‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 2)Chapitre 3 sur 58 · JUAN DF. JO.WKS · texte numérisé non relu

JUAN DF. JO.WKS

enfin W expression# «le douceur ni d'amour qu'il n su donner a ses tête* de Christ et de bienheureux * • On le voit, rien ne manque ù l'éloge el il *’«n fnnt de peu qne le critique ne non# dion avec palomino que donnés n réuni toutes les qualités de Ilnfhaèl. « plus In partie du coloris que re mailre n'avait pus*. - Cran

IfainuSc* ne parle pas avec moins de chaleur du chef de l’école do Valence. Kn biographe lovai, itou* avons

ilfi ciler ces opinions extrêmes, mai», ainsi que nous l’avons dit au début de celle élude, nous devons déclarer qu'elles ne concordent |»e* tout n f«ll avec l’idée que nous nous sommes faite de Jeune* d’après les tableaux que nous avons vus de sa main. Non, on ne pourra jamais, • sons crime, » confondre un Haphatl

• LVunlot. üiutet d'Espagne, <813. p. I|1

1 C’est à c# |«op<» que Tiroui remarque, re homme wigr, que l'amour de la patrie b *eut pa egirer Patutauio «u potul de toi lurfr nrtirulrr ce blasphème. Üizùntartn dsi piltori, 18<8. p. 288.

Ecole espagnole.

jivêe un Juan Timûto; non. l'imitateur n’est j«ns 1’égal A», celui qu'il imite ; non, I»* disciple ne vaut pn* le inntlre. Sons doute Joanèn, et r’est In son eteniet honneur, n été l’un de* premiers à montrer à l’Espagne In* chenil u- de lo beauté et do tn grâce; sa»* doute il n evsavr de donner il son (rinceau un (h*u d élégance romaine, mais il est toujours demeuré lldèle an tempérament de non pars, et, alors même qu'il «• montra imitateur ju*qa'à la «rrilité, sa nationalité persiste et se déroile. Ce qu'il faut louer dam* Juan de Joanès. ••’rst son propre sentiment, r est son instinct natif contre lequel nuruue influence n’a pu prévaloir, c'eut -è-dira une ferveur religieuse qui va jusqu’à l'ascétisme. Il croit, voilà sa force, et il pHWf très-loin l’expression, parée ipi’il aiiue. N» Raphaël, ni Léonard de Vinci, ni Michel-Ange, ni tons le» païens du monde antique ou de la Uenaissance n’ont pu changer son austèra nature : Juan de Joanès est reste Espagnol, Il est reste catholique ; c’est un contemporain dr twiinU* Thérèse.

I 1 AOL NANTI.

mimais ri inicitMBt

UBqisgfie a rrniwrvS Iw* œw»n->» le» plu» précieuse» d« J >1,1 ii dr JruruH. I* musée dr Jtiwlnd powtêde. a lui Mal, datait taUeuux de ce nulttc lino, pgraii le»quH» nou* «ou» «Mnrtefool d iadnpirf

lin llnau». U i èUMim dr «ointe Elizabeth. lu

Pnrtfment < te croix . tr Mnrt \ ire dr ralntt Àg nto. la Cène, rt ta l’ir drraihl Etimnr rn mi tuMfoux.

La el rtriiw dr mini fin moc ool Mé titbogfUfUném jar Paul Gugtûdoii dins b Coteeeion êbgpèjm de nmnirot AM rc y dr fi»/>cr»a. (wbIMe en IM6 «ou» I» dimliun de Jour ri.- Mail nto.

La wrir de» Wrtdwurx relatif» h I» tir de «ami £t initie jiroriml île t’éfliK de rr «on». k Vateaoe. I « »<« d'Fejngw* i hurle* IV, le» fll «chetrr en IROI.

Nm* cIbtoo» citer, en mure, parai le* unirre» de Jiiwi de kmfièi :

Nimsn SMirr-WTBasuMwao. S*wi«-Jw 5oin*-f*>rotoifpir-

l/MMlt. CoIWtkiu dr M. lloafctM. Sainte Lucit, Sainte H-teite, Sainte Catherine Saint Pierre et Saint PauJ. la» der-

nier de ce» talileaiii a. «le même «pie le* drus aiiiranU. été npoaéà Manchester. en ttS7.

Cahiort de ht William Faien I n mjrt légendaire.

Ciknrift de M. Alfred fltowe. fie Communément dr la I l <-r^. .

Venta du cMviuaa Ë«uai> ;i 83i Jren^-Ckrvt remettant k KJÎnl Pierre le» clef» du Parada : te» J|«Vrr* te* entourent. — Ben» ; 109 ponce» uir 63. 6,600 fr,

Vanta ne M. Abi'itm 1*41.1. Jrnu apifiaraiàpant à mintr Thrmr , fin <myr fatianl de Ut mu ngue : Saint Jean I fieou- •f elute , la Çême.

