‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 2)Chapitre 20 sur 58 · FRANÇOIS ZURBARAN · texte numérisé non relu

FRANÇOIS ZURBARAN

oour de Tolède ou à madame la princesse dns Asturies. Il m’en souvient, c'était comme une étrange et imposante procession dans l’ancien musée espagnol du Louvre, que celte longue suite île ligures en pied qui, sous les noms de saillie Cécile, sainte Catherine, sainte Inès, sainte Lucie, suinte Coule, faisaient revivre avec leurs plus

éclatantes couleurs tous les types de l’ancienne Kspugne. Celait plaisir de les voir défiler au fond de leur cadre, milices, souples cl bruuirc, passionnées et dédnignmisns tout ensemble; hautaines eommr des Castillane', mignonnes comme des Anilulouses. Le profane s'y confondait tellement avec le sacré, cl li*s costumes du temps de Philippe III s'adaptaient si singulièrement h ces images de jeunes filles canonisées, qu’on ne savait si c’étaient là des séraphins descendus du ciel dans l'atliludc et sous les vêtements des infantes, t>n eftl dit

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voir passer toute la grande»* du Paradis. Mai* quelle fierté d’allure dan* ce* doux anges au teint mauresque et au charmant petit pied! Quel luxe d’ajustement surtout! Celle-ci, sur sa robe chamarrée, porte un surtout vert brodé en or. A son glaive, on la reconnaît pour uinle Catherine qui, ne pouvant être rouée vive, fut décapitée. Celle-là, jeune et belle, se nomme sainte Lucie; elle est habillée d’une magnifique robe rouge à brocards d'or et a grands (dis très-accusés : plie tient un plat d’argent contenant les deux yeux, symbole de son martyre. One mit rejoue de l’orgue sous les traits de sainte Cécile, et tandis que ses fines mains effleurent le clavier sacré, elle lève les yeux avec un indicible sentiment d’amour et semble prêter roreillp à quelque lointaine harmonie qui du haut des régions divines répond à ses ehanls. De ce cAté, sont les patronnes de Séville, suinte Justine et saillie Hutline. On les reconnaît aux petits vases qui indiquent la profession de leur père, potier de terre à Séville; elles sont vêtues de ces brillantes étoffes à raie» noires et jaunes qu'on affectionne dans les pays du soleil, étoffes épai»*es et pesantes comme du cuir de Hongrie, sur lesquetlo tranchent des écharpes vertes , légèrement glacée* de tons chauds et mordorés.

Zurbaran trouvait ainsi à satisfaire son merveilleux talent pour les draperie*, talent dans lequel le* plus illustres Vénitiens et Paul Véronèse lui-même ne l’ont point surpassé. Mais nulle part il n'usa de ce talent, ou peut même dire il n’en abusa, autant que dans le* portraits de deux sainte* fort renommée* et en grande vénération parmi le peuple de Madrid, sainte Marine et sainte Barbara. Cette dernière est la protectrice des nobles dames, la gardienne des âmes d’élite, lu eunlidentr dis péché* délicats et mignons. Elle «si parée comme nue châsse, et l’on devine sa suprématie rien qu’a sa rois* lamée d’or et à scs bijoux; elle a de grand» airs, la poilriueen avant, le regard dédaigneux, cl elle ne sauve pas tout le momie. Sainte Marine, au contraire, «si la patronne dis pauvres ; vêtue en bergère, pagtorcita, elle est coiffée d’un modeste chapeau de paille et jouit du privilège de conduire les plus humbles dans le royaume des deux.

De telle* peinture*, inspirées par le goût du temps et aussi par les idées particulières à b» nation espagnole, n'étaient pas nu fond ce qui convenait le mieux ail génie de/.orharan, et volontiers il revenait à sa vraie nature, quand d peignait l'ascétisme du cloître et sc* victime*. Ses plu* beaux lableiftix dans ce genre furent ceux qu’il , exécuta pour la chartreuse de Xérès. Il en puisa les sujets dan» l'histoire de cet ordre des chartreux qu’avait illustré l'héroïque saint Bruno. La Mqifion de «lin/ Bruno par le pape fut le thème d’une de se* compositions les mieux traitée*. Il (teignit également le fameux Miracle de saint lingues, dont la tradition s'était si pieusement conservée parmi les chartreux : saint Hugues, évêque de Grenoble, étant arrivé dan* leur monastère au moment ou le* religieux se mettaient à table, changea subitement en tortue* le gibier qui leur était servi. Ce tableau se compose de neuf ligures, sept moines assis autour de la table du réfectoire et le saint évêque assisté d’un jeune acolyte qui parait fort surpris du prodige qui vient de s'opérer «mis ses yeux. Ce* graves peinture», d'une tristesse sotenneJle, toutes remplies du sentiment monastique et de l’esprit de Dieu, ne sont plus aujourd’hui dans la chartreuse de Xérès; elles furent transporhlc* à Madrid il y a environ quarante ans. L’auteur du Dictionnaire des peintres esjtagnols raconte qu'étant allé visiter cette chartreuse avec le célèbre amateur Lebrun , celui-ci crut voir dans neuf chartreux qui étaient peints au pourtour de l’autel aillant de figures de Lesueur : « Il fui bien étonné, dit-il, quand j’écrivis sur ses tablettes le nom de Zurboran. »

