robe de laine blanche fixée par une ceinture noire, relevée sur lus bords du scapulaire; c’étaient les Carmélites réformées par In sainte de Séville, sainte Thérèse, que l’on voyait velues d’une robe de drap brun, retenue sur le corps par une ceinture large, le capuchon lâche, «inné, joint au froc pectoral arrondi per devant, pointu sur le do?. Ici passaient les Capucins, tête rase, la couronne velue interrompue au-dessus du front, les pieds à demi-chaussés et le col nu; ils étaient ceints d’une cordc rude à trois nœuds; ils portaient une robe de drap brun, composée de lambeaux à demi-usé» et grossière ment recousus, et un capuchon raokilo allongé et pyramidal. Là se montraient les Franciscains, qui offraient aux passants du tabac, des amulettes, des Agmut et des chapelets en échange de comestibles ou de In charité qu’on leur faisait, et qui toujoiire étaient munis d’omisons contre la pluie, le chaud, le froid, le tonnerre cl h' mal «le dents. Fins loin npparnissnient les terribles frères tiominicnins, voués à l'office d'inquisiteur* et reconnaissables ii leur mine farouche au moins autant qu’à leur costume. Ces moines portaient des mutandes sous une robe de laine blanche, couverte elle-même d’un long manteau noir, augmenté d'un capuchon et de deux frocs, l'un pectoral et l’autre dorsal et doublés de blanc. A Séville enfin , théâtre privilégié de toutes les pratiques imaginables de la dévotion, se rencontraient à choque pas les éléments futurs des tableaux que préméditait Z.urbaran : je parle des instruments de In pénitence, disciplines en cuir, en parchemin tortillé, en plomb, avec ou sans nœuds, dlkes, hnires, tètes de mort, sacs en crin. Mitions, cadenas, ceintures de cuivre, peaux de

chèvres retournées, cendres, haillons Il n’y manquait rien. Armé d’un pinceau mâle et vaillant* qui

attaquait les détails dans leur réalité la plus saisissante, l'imitateur du Ca ravage sc trouvait ainsi tout préparé il remplir le rôle que lui destinaient en peinture son tempérament et scs inclinations naturelles. Mois, encore une fois, il ne s'arrêta pas à la tunique, aux ceintures de corde et au scapulaire. Il vit s'agiter au-dessous les liassions mal contenues, les passions du cloître; il entendit les sourds gémissements qui s'échappaient de tant d èmes troublées, comme saint Jérôme, par les apparitions mondaines ou effrayées par les visions d’en haut. Il esnya de représenter par des signes sensibles le» torturas intérieures du cénobite, les âmes visité» par les fantômes de la superstition et du remords et quelquefois les ravissements do l’extase. En véritable Espagnol, il voulut peindre l'invisible par le visible.

Le jour où fut inauguré au Louvre ce musée espagnol que nous avons vu disparaître au détriment de l'art,

' ... Porqoc foc este «rtitlc* Un estudiuso que todas las paA» lot bucù por m&niquJ 7 1m carnes por cl nalural. Pakuninu. tt mu «ro picinnro y r scuta oplira...

Digitizëd by Googte

FRANÇOIS ZlIRDAItA.N (1 598».

coin fil dans Paris un grand émoi. El ce qui remua le plu» fol lement le public parisien, si imprewionnnblt- H pourüinl si blase, ce ne fui pas. la suavité de Murillo ni l'exprcwion séraphique de scs bienheureux et de anges; ce ne fut pas non plus cel étonnant pinceau de Velasquez faisant parler la natuie et palpiter la vie.

rerommeneanl pour ainsi dire la création Ce fui un certain Moi tu en p riêret de Zurbaran , une de »-i>

peinlures qu’il n'est pas possible d'oublier, ne les eût -on vues qu'une fois. A genoux, sous sa nibe de laine gri»* iléchirée çâ cl In el rapiécée, le visage penlu dans l'ombre de son capuchon, un moine implore la miséricorde du Dieu des chrétiens, du Dieu doux el terrible. De ses mains pâlies el décharnées il lient une tète de mort, el les veux levés au ciel, il semble dire : « Dr profvndit daman ad la Domina, Domina * Quand le inonde

* ÉCOLE espagnole:

frivole des visiteurs, après avoir traversé la salle de Henri II, entrait tout û coup dans la grande pièce consacrée aux Espagnols et venait se heurter contre cette formidable peinture, placée comme tout ex pris nu grand jouir d'une croisée , il T avait parmi la foule uu mouvement de stupeur et presque d'effroi. <'n efil dit qu'au milieu d'une musique mondaine, on entendait subitement retentir les sons lugubres du Die» mr. Non-seulement l'école espagnole, mais, on peut le dire, l'Espagne tout entière étaient résuniées dans celte peinture passionnée, dévote et nombre, mystique et brutale tout ensemble. Le nom de Zurburan, jusqu'alors inconnu en France, me répandit et devint bientôt populaire grâce aux nombreuses reproductions de ce Moine par la lithographie et par la gravure. Depuis lors le nom de Zuitaren n’est plus séparable, dans l’esprit des arna leurs et du public, de l'idée qu 'éveille en nous ht représentation de cet être mystérieux et grossier qu’on appelle le moine espagnol.