Vkjitk ne MAHR<.ti ti .tant Itiî ■ (r Ckritt tenant In eroir ; Rcer koma.

VfcSTB »L LA5UUANKI 6AAKBIB AaTUlNoU.: l.undre». I*!«3 — Dieu U Père et le Chrut . B livra 10 ■tbelm^»; la Armrrrctirm ( deux ange» «julirtianit le ÇhriiU : la Modetn ne et la Rrkgxm mm t Jcrtme et «ofat Feançau ; le Ch »■* «Jci-ool la» i*wl«awe»<» de mm mppbrr, J Jivrr» 10 trtahng» { une Wi de moine.

JUAN FERNANDEZ NAVARRETE, dit EL MUDO

x£ Tilt un, - voir ki tu».

L'École espagnole ne s'affranchit que tardivement de l'imitation gothique. Jusque par délit le» premières années du seizième siècle, ses peintres, ses sculpteurs, en Andalousie, en Aragon et en Castille, restent encore, pour le plus grand nombre, timidement immobilisé* dans les traditions des primitive» Écoles italienne ou allemande. C'est seulement h partir du règne de CharieMJuint qn’on voit poindre dans le» arts les signes d'uno transformation prochaine.

Les relation» devenue» alors plus fréquente» entre l'Espagne et l'Italie, conséquence des victoires de l'empire; la protection fastueuse dont Cbarie.s- Quint entourait les artistes étrangers appelés à su cour ; son goût personnel, vraiment éclairé; l'enthousiaste admiration qu'il témoignait pour le Titien ; I» grandesse gagnée elle-même aux arts par l'exemple du souverain, ut, par-dessus tout, l'élude, encore toute nouvelle, pour la plupart de» artistes espagnols, de» nombreux et magnifique» ouvrage» rapporté» d'Italie par les vainqueurs : telles furent, dans leur ensemble, les causes qui, sümuluut te génie national, devaient bu imprimer, sous le règne du fils de ChnrleMJuinl, le plus vigoureux élan.

Dès l avéncment de Philippe H, ou sent qu'un souffle fécond a passé sur la Péninsule. Dans l'espace d'un

fi COL R ESPAGNOLE.

dinni-nkle, loiil** une forte génération d'artistes a Nirgi : brusquement, elle arrache l'art à ses errements gothiques et le transporta «I'iiii setll boiul en pleine Hcnaissance.

A l'aurore du seizième siècle, le grand Alonso Berruguete, disciple de Michel-Auge, peintre, architecte et sculpteur comme son maître, commence le premier à répandre en Espagne un style hardi et élevé ; il laisse dos œuvres importantes et forme d'habiles élèves dans toutes les principales villes du royaume : à Tolède, à Ynllndolid, à Madrid. Un peu plus tard, liiispnr Hooerra, qu'on croit également avoir étudié sous Michel- Ange, initie è sou tour un groupe de sculpteurs et de peintre* aux élégances de la renaissance italienne.

Presque simultanément, des Ecoles se créent sur différents points du royaume; tandis que le hiriun Moral*** inaugure ii liadnjozsun *tv le austère, si profondément eu liamiuuiu avec le caractère religieux de son époqm*, Juan «te Joanès à Valence, Luis de Vargas à Séville, Correa, Juan de Villohlo en Castille, pour ne citer que les plus remarquables artistes indigènes, propagent et enseignent les grandes traditions «les Ecoles romaine et florentine. A Madrid, enfin, San«:hez Coelln, le peintre chéri de Philippe II, continue dans ses portraits l'exquise sobriété et la finesse d'c\éculion qu'il doit a Antoni» «le Mor, son maître.

Au milieu «le celte brillante rénovation artistique, véritable mêlée de styles, de manières et d'imitations, d on se dégagera bientôt I originalité nationale, apparait l'influence vénitienne; elle était appelée à prendre sur l'art espagnol un irrésistible ascendant.

Le premier élève direct des Vénitiens pst, au seizième siècle, Fernandez Navarre! e. Dessinateur hardi, coloriste habile, praticien consommé, il allait puissamment contribuer à donner à fart de sa patrie de plus libre* tendance».

Juan Fernandez Navarrete, que ses biographes imminent plus haliituelh'ineiil et Mutin (Je Muet 1 , naquit à LognoAo vers 1526. A la suite «Tune maladie, il était devenu complètement* sourd dès l'Age de trois ans, et, comme les suiinls-tuuel* de naissance, ne pouvant entendre, il ne sut point parler.