La signature du peintre apposée au bas du grand rétable de la chartreuse de Xérès otleste que Zurboran y termina scs travaux en 1633, et qu’à cette époque il était déjà peintre du roi. Bien n’indique cependant qu'il eût fait dès lors un voyage à Madrid, car, au dire de Palomino, ce fut en l'année 1650 seulement que Zurboran fat appelé dan* celte capitale par Velasquez, ami prie/ de Philippe IV, et qu’il fut chargé par ce monarque île peindre au palais du Bit eu Retira les travaux d’IIercule. Philippe IV avait pour la peinture un goût particulier qu’il avait contracté sait* doute dan* la fréquentation de Vclasquex. Un jour qu’il visitait les salles dont il avuil confié la décoration ii Zurburan, il s'arrêta, dit Palomino Vclnsco, pour voir de près l’ouvrage de l'artiste, qui venait justement d'y mettre la dernière main et de le signer Zurbaran, peintre du reri. Philippe IV lui frappa familièrement sur l’épaule en disant : « Peintre du roi et roi des peintres. »

Zurbnran s'était marié à Séville avec doua Leononi Jordern, de bupielle lient plusieurs enfant», lin aetr daté du 1 J décembre 1657, et retrouvé par Oean Bermuilez dans !<*» archives du chapitre de la cathédrale de Séville,

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porte concession viagère par Zurbaran h l'une de se» tilles d'une maison située rue de lot Abadtt. On a raconté qu'une aventure sanglante avait troublé l'existence de Zurbaran ; qu'un duel dont il avait été le héros et dont

le* cause» sont ignorées, l’avait fait condamner par le roi à se retirer dans un cloître; que la vie inuiuotiquc avait développé en lui le goût de l’austérité et le talent d'en représenter les images; qu'il portait enfin lui- même le froc et le capuce, quand il peignit le» vision» de taint Pierre de Noteutco et celle admirable suite

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(h* Mimotmaire» martyr » i où il mil en lumière tous le» genres île tortures que ras missionnaires avaient subis «torts les Inde» Ueridenbile*. La même uIiok a été racontée de notre Loueur, qui w serait fait chérirai* à tu suite d’un duel. Mais de tels faits, que rien n'appuie et dont ou ne trouve aucune trace dans les historien* espagnols, doivent être considérés comme des einbcIliN^meuts du genre de ceux qu’imaginent quelquefois le» biographes pour colorer la prose de leur récit. Ce qui parait certain, c’est que Zuibnran sur la fin de sa vie fut employé h la décoration des di\ erses résidence» royales- de Madrid et de» environs. Don Lazare Diaz del Valle nous apprend qu’en l’année il reçut dans sa maison it Madrid le |iein 1 re Zurbnran, qui. suivant Patomino, mourut en cette même année ll>02, âgé de soixante-quatre ans.

En l'appelant le Ca ravage espagnol, l'Iiisloire n’a rendu qu’une incomplète justice h Zurbaran. C’est seulement par l’énergie de l’exécution, que ce fier et puissant maître rassemble au Ca ravage, car il lui est supérieur par l’élévation, par la dignité du sentiment. A ses ligures, qui souvent sont communes à force d’ètre vraies, il a su impriint»r un en raclera d’ardente foi, une expression de beauté morale et d’amour qui les rehausse jusqu'aux régions de la poésie. Par un de ces contraste» violent*, particuliers il Part de l’Espagne, il a été aussi mislique dans la pensée que brutal dans le maniement du pinceau, et I on peut dire qu'il a exprimé comme Curavage et senti comme Lesueur. Entra ce» deux peintres de lu vie monastique, il y a («ourlant une différence qui tient surtout au tempérament de» deux nations espagnole et française. Sons In pileur de ses teintes, Lcsiteur nous montre rnustérité tendre du croyant qu’anime l'espérance d’une vie meilleure ; Zurbaran, de son rude et mâle pinceau, représente les rigueurs de l'ascétisme et le» tourment» du chrétien qu épouvantent jusqu'au fond du «pur le* images île l’enfer.

