‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 2)Chapitre 4 sur 58 · PA B LO DE CESPEDÊS · texte numérisé non relu

PA B LO DE CESPEDÊS

bibliothèque dans son atelier, se reposant ainsi, par la variété, de la continuité du travail, il possédait encore à Séville une maison qu'il allait habiter pendant les mois do vacance que lui accordait aisément le chapitre, et dans laquelle étaient conservés, à ce qu’il semble, une partie des livres et des ohjeU d'antiquité qui formaient scs collections. Du moins, au milieu de sa dissertation sur la peinture ancienne et moderne, adressée sous forme d'épltre ou docteur Pedro de Valeucia, l'on trouve la phrase suivante : « J’ai possédé

- une figurine égyptienne, en basalte noir, toute couverte d'hiéroglyphes; mais elle a été perdue dans lu •• peste de Séville, parce qu'un de mes domestiques, auquel j'en avais confié la garde, ainsi que de plusieurs

- autres choses, est mort de cette maladie. •• On croit que Cespedès fit son dernier voyage à Séville/ en ItiOll, alors que son ami Pacheco peignait à tu détrempe [a tempera) y pour le cabinet du duc d’Alcala,

* O (leMiit, qui a appartenu i Oan-ltarniuiW tut <Wni par cet auletir dans n biographie de Pablo de dont il

purtr b* iwKwicminrac.

ÉCOLE ESPAGNOLE

une série de tableaux représentant la fable do Dédale et Icare. Cespedè» appmuvu La composition de ceUe détrempe, assurant que c'était bien celle dont «'étaient servis les anciens, dont il avait vu des vestiges dans les Bat ns de Titus ut le Sépulcre des Notons, et dont il ax ait lui-mèiue fait usage en Italie. De retour à Gordow «I livré jusqu'à sa dernière heure aux noble» occupations qui axaient rempli ol honoré sa vie, Ospedès mourut le 26 juillet 1608, ûgê de «imladii ans. Les chanoines, ses collègues, le firent enterrer dans la cathédrale, à dix ou douze pas en avant de la chapelle de San Pabto. On lit encore sur son marbre tu titulaire l’inscription suivante :

PU'LUS DK Ct-SPUUS, ULJIH ALMA

eccjjkiæ ponawuanis , ptcmi.K, •aimva, architectcilc, omfuumqve

BOYUU 11 ARTIl II , VARUftt U<jl £ LIWUA11M PUITKSIMCS, ÏÏIC «TUS EST.

OMIT ASXO DOU1.XI 11. K. VIII, stf-TIMO KALKNDAft SKXT1LI*.

Il nous reste 5 envisager Céspedèa comme antiquaire, comme poole et comme peintre.

Absorbé par tant d'occupations, et doué de talents si divers, cet homme éminent possédait n fond l'italien, h* lutin, le grec, el, suffisamment pour en discourir, l'hébreu et l'arabe. Celle connaissance des langues, fort rare à son époque, lui donnait une merveilleuse facilité pour les travaux d'archéologie, im peut citer, au premier rang de ses ouvrage* scientifiques, sa Dissertation sur Ut cathédrale de Cordant. Il nxait en vue de prouver que cette admirable mosquée, — bâtie dans la seconde moitié du huitième siècle par le fondateur «le la dynastie Omméyade en Espagne el «lu kulyfat de Cordoue. pour b 1 grand Ahdérumc 1" , \ImI-uI-IUiSiiiuii; , — cette mosquée, que saint Ferdinand protégea contre In fureur «b* son nrtnee en la consacrant au culte chrétien, et qui est restée le plus précieux monument de» Arabes, le plus magnifique édifice religieux de l'islam, — occupe précisément la place d'un temple à Janus, éloxé par les Humains après la conquête et la pacification de llbérie. Ccspedès a laissé encore des Recherche* sttr te temple de Salomon et une eqiècc de Mémoire sur f origine de T ordre corinthien en architecture.