Personne ne prit souci de son éducation; seul, il conçut le gofit du dessin, goût véritablement înm* en lui, «*ar, dès son enfance, il charfconnail et copiait déjà sur les murs avec une él«»nuante vérité tous les objets qui frappaient ses regards. S«*s «lisposttions naturelles se umiilrèrent si elaireim'iit dans ces premières ébauches, que son père prit le parti «le le conduire nu monastère de la Kstrella, peu distant de Logroho. où se trouvait un religieux, frav Yicente, qui faisait d'assez boiuie peinture Le moine enseigna au Mudo le* premiers éléments de son art, puis, lui voyant faire de rapides progrès, il décida ses parents A l'envoyer en Italie.

Navarre Le visita Milan, Florence, Home, Naples, étudiant les cru vies des maître* et prenant des leçon* dos peintre* le- plu* renommés. Après «le longue* pérégrinations A travers l'Italie, il *e rendit A Venise. I », d'après se* biographes, il serait entré comme élève dans l'atelier du Titien.

On ignore si Navarrete produisit dès cette époque quelque ouvrage remarquable. Pcllcgriun Tibaldi, qui avait travaillé avec lui en Italie, parut étrangement surpris, lorsque Je* deux peintre* se rencontrèrent de nouveau à l' Escortai, du merveilleux talent qu'avait acquis le Mudo, et il assurait que jusqu'alors il n'avait jamais rien fait île pareil. Il «*st probable pourtant que Navarrete jouissait «léja de quelque réputation parmi les peintre* italiens, car, en même temps que Philippe 11 faisait commencer h** travaux de TEscorial, l'élève du Titien lui était signalé et le roi l'appelait, un de* premiers. A concourir A la décoration du monastère.

Le Mudo revint an-*ilôt en Espagne, et, le 6 mars 1568, il recevait sa nomination de peintre du roi, dotée d Un salaire annuel de 200 ducats.

Pour preuve de son habileté, l'artiste avait apporte un petit tableau : le Hnph'tn'' >lr Jr*us-Chri*l, qui plut beaucoup à Philippe. Exécuté dans la plus pure manière florentine, que le Mudo n'a employée que ilans ce seul ouvrage, ce tableau, d'une composition naïve jusqu'il Vmehaïsuu\ et d’une gaucherie d'arrangement qui n’est pas dépoun uc d'une certaine grâce, figure aujourd'hui, sous le n° 314. au Catalogue du Musée royal de Madrid.

D'après le JÜn Signera», les premiers ouvrages que Navarrete peignit au monastère auraient été de*

JUAN FERNANDEZ NAVAHIIETE (1526). 3

figures de Prophètes exécutées, en grisaille, el le Christ en crois, avec ta Vierge et saint Jean. Ce dernier, copie de quelque ouvrage allemand du quinziéme siècle, fut provisoirement placé, par les ordres du nu, dans une chapelle de la forêt de Ségovie. Rapporté à l' Escortai, où il existe encore, il fut retouché par le Mudo, qui peignit sur le Tond un data de velours cramoisi dont l'effet est de faire ressortir puissamment In figure de son riuïsl.

A peine Navarre le achevait-il ces premiers travaux qu'une maladie assez grave U? formait de demander un congé et de quitter l'Escortal. Il partit pour Lngrorïo, sa ville natale, et il j séjourna prés de trois ans. Avant

soi! déport. le Mudo avait été chargé parle roi de levéc'iUmii de quatre grandes cot»|N»iliotis : \' Assomption* le Martyre H? « tint Jarynes le Majeur, Saint Philippe et Saint Jérôme pénitent , qui furent terminées à Logrofto. Eu 1571. Nnvnrrete présidait lui-meun? à leur mise en place dans h sacristie du couvent.

L Assomption, où ic Mndo avait point le portrait de sa mère, fort belle, dit-on. sous les traits de In Vierge, d celui de sou père sous In ligure d'un apôtre, ne sntisfaisant pus l'artiste, il voulut détruire ce tableau, dont In coui|Misi(M)n lui semblait confuse, trouvant entra autres défauts que la Vierge paraissait trop serrée par les groupe* d'anges; mais le roi ne le lui permit pas.

Navunvte reçut. In même année, la commande de quatre nouvelles toiles, égales en dimensions aux precedentes et destinées à la sacristie du collège. Il nlln les peindra à Madrid. Le 12 novembre 1575,

I ÉCOLE ESPAGNOLE

l'artiste livrait à l'Escorte! : la A 'ativité, le Chris! à la eokmne, lu Sttinte Camille ut Saint Jean écrivant r Apocalypse dans File de PathmM.

Sur ces huit tableaux, œuvres capitales, du peintre, trois ont péri dans un incendie : VAs»vm//tion. le Saint Jettn et le Martyre de saint PhUi/ytr; les cinq autres furent placés depuis lors dans le grand riollro supérieur.