Les impressions fortes que produit toujours la peinture de Zurburan, ont leur source dans l'émotion du peintre au moins autant que dans la bravoure incomparable de son pinceau, pour me servir de l'expression du biographe castillan lamlnitiade su inticel. Le sentiment est aussi profond chez lui que l'exécution est vaillante, de sorte que le peintre nous saisissant à la foi- par les yeux et par le cœur, nous éblouit et nous louche avec une égaie puissance. Aussi ne faut-il pas s’étonner du relief que Zurbiran acquit en peu d'années dans Séville. Aucun i>einlrc en effet, je n’en excepte pus Munllo lui-même, ne répondait mieux à ce* deux aspects du caractère espagnol : la [Mission de bi réalité et l’aspiration vers l’idéal ; caractère étrange d’un peuple que séduisent le*, couleurs voyantes de la matière, cl qui poin tant se laisse entraîner si aisément au spiritualisme le plus subtil ••t le plus exalté.

A peine âgé de vingt-cinq ans, l’élève de las Itoêlas était devenu uu inaitre. De toutes port* on venait lui demander des tableaux, mais toujours des tableaux de dévotion, car il n’eu fai-ail point d'autres, et jamais on ne le vit employer scs couleurs à des sujets familiers, mondains ou grotesques. Le» premières peintures de quelque importance qu'il exécuta furent celles qui décorent le grand rélahie île Saint-Pierre dans lu cathédrale de Séville. On en peut voir la notice dans la description artislùa de Cean • Rerniudet , où sont énumérées curieusement toute- les richesses de celle cathédrale, merveille de la cité dis merveilles. Znrbnran termina ces peintures en 1625 pour te coiriptedu marquis du Ma lagon. Il peignit ensuite h Séville, ou collège de Saint-Thomas d’Aquin, le tableau qui passe pour son chef-d'œuvre. Le suint y est représenté en pieil et debout. Autour de lui, le* quatre docteurs (te l'église latine sont assis sur des nuages ; plus liant , le Christ et la Vierge lui apparaissent au sein d’une gloire avec saint Paul et saint Iteininiqiie. Au premier plan, se votent d'un côté, à genoux cl en adoration, l'empereur Charles-Quinl couvert de son armure et du manteau impérial, accompagné de chevaliers et de religieux de l'ordre des prêcheurs, île l’autre l'archevêque Don, fondateur du collige, suivi de sa famille. Toutes ces ligure-, dit M. Quillicl, dans son Dirliimtiairr tint )»intr>s ntptgunlg, sont plus grandit que te naturel et cependant tout y est traité , jusqu’au plus petit détail, de la [dus grande manière.

Bien que serrée et profonde , la manière deZurbaran était simple, largo et preste ; elle ne s'arrêtait quïi l’accentuation des choses essentielles, aux grands plis indicateurs des mouvements du corps, aux articulations des pieds et des mains, aux plans les plus expressifs du visage. Une telle manière se prêtait à merveille à l'expédition des nombreuses peintures qui étaient commandées à Zurbctran par les monastères de Séville. Chaque communauté voulait avoir l'histoire peinte de son fondateur, la glorification du saint qui l’avait édifiée par seau- tentés ou illustrée par son martyre. Chaque église désirait voir briller à son maitre-autel les haute faite de son bienheureux patron. Les carmélite- de San Homun, les triiiitaire- déchaussé* ci lu Merced attendri. In paroisse de Sainl-Ertehan, l’église de Sainl-Bonuvenluré, les Chartreux de Sainte-Marie de las Cuevss, sc disputaient les ouvrages (le Zurfaaran.

Malgré se* tendances, Znrharan n’eut pas un goût exclusif [tour les spectacles atroces. Toujours grave, il sut néanmoins se plier et se complaire à des sujets moins sombre- que tes martyr» menacés de l'huile bouillante et le* pénitents entouré* de leurs instrumente de torture; il sut peindre quelquefois les joie- ineffables de l'extase cl lits rayonnements de l'Ame éclairée por les célestes fantômes. Lorsque, par exemple, il représenta les saintes innombrables de la légende, il leur prêta une douceur inattendue mêlée néanmoins de cette indomptable fierté espagnole qui fuit ressembler te- vierges délicates du martyrologe aux archiduchesse* de la

Page 1