Mai» «le ***« livre* d'érudition, le meilleur est, sans contredit, celui qu'il écrivit en 1601 , sur les institue*!* «le son arni Pedro de Vnh'ticia, ol «pii port*! pour titre : lie la compararion de Ut antiyua y moderna Pintura y Esculhtra , c’est-à-dire : Parallèle de la Peinture et de la Sculpture anciennes et modernes. Ce livre petit encore aujourd'hui offrir beaucoup d'intérêt et d’utilité, car, san* avoir rien pris à lu grande œuvre de Yusari. qu'il semble nu voir pas comme, bien quelle eût été publiée un demi-stècle plus tôt, Cespedè* donne d'intéressant» «létiiils sur b** peintres florentin», depuis Cimabuè et Giotto jusqu'aux élèves de Michel- Ange ; et, ce qui peut sembler encore plus important, plus précieux, il décrit avec une grande lucidité, en s'appuyant sur les texte» de Pausania*, Pline et Lucien, les'œuvre» des Grecs, puis il les compare, dans un paralb’lr plein d«î goût et de finesse, aux œuvres de Raphaël, de Michel- Ange, de Titien, du Corrége et des autres maîtres du siècle d'or. On sait enfin, par sa correspondance, que Gespedè» écrivit encore un Traité de Perspective théorique et pratique. Mais il ne reste rien de ce livre, que son auteur, probablement, li a jamais publié.

On voit que c'était d'habitude sur ses occupation» d'artiste qu«* Cocpodê* tournait ses investigations «le savant. Mai», s'il était peintre érudit, il se lit encore peintre poète. U célébra en beaux ver» les merveilles d’un art dont il avait raconté l'histoire et défini la théorie, d'un art qu'il pratiquait avec éclat. Il lui consacra sa plume avec sou pinceau; il le traite sou» un triple aspect, et, sans sortir de la |N!iiilure. il fut à la foi» historien, poêle et artiste. Ou doit regretter vivement qu'il n’ait pu terminer sou poème de la Peinture i ,/a Pinttira), dont Pacheco non* a conservé quelques précieux fragment». Pour l'Espagne, c’eût été, suivant

PABLO DK CESPEDÈS (1538).

l'unanime opinion cto connaisseurs, le meilleur poème didactique écrit en sa langue; pour les lettres eu général, ce serait bien probablement le meilleur poème consacré aux beaux-arts; supérieur, par la grandeur du plan, par la noblesse des idées, par la inngniGcence du langage, au poème latin de Dufresuoy [De Arte graphial), au poème français de Lemicrrc (ia Peinture) et à celui de Walelet {P Art de peindre] . Cespedèi avait véritablement envisagé son sujet d'un haut point de vue, et porté dans tous to détails la

même élévation. Ainsi, lorsqu'on parlant des divers instruments de la peinture et du dessin, il vient a nommer l'encre, une transition naturelle et savante le conduit k montrer la pensée humaine survivant, par ce fragile interprète, aux empires, aux cités, aux plus puissants travaux de la main des hommes. Son tableau des grandes ruines dont s’est successivement couverte la face de la terre, Babylone, Memphis, Troie, Athènes, Rome, est d’une majesté digne du sujet. Il est trop long pour qu'on le rapporte ici; mais citons du moins une strophe, une seule, celle on il explique comment c’est Homère, et non l’eau du Slyx, qui a fait Achille immortel. Cette strophe en octave est très-belle dans l'original.

« Je ne crois pas que le fleuve sacré qui, baignant d'une rosée fatale le corps du léger et victorieux « Achille, le rendit impénétrable à l'homicide acier, fût autre chose que celle trompette sonore du vers

fi ÉCOLE ESPAGNOLE.

« éclatant de l'éternel Homère, qui. vivant dans la bouche des races humaines, barre le courant des « siècles'. •*

Reste à considérer Cespedès comme peintre.

Moins heureux que certains de ses compatriotes dont les œuvres ont répandu le non dans tout le monde artiste, tels que Ribere et MuriUo, Cespedès n’a pu se faire connaître hors de son pays, hors de sa province. A l’exception des fresques exécutées dans quelques églises de Rome pondant ses études en Italie, tous ses ouvrages sont restés dans les deux villes qu i] habitait alternativement, Corüoue et Séville. Aucun d'eux, que je sache, du moins aucun de quelque importance et conservant le nom do son auteur, n'a passé le» frontières de l'Espagne. Madrid même n’est pas mieux partagée que Ica nations étrangères; son Muse*, M Heg, jiourtaiit si riche et « varié, n'a pas un seul tableau de Cespedè», et le Mmeo narionaJ, fonné beaucoup plus récemment avec les dépouilles dis couvent» supprimés, n'en possède pas davantage. Il n'y a, dans la capitale de l’Espagne, que r Académie do San Fernando qui ait hérité d'une Assomption peinte par ce

miiltre pour le collège des jésuites de Cordoue. Elle est dans la même salle que les chefs-d'œuvre de