Inilépendauimcnt de leur mérite incontestable, res tableaux, exécute* de 1569 à 1575. pendant la périnrh' où le talent de l'artiste atteint sa virilité, sont du plus grand intérêt pour l’étude des manières successive* que pratiqua le Mudo. Ainsi, le Martyre de saint Jacynes et le Saint Jeanne pénitent. peinture* remarquablean*si bien *ou» le rapport de la lieauté du dessiu que de rii.'innonie du coloris. mulra-teul par leur exécution uiinulieuse et presque léchée, avec la manière pin- libre, plu* hardie et toute vénitienne que le Mudo adopta dan* ses autres eouipositions. Le Saint Jeanne est daté* de 1 500 et le Martyre de saint Jacques de 1571. * Il semble, rvmarque le l*ére SigticiiM. que dans ces doux ouvrages, le Mudo ait plu* •• particulièrement obéi à son propre génie, qui le portail à peindre boitement, par louche* délirâtes, et a « terminer avec tout le lini possible, ainsi que le roui généralement le* K-pugmd*. Mais, se souvenant son* *• doute de iv qu'il avait vu ru Italie, il aura jugé que cette première manière lie convenait qu'auv timides. * et dès lors il lui proférera ce slvlc puissant «mi il nrcmiluera énergiquement le relief, imitant dans ses « ombn^s et *«?» teintes cbaiide* le colon* du Titien, et d.m* se* imaei<-> légères et brillantes le* ton- du « Cornue. •*

Une légende que *4.» transmet lent religieusement les cannai de rt-c-ri.d veut que b- Mudo. avant en a se plaindre de S.mlovo, secrétaire de Philippe ||. ml peint le pnrlniit de ce personnage miii- h nia*ipie féroce du bourreau de *uinl JmquM; mais le Père Sigiieu/a affirme précisément, dan* son llistncia delà orden de son (irrvninnt. que le modèle qui po*a pour celle repoi|s*alite figliie ••lait lin jeune ouvrier de

Logrono.

Ihm* la Nativité. Navarrele a fait preuve d'une extrême h.diilele eu éclairant son tableau par trois lumières différente* : celle qui desivnd de la gloire d'anges. celle qui «mveloppc é Enfoui divin et celle de la vêla que lient saint Joseph. Le gruu|N* de* berger* est d un relief étonnant, cl s'enlève avec une remarquable vigueur ; au**i raconte-t-on que Pelhqtrin ’libaldi ne |vouv.iil h* la* er rie l'admirer et s'écriait dans son enthousiasme : Oh! yli belli pasturi! Malbeureusemenl, celle toile, fréquemment déplacée, a beaucoup soutier! et laisse pressentir une destruction prochaine.

La Sainte Futaille offre des particularité* d'un autre ordre : les type* choisi- par l iirlisle v sont très-beaux et d'une grande noblesse d'cvprc*sinn; mai*, cédant à cc penchant de réalisme trivial ipi’on constate si souvent chez les mailles espagnol*, le Mudo a imaginé île mettre au premier plan de son tableau, d'un càlé, une superbe perdrix et de l'autre, un petit chien <>| un chat si* disputant un os. tout cela peint avec tant de verve et de vérité « qu'un ne peut, écrit le grave Ivan llennude/, les regarder sans avoir envie rie rire. »

Knlin dans le Christ d la cohnne. vu de face et présentant par cela liénii! les plus grande* rlillii ull*** «le dessin et rie modelé, Navarrele, opposant à la merveilleuse he.mle «le sou t'Iirist les lii«leii*e> physionomiedes bourreaux, a tiré de «v «•onlrasle le plus sai-i-saiil effet. lé une c\«vulioii magistrale et rl'uiic rare bravoure do style, ce tableau, qui aurait été ailmitv même à Venise, sufbrail seul à rlus*«»r l'artiste an rang des plu* vaillants maître* de l'École.

Ica n Bermudez, dans sa biographie du Murlo, nous apprend que pondant son séjour a Logromi, Navarrele y peignit eiu’oiv quatre excellents lublennx : I'ii Saint Miche ! , « la plu* délicieuse ligure d'archange qu on connaisse en (testille; «• un Saint Jérôme, copie librement Imitée du tableau du IKsronal: Sir ut Laurent arec saint Uippolyte et Saint Fabien arec uiint Sébastien. Eli souvenir des levons de fray Yieunlr. b* Mudo, suivant Lcnit, aurait fait don de ce* toiles au couvent de la Kstrella: mais les moines ni 1 se seraient pas montrés très-recon naissante rie ce sphmdide cadeau, car ils ne manquaient jamais de faire honneur i|«* ces peintures au pinceau de fray Vicente lui-même.