CHAULE» 91. ANC,

laSHÎMlïS ST ISiDIiaTHlHS.

Le* tableaux de ZurUarnn sont aujourd'hui fort rare* en Fram'r. «H il n’en existe plu» un seul au inii'éc du Louvra, Ccst à Séville, à Xèrra, à Madrid qu’il faudrait aller pour voir les plus beaux ouvrage* de ce maître. Oui que le roi Louis-Philippe y avait fait arlielrr par MM. Tnylorrt Itauzals, et que iwtus «vo«* vu* pendant quelques années nu musée espagnol du Louvre, ool été. comme Ton sait, rendu» a U fiumllr d 'Orléans, qui lest mis en vente à Londres. Il nVn est rentré en France qu’un 1res- petit nombre.

Trais ventes célèbres «ni établi U valeur commerciale des tableaux «te Zurbaran; ce sont celle* «b- M. AgauHo, du niaréduii Sou U et du roi Louis-Philippe.

Vbvtx Am ■*»«». — Frite d halnt de (ointe I taire. — (it figure», lutte «-il hauteur), fl OU franc».

Sarntr Auflee, patron? (b* Séville. Elle est vêtue d'une rabc grise, d'une étude à raies nuiras et jaune», et d’une eebarpe verte, et tient à la main deux |irlit* vases. — Tuile en hauteur. *OU franc». — Sainte Mâtine, id . , 1,100 franc».

Saint llngun eAun^ranf te repas det eAa Tireur, Sept moine» dans un réfectoire. Ils sont visités par saint Hugues, «iivi d’un acolyte. — (fl figures, toile en largeur). 1.725 francs.

V»:*ti: mine in i Sorti. — Saint Pierre ne et saint

Raymond de Feûaford. Ce tableau est un de ceux que Zurbaran peignit pour le rouvert de* Pèra* de la Merci cliaii**«*». S ii nt l’irirv Nolasque y eut représenté «iegeaiil au lliilieti du chapitre «te Bairrlone, que préside «aint Hayiuood, flt mètres 42 sur 2 mètres 2t). — 19,500 franc».

Le miracle dù crucifix (mime provrnaure . l'n Franciscain montre à saint Pn-rra Nulosque et à quatre moines de son ordre nu crucifix miraculeux. Signé F. U. Zwrbaran , 1(29. (2 mèlivs il sur 2 métré» «I). — 11 ». MW francs.

Le* Funérailles «Tan énéqut. Il est étendu sur un lit «te parade, l'n religieux lui pliur un rrucilu dan» les main», l'n pape, mi évéqnr, un rai viennent rendre hommage à sa depouilb-, I » nx moine» sont agenouillé» au pifld du lit. — !1 melrra *5 sur 2 mètres 21). .1,000 franr*.

Sm'iii Romain et (niai Httrulai (figure* en pied). Le premier montra à l'autre mi langue arrachée. Il porte un»chtpfw brodée d’or. — (2 mètres 50 sur 87). S, 700 franc».

Saint Laurent (figure en pied). Il est cil habit» sacerdotaux et lii-nl à la maifi le gril de wm martyre. — 3.IWKI franr*.

t r n* sainte (figure en pied). Elle est en robe de raie verte, brochée «l’or et en manteau rose. 3,300 francs. — Autre Manie (ligure en pied). Vêtue d'une rot* de brocart tissu d’or et d'un manteau violet; elte s on diadème. — 2.200 franc*.

Communion d'un saint. Il est couché dans un lit h l«al«Uquin et reçoit le viabi|ui'. lieux Francisai n» sont à g«-noux , cl derrière eux, deux acolytes; un personnage a mi-curp» porte mu' aiguière. — (3 mètre» sur 3 métrés 17). 2.10» fr.

L'Ange Gabriel | figure en piedl. lirai en ttirpltt blanc, i tient une baguette sur l'épaule et marche dau» un paysage i Militaire. — Toile e.n hauteur. 2.553 franc».

Verre Lot'B-PlUUPPE. — Saint Fronçait arec le s stigmate» . Ce tableau provenait d’un couvent du Franciscains à Sterilte. Jfl livres sterling — Mtme sujet, 2«3 liv. si. — .Votera Dame de pitié ayant à se» pied» un ranimai et un chartreux. Ce lahli nu vient d’un couvent de Séville. 63 livres sterling. — Le Martyre de saint Julien, là- tableau provient d'un couvent «le rEstramadurc : il était fort estimé en Espagne. 70 liv. »t. { — La Vierge dans une ylotrc. 70 livre» »t. — La Vierge et

l'Enfant. 94 livres st. — La Vierge et V Enfant, environné» d'auge», avec des moines en priera à leur» pieds. Superbe peintura d’autel, ni:» livra* sterling.

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