‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 3)Chapitre 3 sur 93 · ALONZO SANCHEZ COELLO · texte numérisé non relu

ALONZO SANCHEZ COELLO

« se récusa d’abord ; mais le roi ordonnait et il fallut obéir. Sa Majesté se fit donc peindre en pied, élevant « au ciel dans ses bras le jeune infant don Fernand ; une Renommée, chargée de palmes et de couronnes,

MARIAGE U E SAINTE CATHERINE (Musée de Madrid).

« plane sur ce groupe, et le Turc gît à terre, vaincu et enchaîné. A cette esquisse, le roi lit joindre sun « portrait de grandeur naturelle, et le tout fut dirigé sur Venise.

« A la réception du portrait et de l’esquisse, Titien écrivit aussitôt que, puisque Sa Majesté av ait auprès « d elle un maître si habile, il n’était pas besoin quelle recourût à des peintres étrangers. Philippe lit

ÉCOLE ESPAGNOLE

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< répondre qu’il partageait l’avis sur le mérite d’ Alonzo Sanchez, mais qu’il aurait à satisfaction que le

< Titien exécutât le tableau, ce qui eut lieu ainsi. »

En 1570, Sanchez Coello fut chargé, avec Diego de Urbina, de peindre les arcs de triomphe que l’on éleva à Madrid pour l’entrée d’Anne d’Autriche, femme de Philippe IL

De 1573 à 1577, il exécuta pour l’église paroissiale de l’Espinar une suite de tableaux destinés à décorer le maître-autel. On a retrouvé dans les archives de l’Espinar le contrat intervenu entre Alonzo Sanchez et la paroisse, relatant toutes les clauses et conditions auxquelles devait se conformer l’artiste. Selon l’usage, il dut présenter quatre témoins qui le cautionnèrent et signèrent l’acte avec lui. Au nombre de ces témoins ligure l’illustre Giacomo Trezzo. Alonzo Sanchez s’acquitta si consciencieusement de cet important travail, qu’il fut terminé au jour dit et que les experts nommés par les parties pour taxer et juger l’œuvre, en outre du prix de 3,350 ducats primitivement stipulé au contrat, jugèrent qu’il y avait lieu d’allouer une majoration de 75,875 maravédis. Vers 1582, Sanchez Coello avait achevé de peindre pour la salle des Portraits du palais du Pardo, tous les personnages suivants : Doha Juana, princesse de Portugal ; doua Catalina, femme de Jean III, roi de Portugal ; don Luis Mendez de Haro, marquis del Carpio ; don Diego de Cordoba, premier écuyer de Sa Majesté; don Juan d’Autriche, frère de Philippe II; don Carlos, son fils ; l’empereur Rodolphe ; son frère Ernest ; Ferdinand, archiduc d’Autriche, frère de l’empereur Maximilien.

Le monastère de l’Escorial, allait être fini. Philippe II voulut que Sanchez Coello, malgré son grand âge, concourût à la décoration de ce vaste monument. L’artiste peignit donc encore. A partir de 1580, il exécuta successivement plusieurs compositions religieuses : Saint Paul et saint Antoine ermites; Saint Etienne et saint Laurent ; Saint Vincent et saint George; Sainte Catherine et sainte Inès. Son tableau du Martyre des saints enfants Juste et Pastor , où il plaça une charmante vue de Alcala de Henarès, date de 1583. A cette même année appartient aussi le portrait du P. Siguenza, qui n’est plus à l’Escorial1. Celui du fameux fondateur de l’ordre des Jésuites, qu’il peignit avec l’aide d’un masque de cire moulé sur le visage du saint, et qui, selon Pacheco, est le plus ressemblant des portraits d’Ignace de Loyola, date de 1585. Sanchez Coello avait alors au moins soixante-dix ans. Cinq ans plus tard (1590), il s’éteignit à Madrid.

Sa vie d’artiste avait été laborieusement remplie ; il laissait un œuvre considérable, surtout en portraits, dont la plupart, malheureusement, périrent dans les incendies successifs des palais du Pardo et de 1 Alcazar de Madrid. La destruction semble s’être acharnée sur les peintures de ce maître : l’église du couvent de San Geronimo, à Madrid, renfermait encore, en 1782, un important tableau de Sanchez, daté de 1580 et représentant un Saint Sébastien: on en a perdu toute trace depuis la ruine de ce couvent.

Ce qui reste aujourd’hui de tant de travaux suffit cependant à la gloire de Coello. Il faut, nous l’avons dit, faire bon marché de ses compositions religieuses, qui appartiennent au faux goût flamand-italien, et dont le moindre défaut est le manque absolu d’originalité. Mais, dans ses portraits, c’est un maître, naïf et vrai, distingué et contenu, un peu froid, mais très-fin.

Voilà bien le talent qui convenait à ce peintre de cour, homme de cour lui-même, de cette cour d’un monarque qui n’a ri qu’une seule fois, le jour où il apprit le massacre de la Saint-Barthélemy. Du fond de ses toiles, on voit se détacher, raides, pâles, la bouche pincée, reines, infants, princesses, gentilshommes, tout emprisonnés dans leurs riches costumes; mais une étincelle avive légèrement leur regard et lui fait dire ce que taisent leurs lèvres serrées. Sont-ce là des ombres ? non, ces personnages vivent, mais d’une vie étrange, mystérieuse. On sent, à les regarder, combien dut peser à ces muets courtisans le froid glacial du cloître, — le morne silence de l’Escorial !