JITAN FKKKAMIKK NAVARRETE il520). 5

Km l'année 1 576, le rui lit payer a NavurreU; la rumine de 500 durais pour le tableau &' Abraham reerrant in trois an fin, qui fut placé sur l'autel de lu porterai du monastère. Enlevée de l'Hscorial ii l'époque de I imusimi française, celle superbe composition, un de» chef»- d’œuvre du Mudo, fui vu il purlie de la célébré collection Soull. en même temps qu'un portrait de l'artiste, peint par lui-même. « Celle ligure, dit

M. Thorè «bus su** Études sur la Peinture espagnole, a une vie c(Ti'uyanl& et comme mie puissance magnétique; U semble que le Muet cherche ù parler; c'est une nature primitive et rude «pion ne peut regarder longtemps en face, et qui, «an» exagération, voua force à baisser les yeux. ••

Au mois d’août de la même année 1570, Na \ arrête signait avec le prieur de I Hscoria), fray Julian de Trn-io, et deux autres dignitaires, un contrat par lequel il s'engageait à peindre trente-deux nouveaux tableaux dans le délai de quatre ans. Lue des clauses de ce curieux contrai, conservé aux archives du monastère.

«*1 qui prévoit Imites tes conditions et jusqu'aux détails 1rs plus minutieux de la commande, interdit »péeialemenl à l'artiste de faire» entrer dans ses compositions « ni chien . ni chat , ni figure déshonnête. • Naxarrete se mil tout de suite en devoir d’exécuter ces trente-deux toiles : de 1577 à 1 57H il termina les huit premières, qui allèrent prendre pince a l' Escortai, mi elles existent encore : ee sont do grandis* et su|M*rl*»s ligures représentant, de deux en deux, d«* Apôtres cl des Ex angéltslc*. Ces huit toiles furent les derniers ouvrages que peignit le Mudo, et le reste de lu comuiandi* dut être confié n Alonso Sanchez Cuéllo, trop Agé alors pour une aussi lourde tâche, et a Luis de Carxajnl.

\u commencement de l'année 1579, Naxarrete lit du courtes excursion*; sa santé était gravement altérée et il espérai! trouver dans ces déplacements quelque soulagement A des ■MiidTi'ances qui lui interdisaient tout Iraxail. Il visita successivement Ségoxie et d'autres localités voisines de Madrid; enfin, au mois de février, il xenail a Tolède demander l'hospitalité à son ami Nicolas Vergarn el Mozo. C’est dan* In maison de cet artiste qu'il mourut, le 2K mars 1579, à peine âgé de cinquante-trois nus.

Son testament, écrit île sa main, donna lieu, par la brièveté de sa rédaction, il une longue et curieuse enquête judiciaire. En voici, dans la forme concise du texte original, la traduction littérale ;

• Notre-lhmi**,

• Erèruitiir l«•»^anlt*lltllln^ Nii-ul*» de Vergni*.

\ • Ame, pauvres, JiHi durai*.

• Ki vie iiHHiu-. 2110 dm al» : |s«i\iv».

- FUb retigieuse, 60 # durais.

• KstfelU. munie», *i90 durai* : mes»*».

• Mana KYriuuiilcx, tUO curais.

• Ibre. incaac. MM» ducal».

« Vubl. Vü due. 0».

• Jt’A* FEAMMItl. •<

A l aide du témoignage de Nicolas de Vergarn el de Sébastian Itemaiiilcz. qui avaient assisté aux derniers moments de Naxarrete et purent suppléera ce que ce texte axait d'énigmatique, ou arriva à établir l' interprétation suivante :

Après s'être placé sous l' invocation de Jésus et de Marie, Nav arrête désignait Vergara pour exécuter ses dernière» volontés; il voulait ensuite que, pour les frais de son enterrement, pour les prières de l'église et tes dons aux pauvres, ou dépensai 200 ducats; que I on servit à son frère llautista Fernandez, moine franciscain, la rente viagère d’iuie somme de 200 ducats, qui devait, apres la mort de ce frère, être distribuée aux pauvres; que l'on lit entrer en religion, avec une dot de 600 ducats, une tille naturelle qu'il faisait élever à Ségoxie, dans la maison du I terrera le peintre; qu une somme de 500 ducats fût remise au couvent de la Estrclla pour la fondation à perpétuité d'une messe journalière pour son Aine; qu’une autre somme de 100 ducats fût donnée a Maria Fernandez, sa parente, mariée a Agusfin Ferez, de Logroûo ; qu’oti donnât à la panasse de Notre-liume de la Kedonda, à Lngroiio, où était enterre son père, 200 ducats polir v fonder line messe commémorative, et, enfin, que l’on fil un cadeau de fil ducats à son valet Adnu Mimoso.