Muriüo, lot .1 folios Puntoa et la Sainte EHsabsth de Hongrie. Il faut donc nous borner ii rappeler les

jugements qu'ont |K>rtés sur le» œuvres du peintre de Cordoue le» hommes le» plus compétent» parmi ceux

qui en ont fait une étude sur la place même où ils furent composés. « Cespedès, dit Pacheco (.tr/e de Ut * Pintnra ), fut grand imitateur de lu licite manière du Currégu et l'un des meilleurs coloristes de l' Espagne. « C'est è lui que l'École d’Andalousie doit la bonne lumière dans les tons des chairs, comme il l'a prouvé •« à Séville et à Cordoue sa patrie..., entre autres dons le grand tableau de l'Enterrement de ta glorieuse « vierge sainte Catherine martyre , où l'on voit des anges si beaux qu'ils semblent être dép endus du ciel •» sur le mont Sinal pour présider aux obsèques de la vierge sainte. » lion Antonio Ponx {Vingt de A’y *nïa: ajoute : « Si Cespedès, au lieu d'être lié d'amitié avis* Federico Zucrheri, eût pu l’être avec Raphaël, il serait «■ devenu l'un des plus grands peintre du monde, comme il eu fut l'un des plus savants. » Enfin Cean-Ilennudex (Dicrionario historien \ résume ainsi son éloge : « On admire l'élégance et la grandeur de» « formes du dessin, la vigueur des figures, letudc et l'intelligence de l'anatomie, l'habileté des raccourcis, « l’effet du clair-obscur, le brillant du coloris. In vérité de l'expression, et surtout son invention, car il n'hul u pas besoin de la mendier à d’autres. » ricin* chapitre de Cordoue ayant commandé à Zuceheri une Sainte Marguerite pour un retable, l'artiste romain répondit : « Dans une ville où demeure Pahk> ih* « Cespedès, comment demaude-t-on dos peintures à l’ Italie ? »

Comme les inaiircs italiens de la grande époque, Cespedès avait l'habitude «lu préparer ses composition*, mm par de petites esquisses, mais par des cartons aux crayon» mêlés, aussi grands que le devaient être les tableaux. Il n fait aussi plusieurs portraits avec les mêmes préparations. Le plus vaste doses ouvrages est une Cène placée sur l’autel de l'une des chapelle» de la cathédrale de Cordoue. Celte chapelle est la plus voisine de la sacristie construite par le cardinal Salazur, l'un des ouvrages modernes dont les chrétiens ont indignement défiguré la mosquée des Arabes, où apparaissait si visiblement, dans son admirable simplicité, le principal dogme de la religion musulmane, celui de l’unité de Dieu, où se montrait si clairement l'horreur de toutes les idolâtries. Cetle grande C ène est digne de soutenir le parallèle avec celle de Juun de Joanè», qui est ou Musée de Madrid, peut-être avec l'immortel CenacoUt de Léonard de Vinci, resté au couvent de Santa Maria délie I. razzie, de Milan, et elle vivra plus longtemps que la fresque si dégradée du grand

1 Na creo que otro fueae et Mm» ri»

Que a! vmhhmIot Aquile» y ligvro Le hiio ol cuerpo cou fatal rocto Impénétrable al hotnicuLa accru.

Que aquâb trompa y sonorueo brut

l)èt dira verso Jet Mmw Humer»

Qw vivHîiido on ls bon do U trente .

Ataja de Ion kighw la cnrhente.