Au Musée de Madrid, deux portraits, surtout donnent bien la note de ce talent sobre et un peu

Ce portrait a été gravé en Espagne par D. F. Selina, à la fin du siècle dernier.

ALONZQ SANCHEZ COELLO (1515).

sec. Ils ont de l’analogie avec représentent l’un l’infant don de Philippe II , qui devint

les Antonio Moro, du même musée. Ces portraits, numérotés 152 et 151 Carlos, de tragique mémoire, l’autre doua Isabelle-Claire-Eugénie fille la femme de l’archiduc Albert. Ces deux portraits sont délicieux :

ISABELLE, FILLE DE PHILIPPE II (Musée de Madrid).

Holbein, Clouet, Moro, n'ont rien peint de plus exquis, de plus délicat, et ce rapprochement n'a rien d’excessif : comme ces maîtres , Coello sait évoquer tout le caractère de ses modèles , toute leur individualité, sans le moindre effort, sans même que la toile laisse seulement transparaître le procédé d'exécution.

Alonzo Sanchez Coello laissa trois élèves : sa propre fille, doua Isabelle, Philippe de Liano, connu par ses portraits de petite dimension, et enfin Pantoja de la Cruz, le plus célèbre des trois, qui succéda à

ÉCOLE ESPAGNOLE

son maître dans la charge de peintre et de valet de chambre de Philippe IL Pantoja est l’auteur de nombreux portraits. Sa couleur est chaude et transparente ; il est très-soigneux du détail et il rappelle assez bien son maître par une certaine timidité de pinceau, par la simplicité des poses et l’exactitude du dessin. Il mourut en 1610, à Madrid, à l’âge de 59 ans.

PAUL LEFORT

Les tableaux de Coello sont aujourd’hui fort rares en France et il n’en existe plus un seul au Musée du Louvre. Ceux que le roi Louis-Philippe avait fait acheter et qui tirent partie de la Galerie espagnole, ont été, comme l’on sait, rendus à la famille d’Orléans, puis vendus à Londres. Trois de ces tableaux appartiennent aujourd’hui au Musée de Bruxelles. Voici la liste des ouvrages de Coello qu’on peut voir en Espagne et dans quelques musées et galeries de l’Europe.

Allemagne. Musée de Vienne. — Un portrait de dame.

Collection Suermondt , à Aix-la-Chapelle. — Portrait de Philippe IL

Angleterre. Collection Baring — Portrait de Philippe III, enfant.

Belgique. Musée de Bruxelles. — Portrait de Jeanne d’Autriche. — Portrait de Marguerite de Parme , fille de Charles-Quint et gouvernante des Pays-Bas. — Portrait de Marie d’Autriche, autre fille de Charles-Quint.

Ces trois tableaux proviennent de l’ancienne Galerie espagnole, au Louvre, qui renfermait en tout neuf portraits, dont l’un, catalogué sous le numéro 72 et représentant Y Infant don Fernand , fils de Philippe II, portait la signature suivante : Alfonsius Santius fecit, 1377.

Espagne. Musée royal de Madrid. — Portrait de don Carlos, fils de Philippe II. — Portrait de l’infante doua Isabelle- Claire-Eugénie, fille de Philippe II. — Portraits de deux infantes, filles de Philippe II. — Portrait d’un personnage que

l’on croit être Antonio Perez. — Deux portraits d’infantes.

— Les Fiançailles de sainte Catherine. — Saint Sébastien. tableau daté de 15X2.

Musée national de Madrid. — - Portrait de l’archiduchesse d’Autriche, Isabelle-Claire-Eugénie, fille de Philippe IL Escorial. — Un portrait de Philippe II et douze compositions religieuses dont voici la désignation : Martyre des saints enfants Juste et Pastor. — Saint Grégoire et saint Antoine. — Saint Bazile le Grand et saint Athanase.

— Saint Jérôme et saint Augustin (signé et daté 1580). — Saint Paul et saint Antoine abbé (signé et daté 1582). — Saint Laurent et saint Étienne, martyrs (signé et daté 1580).

— Saint Vincent et saint Georges. — Sainte Claire et sainte Scholastique. — Sainte Paule et sainte Monique. — Sainte Catherine et sainte Inès (signé et daté 1581). — Saint Benoit et saint Bernard. — La Vierge de la Antigua (1564).

Collection Madrazo, à Madrid. — Portrait d’un personnage inconnu — Portrait do Philippe III, enfant. — Ces deux tableaux provenaient de la collection du duc d’Altamira ; ils appartiennent aujourd’hui à M. de Salamanca.

Valence. Musée. — Portrait d’Alonzo Sanchez Coello peint par lui-même.

Vente Louis-Philippe, à Londres. — Portrait de Jeanne d’Autriche , 2,773 fr. — Portrait de Marguerite de Parme, 2,268 fr. — Portrait de Marie d’Autriche, 2,672 fr.

Voici la signature de Sanchez Coello, copiée siir l’un des tableaux de l’Escorial :

VAHIS. - lMPhli

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