Au testament du Mudo était joint un inventaire des ouvrages achevés, ou simplement ébauchés, qui s** trouvaient dans son habitation de l’Kscorial. Parmi ces ouvrages figuraient deux composition* très-avancées : Suint Hip/ioli/te allant enlever, avec ses compagnons, le corps de saint t Murent pour lui donner la sépulture, el Jésus apparaissant à sa mère après sa résurrection. Flics furent terminées par nu peintre que Eean Itermudez ne désigne pas. L’inventaire mentionnait encore l'esquisse, à la détrempe, de T Assomption de la Vierge, quelques sujets de sainteté, traités en petite dimension, de» études de saint» en buste cl en pied, des Erre houto, diverses copies d’après le Titien, des esquisse» pour un sujet de la Vierge arec f enfant Jésus et saint Jean et pour une Nativité, enfin, les portraits de Juan Andrea lloria, du duc de Medina- Celi el de don» Ana Mnnrique.

Quoique Philippe II montrât pour le talent du Mudo une prédilection marquée el qu'il déférât volontiers â ses avis, le roi el son peintre eurent pourtant quelques démêlés, et les biographes rapportent, entre

JUAN FERNANDEZ NAVAIlRKTE (ISSfiJ. 7

autres, une discussion violente dont la grande ('rnr du Titien, qui occupe le fond du réfectoire de*, moines. fut l'origine. Lorsqu'on \uulut mettre celle toile en place, elle se l roux a un peu trop large ; le roi ordonna qu'on la rognât . N’avarretc protesta aussitôt contre cet acte de vandalisme ; il offrit au roi de faire en six mois une copie réduite de la Cène, s'engageant à ce qu'on lui coupât la tâte s'il n'accomplissait

LC CIIBUT DC4CINDI.1T A 1-1 unis I|.( <• Iilrd

pas sa promesse, et accompagnant sa proposition de cris, de signes et de gestes extraordinaires. .Mai-, maigre l'énergie des démonstrations du Mudo. cl à sa grande douleur, le roi ne daigna pas retenir sur son ordre, et la toile Tut cou pis*.

Quoiqu'il n’ait pas formé d'élèves directs, N*\ arreté, que ses contemporains surnommèrent le Tit/rn exftagnoi, ii'pii exerça pas moins une influence considérable sur l'École madrilène, alors naissante. Il «ut. en effet, dans tous scs oux rages, faire preuve d'une entente profonde du clair-obscur ef d une artificieuse adresse de la lumière, qualités éminentes qu'il axait acquises cher les Vénitiens et qui transformèrent

RCOMï KSI*AGNOLK.

notablement la manière timide et les procèdes maigres et minutieux qu'avaient saisis jusqu'alors les peintres espagnols, (juant au caractère de son propre talent, son style siril et grandiose, son dessin lundi. Mm coloris puissant et tout vénitien, scs fermes empAtcineitls, sa louche grasse, largo et vraiment pleine de bravoure, et ses tendances au naturalisme, lui composent une individualité énergique et réellement magistrale.

l.'Ksrorial est encore aujourd'hui en possession de la plus grande partie des peintures de Nnvorrele : siuf XAbrttham rtervtmt /es trois anges et quelques autres toiles, «lisparues ou détruites, comme la Création du monde, Jésus chm-uint les Vendeurs du Temple, la Vierge et T En faut avec saint J nu-pli et saint Jean , copie du Mudo d'après Michel-Ange, qui figurent sur d'anciens inventaires, aucun de ses ouvrages n'eu a été distrait, même pour aller marquer la place du maître, soit nu Musée nival de Madrid, soi! nu Musée du Fomento.

Le premier ne possède en effet du Mudo que le petit tableau du Baptême du Christ, qui. avant précédé sa grande manière, n'offre, par cela même, qu'un intérêt secondaire, et deux esquisses de ligures de saints, insuffisantes ii le représenlrr dignement; quant au second, sou tlatalogue ne mentionne absolument aucun ouvrage dp Nav arrête.

A l’occasion d’un classement récemment entrepris au Musée royal, un tableau remarquable, le Christ desrendant aux limbes, attribué jusqu'alors par le Catalogue à Sébastien del Piuinbo. a été restitué à Nnvnrretc, dont il porterait le monogramme ou In signature. (Vite découverte, non encore passée dans le domaine du Catalogne officiel, a soulevé quelques doutes. On a prétendu que Itiballu pourrait bien être l'auteur de ce Christ aux limbes , en raison de l'analogie qu’on relève entre celle peinture et un triptyque. — autrefois dans la chapelle de riwqiilal de Montserrat, à Madrid, et signé ; Fr. Sebastanius del Piombo inrenit. Francisais Ribalta traduxit, — dont le Musée de Valence possède encore deux fragments. Au demeurant, rien n'cmpêche que le tableau du Musée de Madrid ne soit réellement une copie de Navarrete d'après Sebastien del l'iombo, et, dans ce cas, fondée ou non, la nouvelle attribution ne nous parait avoir qu'une médiocre importance, puisqu'il semble établi que la découverte ne porte pa* sur une truvre originale. cacl hcout.