PABLO DE CESPEDÊS (1538).

peintre florentin. Je l'ai vue, cette dernière Cnte de Jésus, dans lu mosquée d’Abdérame; mais j'étais bien jeune, et le goût de» urt», ce goût réfléchi, grave et profond, ne s’étail pas encore fait jour h travers la légèreté de l'Age. Aussi n'ai-je du chef-d'œuvre de Cespedès qu'un souvenir insuffisant. Je dirai donc

ItltOI rr II lias CilUIr^. t. Cat*a— I

seulement. après Oan-Bennudez, « qu’il est remarquable surtout par la belle ordonnance du sujet, la puissante expression des têtes, la sainte affection des apélres, la beauté tout angélique du Christ. In x.rdnk perfidie de Jiiilu». •• Un rup|Niiie que lorsqu'il fut expusé |Mmr la première fois aux regards du public de Cordante, dans l atelier du peintre, l'admiration de la foule se porta tout d'abord sur un vase à rnfruiclur le xin qui se trouvait, au premier plan, dons un angle du tableau. Piqué d’une remarque si puérile. Oftprriés npHn son valet : « André, s’écria-t-il, apporte une éponge, efface ce Mise, cVte-le vite de la, pmsqii d> ne

ECOLE ESPAGNOLE

font nulle attention à tant de personnages, tant de figures, tant d'altitudes, que j'ai faits avec tant d’étude et de soin. » Il fallut tous les effort* de scs amis pour que Ospedès révoquAt son ordre. Combien de scènes pareilles se passent tous les jours et dans tous les pays !

Par une fatalité déplorable, un très-grand nombre des peintures de Cespedè*, que l’on connaissait par leur titre et par leur renommée, ont disparu sans que l'on sache même où pouvoir les chercher. Tel fut le sort d'un autre vaste tableau, Sainte Ursule et le* onze mille Vierges, qu’il avait peint pour le monastère de Santa Clara , cl auquel les religieuses substituèrent un retable de mauvais goût. Tel fut aussi le sort de tous les tableaux qui se trouvaient dans l’église du collège des jésuites, V Enterrement de sainte Catherine, vanté par Pacheeo, le Serpent <T airain, le Sacrifiée tf Abraham, la Décollation de sainte Catherine, son Martyre sur ta roue , un Calvaire , un Ecrr Homo , une Prière au jardin des Oliviers, etc. Ce fut, selon toute apparence, lorsque, sur les instances unanimes du clergé espagnol, Charles II! supprima en Espagne l'ordre des jésuites (1767), un peu avant que'Clément XIY le supprimât dans tout l’univers (1773), que ces tableaux furent enlevés pour ne plus reparaître. Sans doute ils ne sont pas détruits ; mais, comme Cespedè» n'avait pas été connu hors de sa patrie, il est probable que les bons pères, après leur bannissement, auront fait passer sous d’autres noms que le sien les tableaux soustraits. Ils se nomment peut-être aujourd'hui Titien ou Corrige.

Cespedè* avait fondé h Cordoue une petite école. On cite, parmi ses élèves, Juan Luis Zambrano, Antonio Mohcdano, Juan de Penatosa, Antonio de Contreras, Crislo val Vêla. Mais les meilleurs ne tirent qu'approcher du maître, et Séville, après lui, réunit dan* son sein toute l'École d’Andalousie, où allaient apparnflre Zurbarnn, Velâzquez, AlonzoCana, Murilln.

LOTIS VUMDÜT.

racraœs s? ramcMMins.

Par le* raison» que noua avons rapportée* riant ln cour» rie ce récit, les tableaux de Osporiè*. cm du moins ceux qui ont conservé le non» de leur auteur, tout d'une extrême rareté. Aucun musée rie Pu ri» ou de la France, aucun musée dllalie, d'Allemagne, d'Angleterre, «le Belgique et de Hollande, ne contient un seul de* ouvrages de Cea|«dta.

Académie de Sa* Fk*nanoo A Minai h. — Dix petit* tableaux dont le* sujets sont emprunté* aux martyre* de divers apôtre*. — Arsumptiun de ta Vierge.

C.vni mm» xi . k DE Gonnot IC. — Iji cène, que nous avons Tait graver ni qui *e trouve * la pape 5 de celte notice.

Mvskk de Skviu.*. — l.a Cène.

Sxnrr-PÉTKnsaocao. Misse de l'Emitage. — Une Tête de Christ, qui est proUal*leinetit une étude puur U Cf«* de Gordmie. et un Martyre de saint h tienne, en petites pcupiirtkin». uû l'un retrouve le digne et enthousiaste élève «le

SNcM-Aege.

Un Portrait d* Cespedè « fgurail dans l'ancienne Galerie aipagnolc nu Louvre. Ce portrait a été vendu à Londres, en M53. f 4h.

Mirxnmuuuft Dit Mxrrat: :

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