‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 3)Chapitre 2 sur 93 · ALONZO SANCHEZ COELLO · texte numérisé non relu

ALONZO SANCHEZ COELLO

pour la cour de Lisbonne, où, par ordre de l’empereur, il devait peindre la future épouse de Philippe, I iiilanl doua Maria, Sanchez Coello l’accompagnait.

Le brillant accueil que reçurent nos artistes auprès du roi Jean et de la reine Catherine d’ Autriche, sœur cadette de Charles-Quint, déterminèrent Coello à s’attacher au service de don Juan, prince de Portugal et

LE PRINCE CHARLES. FILS DE PHILIPPE II (Musée de Madrid).

epou\ de doua Juana, fille de l'empereur et sœur de Philippe 11. Don Juan mourut. Sanchez, privé de ce protecteur et désirant retourner en Espagne, pria doua Juana de le recommander à Philippe II, qui l'agréa. Séduit tout d’abord par les manières, l'esprit et le talent de l'artiste, le roi reporta sur lui cette même affection, cette bienveillance familière, dont il avait donné tant de preuves à Antonio Moro, parti alors poulies Pays-Bas. Cette faveur de Sanchez auprès du terrible Philippe ne fit du reste que grandir par la suite et de\ i ut telle, que, lorsque le roi ne l’emmenait pas avec lui dans ses expéditions, il lui écrivait très-fréquemment

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et de sa propre main en adressant les lettres à son très-aimé fils Alomo Sanchez Coello : « Al muy amado hijo Alonzo Sanchez Coello , excelentisimo pintor de la majestad cristiana. » C’est ce que rapporte Pacheco, au livre Ier de 1 ' Arte de la Pintura^ où il s’étend longuement et fournit mille détails curieux sur les rapports d’intimité de Philippe II et de son peintre :

« Le roi, dit Pacheco, lui donna pour logement une vaste maison tout proche du palais. Comme il en « gardait seul la clef, — par un passage secret et en toilette du matin, il avait coutume d’entrer à toute heure « chez lui et de le surprendre tandis qu’il était à dîner avec sa famille. Lorsque Sanchez voulait quitter la « table pour le saluer révérencieusement comme son roi, il lui commandait de rester en place et entrait « ensuite, par passe-temps, dans son atelier. D’autres fois, il le trouvait assis et peignant; s’approchant « doucement il lui mettait les mains sur les épaules. Quand Alonzo Sanchez, se voyant si honoré, essayait « par juste respect de se lever, le roi l’obligeait de se rasseoir et de continuer sa peinture. Sanchez peignit « souvent Philippe, armé, à pied ou à cheval, en costume de voyage, ou bien encore portant simplement la « cape et le toquet; il peignit également dix-sept personnes royales, reines, princes et infants, qui « l’honoraient et l’estimaient au point de venir habituellement jouer et se divertir eu sa maison avec sa « femme et ses enfants.

« Sa renommée ne lui valut pas moins d’honneurs de la part des plus grands princes du monde, et il put « compter au nombre de ses admirateurs les papes Grégoire XIII et Sixte-Quint, le grand-duc de Florence, « celui de Savoie et le cardinal Alexandre Farnèse, frère du duc de Parme. Il avait toujours à sa table quelque « gentilhomme important, car, le voyant ainsi dans les bonnes grâces d’un grand monarque, beaucoup « s’empressaient à rechercher son amitié. Sa maison était fréquentée par les plus hauts personnages k de l’époque : le cardinal Granvelle; l’archevêque de Tolède, don Gaspar de Quiroga; don Rodrigue de « Castro, archevêque de Séville; et qui plus est encore — le seigneur don Juan d’Autriche, le prince don « Carlos, ainsi qu’un grand nombre de personnes titrées et d’ambassadeurs, à ce point que maintes fois " les chevaux, les litières, les carrosses et les chaises remplirent les deux vastes cours de la maison, (i Devenu ainsi le peintre le plus célèbre de son temps, il gagna plus de cinquante-cinq mille ducats.1 » Après Pacheco, Jusepe Martinez, peintre de Philippe IV et auteur d’un manuscrit qui renferme un traité sur la peinture et des renseignements biographiques très-intéressants sur les artistes espagnols, note, à propos d’ Alonzo Sanchez, quelques particularités qui ont échappé à tous les autres biographes :

« Au début du règne de Philippe II, un grand artiste en portraits, nommé Alonzo Sanchez, commença (( de se révéler avec tant d’éclat, que Sa Majesté le lit appeler et lui ordonna de lui fournir une preuve « de son talent en faisant son portrait. Ce portrait plut tant à Sa Majesté quelle voulut qu’un logement voisin « du palais royal, dans la maison du Trésor, fût donné à l’artiste, et elle eut soin d’y ajouter des gages « et des allocations qui furent toujours très-exactement servis.

<( Longtemps Sanchez fut occupé à peindre des portraits du roi, que l’on envoyait aux divers monarques « et aux princes; très-estimés dès lors, ces portraits le sont bien davantage encore à cette heure. Pour « récompenser les services chaque jour plus éclatants de son peintre, Sa Majesté le fit gentilhomme de » la Clef-Noire et son valet de chambre2.»

Le même Jusepe Martinez, parlant de Y Allégorie sur la bataille de Lépante , tableau célèbre que le Titien peignit à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans et qui est au Musée de Madrid, rapporte quelques faits d’un assez grand intérêt pour mériter d’être reproduits.

<< Comme Philippe 11 désirait que le Titien lui peignît un tableau dont il se réservait d’ordonner lui-même " la composition, il manda Alonzo Sanchez, lui communiqua son projet et lui indiqua comment il entendait « que s’exécutât le dessin qui devait être envoyé au Titien. Avec sa modestie accoutumée, Alonzo Sanchez

1 Pacheco, — Arte de la Pintura, livre 1er, chap. vu.

- Jusepe Martinez. — Diseursos practicables del nobilisimo arte de la Pintura, t. XVII. Ce manuscrit, récemment publié par les soins de l’Académie de San Fernando, à Madrid, a ôté enrichi de notes précieuses par don V.Cardercra, membre de cette Académie.

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