BKmms rr idmotjchs

Le Catalogue «le l uiuienne galerie espagnole. nu Musée «tu Louvre, mentionnait un seul uhli-uu «!«• Navnrrele : ta Flagellation. peinture son* qualités et d'une attribution imit & fan conteUable.

Le* seuls ouvrages parfaïU-uient authentique* qui aient jusqu'ici traverse li-s rulh-eliiin* |urwieiines nous paraissent «e rvduinr à f Ihraham «w trois anges, et au Portrait «le l'artiste, «le U galerip «lu marérhal Soult.

LXsrnnal avant à |w*n prés conservé toute* le* productions du Mudo, mut* en donnons la iMitnenclulure en y ajoutant «vile des iruvres du nuitlre qui figurent au Musée royal, dans les collections espagnoles et dans quelques galeries etrangères.

Khcorul. — Saint Pierre et unnl Puni. — Saint Jean et <nml Mathieu. — .Saint /.ire rt sain/ Mitre. — Saint Barthélemy et saint Thomas. — Samt Barnabe et saint Math «eu. — Saint Jaeifur « et Mini ladre. — Saint Si, non et saint Jude. — Saint Hippolyte et se* eompagnons allant enlever le corps de suint iMurrnt pour lui donner la sépulture, — Le Christ en croix, ta Vierge et saint Jean. — désirs appe-

tant à l'apostolat les apôtres Pierre et André. — Je ms apparaissant à sa mère après sa résurrection. — Saint Jrnime prnilrnt daté !odî9|. — Im Nativité. — Sainte Famille. — Le Christ St ta colonne. — La Vierge et saint Jean. — Martyre de sain l largues daté 1 571,1.

Mviibid. — Mi '»:k notvt.. — Le Baptême «fu Christ. — Saint Pierre. — .S'uuit Paul. — Le Christ aux limbes.

Coll. Mina vio l'alais Salamatm' . — Buste d'a/Mre.

S aint-I'li i.ssbhi su. — Misée nr. « Ht* air ver — Saint Jean en prison.

Weiiui . — Mimée. — .Sainte Famille.

ANuLcrckHK. — Coll, nt wave 1 * or I.vnsoowm: — Portrait d'une dame

Vente oc mm ÜCILLJVCNE (1850! Sainte /"amitié. — Ito florins. — Vkktb Loto-Philippe (Londres, IMSè La Ftayef/atKin, 17 £. — Vente Poi'utalês (1065:. La Bênédietion, 100 fr. — 1" Vente Soi.lt (1852). déraAam reetimmI les trois anges. 25,000 fr. — î* Veste Soclt (1867 . Même tableau. 18,108 fr. Ce Uddriu, racheté pur In heritiers Suult. est encan- aujourd'hui k-ur propriété.

Non» avons l' habitude de partager les peintres de l'Espagne en trois Écoles : Séville, Valence et Madrid. Mais les Espagnol*, qui ont conservé mieux que nous l'esprit, la vie et le» traditions de la province, qui n'ont point absorbé comme nous tout leur pays dans une capitale unique, les Espagnols en comptent plusieurs autres : au midi, Grenade et Cordoue ; au centre, Tolède, Badajoz et Saragosse. Toutefois, comme Grenade et Cordoue n’ont produit chacune qu'un artiste éminent, la première, Alonzo Cano, la seconde, Pabln de Cespedès, il est naturel de les réunir à l'École principale de l'Andalousie, celle de Séville. Et de mémp, comme Hadajoz ne pent se faire honneur que d'un seul peintre célèbre. Luis de Moralès, que Saragosse n’a vu naître que des artistes inférieurs, et que Tolède, la vieille capitale des Goths. a été dépouillée de toutes ses prérogatives par la capitale improvisée de Philippe II. il est naturel également de placer dons l'Est rumndurc et l' Aragon, aussi bien que dans les Caslilles , les origines de l’École de Madrid.

Ce sera donc dans l'École de Séville que uous rangerons Pablo de Cespedès.

Avec lui, il ne s’agit pas seulement d'un peintre. Semblable en ce point aux vastes génies qui se nomment

ÉCOLE ESPAGNOLE

Léonard ou Michel-Ange, Cespedès fut un de ces esprits faciles, clairvoyants, ouverts a toutes les aptitudes, qui, dans leur immense désir d’apprendre, embrassent les lettres, les sciences et les arts, qui réussissent à tout, et qui pourraient devenir les premiers en tous les genres s’ils ne passaient de l’un à l’autre avant d'avoir acquis dans chacun la dernière perfection, s’ils ne partageaient le travail de leur intelligence entre plusieurs talents d’aussi difficile conquête, au lieu de porter et de concentrer sur un seul tout l'effort d'un goût dominant, d’une étude unique et d'une lutte opiniâtre qui se prolonge aussi longtemps que Javie.

Fils d'Alonzo de Cespedès, originaire d’Oeana dans la Manche, et d’rtlaya Àrrnyo, native du bourg d’Alcolea de Torote, Pablu de Cespedès naquit à Conlnue, en 1538, dans la maison de son grand-oncle maternel Francisco Lopez A ponte, chanoine de la cathédrale. Il y fut élevé jusqu’à l'âge de dis-lnùl ans, et, sans quitter sa ville natale, apprit Ln grammaire et les humanités. En 1556, on l'envoya è {'Université d'Alcala de Ilenarès, fort célèbre alors, quoique récemment fondée par le cardinal Ximcnez, pour y faire de plus hautes études, spécialement dans les langues orientales. Ce ne fut que plusieurs années plus tard qu’il partit pour Home, où, d'après le témoignage de Pacheco {Ar/e de la Pintura \ il aurait fait deux voyages et un assez long séjour. Peut-être emportait-il déjà quelques principes de dessin et de peinture ; toutefois ce fut seulement [winni les disciples de Michel-Ange, devant les enivres de ce grand homme, qui venait de mourir (1564) lorsqu'il vit l'Italie pour la première fois, que Cespedès sentit naître sa vocation nouvelle, et qu’il résolut d’ajouter la culture des arts à celle di* lettres. Vers cette époque, il se lia d'amitié avec Federico Zuccberi (qu’on appelle Zuccaro en Espagne), travailla sous sa direction, dans son atelier, et bientôt, par les peintures à fresque dont il onia le tombeau du marquis de Saluccs, dans l’église à' Ara CWi, il prouva qu’il méritait d élie compté parmi les artistes. En effet, on le vil aussitôt prendre part aux décorations de l’église de la Trinita del Monte, en compagnie de son ami Zuccberi et de quelques disciples encore subsistants des ateliers de Ruplinêl et de Michel-Ange \ L 'Histoire de la Vierge, dans la chapelle de X Annoru iata, el les Prufihrtrs des pilastres sont de la main de Cespedès. Il cherchait déjà, il possédait presque la hauteur de style, la majesté de formes propres à la grande Ecole dont il s'était fait le disciple. Huns sa passion d’imiter Michel-Ange et de mouler au sommet de l’art à la suite du géant florentin, Cespedès cultivait alors lu statuaire en même temps que la peinture. On trouve la preuve de celle double élude dans une anecdote qui se rattache à la même époque de sa vie. Il y avait à Home une statue antique à laquelle manquait In tète. On la disait un portrait de Sénèque, peut-être sur te foi de quelque inscription. Cespedès résolut de réparer celte mutilation du temps et de compléter l’image de son compatriote, de celui qui, dès le temps de Néron, avait rendu célèbre le nom de Gord nue, alors récente colonie militaire des Romains en Espagne. Un matin, on trouva la statue complète, on admira ce travail heureux, et une main inconnue écrivit sous l’image restaurée du poète stoïcien : Victor !o Spagnuolo.

En 1577, Cespedès était encore à Rome. Ce fut dans celte année el dans celte ville que le neveu du chanoine Lopez Aponte reçut sa propre nomination à un curfonicat [un* i ration ) dans le chapitre épiscopal deCordoue. Toucha ut alors à l'âge de quarante ans, il quitta l'Italie pour n’y plus revenir, et alla prendre possession de celle sinécure ecclésiastique, dont il remplit avec exactitude, jusqu'à la fin de sn vie, les devoirs peu onéreux. Cespedès, toutefois, ne se borna point à la régulière assistance au chœur de In cathédrale; il Tut charge par son chapitre, dont d était le membre le plus éminent, de plusieurs commissions qui exigeaient les connaissances d'on savant et la plume d'un écrivain, par exemple, de dresser avec le docteur Amhrosio de Moralès le martyrologe de Cordons.

Cespedès ne quitta plus sa ville natale, où il occupait scs studieuses journées, moins en faciles pratiques «le dévotion qu’en importants ouvrages d’art, de sricnce cl de littérature. II y passait alternativement de sa

' Dana son Ütccionario hùtnncn. O.in-Hermudcz cite, |»nni cet. cvMeffaoa de Ospcdc» après 1865, J nie» Romain, l’enii del Vag», Daniel de Vol terra. Mjh* Jules Romain était mort en I5S6, Pertn det Vaga en 1517 cl Daniel de Vol terre wi t.»56. Il aiiflit du contrôle de* date» pour surprendre en défit d'erreur le* oavrage* le» plu» accrédité».

Page 1