LES CASTILLO
Palomino raconte qu’Alonso Cano, examinant des tableaux d’ Antonio del Castillo, ne put s’empêcher de remarquer « que c’était grand dommage, que dessinant si bien, Antonio ne vînt pas à Grenade apprendre un peu à peindre. » — « Mieux vaudrait que Cano lui-même vînt à Cordoue, fit répondre Castillo blessé au vif;
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ASSOMPTION DE LA VÏERGE, par Juan del Castillo (Musée de Séville).
nous le pourrions du moins payer de sa peine en lui enseignant à dessiner. » Cette anecdote résume tout le talent de l’artiste en même temps qu’elle dit le caractère de l’homme.
Yif, spirituel, aimant le plaisir et toujours prêt à accepter avec philosophie les événements fâcheux de l’existence, Antonio del Castillo est un assez curieux personnage. On le voit prendre à l’égard de ses rivaux
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des allures provoquantes et leur prodiguer volontiers les plus mordantes épigrammes, sans prendre garde que son talent personnel, qu’il a soin d’exalter lui-même avec une vanité risible, est plein de disparates et très-inégal. En effet, s’il dessine avec beaucoup d’esprit et de justesse, il peint durement, et s’il compose avec assez de facilité, il montre en revanche peu de science et de goût dans l’arrangement de ses groupes. Praticien habile, il s’abandonne à son inspiration et s’en fie trop à sa verve : au demeurant, c’est un talent incomplet.
Fils et neveu des deux artistes dont nous venons d’esquisser la biographie, Antonio del Castillo, né à Cordoue en 1603, fut lui-même destiné de bonne heure à la peinture. Après la mort de son père Agustin, son premier maître, Antonio alla rejoindre à Séville son oncle Juan del Castillo, qui le fit entrer dans l'atelier de Zurbaran, bien jeune encore, mais déjà réputé un maître.
Les biographes ne disent pas combien de temps Antonio demeura près de Zurbaran. Il semble toutefois que ses études durent être rapides, et que, ébloui plutôt que pénétré des vigoureuses qualités de son maître, il se crut trop tôt appelé à les imiter. Mais il ne fit que les exagérer et ne les égala point. Ces belles et savantes oppositions de lumière et d’ombre, cette exécution si robuste et si franche, qui caractérisent le talent de Zurbaran, ne sont trop souvent, chez le disciple, que parti pris sans mesure, que \iolence et que rudesse.
Antonio revint se fixer dans sa ville natale. Palomino nous apprend que, dès son arrivée, il fut admis avec Cristobal Yela, élève de Vicente Carducho, à concourir pour un sujet de Saint Aciscle, martyr et patron de Cordoue, que le chapitre de la cathédrale destinait primitivement à décorer le maître-autel : ce tableau existe encore. Successivement Castillo est appelé à peindre, pour la chapelle du côté de la cour des Orangers, une Vierge au Rosaire , Saint Roch et Saint Sébastien , et, pour une autre chapelle voisine du chœur, une grande composition, Saint Pelage entendant prononcer sa sentence de mort , tableau que Palomino décrit avec les plus grands éloges.
Sous la partie extérieure de la porte du Pardon, il peignit à fresque une Assomption de la Vierge, Saint Michel et Saint Raphaël, Saint Pierre et Saint Paul , Saint Aciscle et Sainte Victoire.
Chargé de la décoration de l’escalier monumental du couvent de Saint-Paul, Castillo s’en acquitta avec honneur. Ces peintures, encore en place aujourd’hui, représentent Saint Ferdinand consacrant à saint Paul le couvent gu’ il fait élever : de nombreuses figures de saints, en buste , de grandeur naturelle ou plus grandes que nature, concourent à l’ornementation.
A l'hôpital de Jésus-Nazaréen, il exécuta à l’huile, sur enduit, une Invention de la Croix et le Ron Larron. Palomino, qui vante beaucoup ces deux ouvrages, se montre plus sévère pour un Couronnement et une Assomption de la Vierge , peints pour ce même hôpital, et qui pèchent notablement sous le rapport de la justesse des plans et de la distribution des masses, défauts trop fréquents chez l’artiste.
Les Franciscains commandèrent à Antonio des ouvrages importants. Il fit pour leur église deux Saint Jean, V Esprit saint au milieu d’ une gloire de séraphins , la Sainte Vierge apparaissant à saint Ildefonse, et, pour le cloître, le Raptême de saint François. Il signa cette dernière toile d’une épigrammatique légende qui prêta beaucoup à rire : c’est un trait curieux de sa vie.
Il avait eu pour élève Juan de Alfaro, qui le quitta pour aller à Madrid se perfectionner à l’école de Velâzquez. De retour à Cordoue, Alfaro, paraît-il, se plut à oublier qu’avant d’avoir reçu des leçons de Velâzquez, dont il se proclamait bien haut l’élève, il avait eu pour premier maître Castillo.
Blessé de l’ingratitude et des procédés d’ Alfaro, Castillo résolut de l’en punir. Observant que le jeune homme signait amoureusement d’un superbe Alfarus pinxit une suite de tableaux qui lui avaient été demandés pour le cloître des Franciscains, il imagina alors de signer son Raptême de saint François, placé dans le voisinage même des productions de son élève : non fecit Alfarus. L’épigramme eut tant de succès, qu’au dire de Cean Bermudez elle demeura proverbiale dans les ateliers des peintres.
Antonio acquit une réputation méritée comme portraitiste, mais son habileté dans les tableaux de chevalet est plus spécialement notée par ses biographes. Palomino relate un assez grand nombre de ces tableaux,
LES GASTILLO (1 565-1 584-1603). 7
qui, de son temps, appartenaient à des collections d’amateurs, et dont il loue l’exécution pleine de fraîcheur et de grâce.
Castillo aimait à donner à ses compositions des fonds de paysage, qu’il peignait avec beaucoup de naïveté
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ADORATION DES BERGERS, par Antonio del Castillo (Musée de Madrid).
et de naturel. Souvent, dit Palomino, il allait passer quelques jours à la campagne et il dessinait soit un beau site, soit un curieux accident de terrain, ou bien des troupeaux, des chars, des instruments de labour, qu’il transportait ensuite dans ses tableaux avec verve et vérité.
Très-enorgueilli des succès dont il jouissait dans sa ville natale, Antonio en arriva à se croire le meilleur
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peintre de l’Andalousie. Il se mit entête d’aller à Séville faire montre de son habileté et porter aux artistes en renom une sorte de défi public. Il commença par visiter cérémonieusement les maîtres qu’il avait connus dans sa jeunesse, et en reçut, à son tour, force courtoisies. Dans cette première tournée, il ne vit que des ouvrages qui lui parurent inférieurs aux siens. Tout allait au mieux pour son amour-propre, lorsqu’on le conduisit au couvent des Franciscains. Des tableaux de Murillo venaient d’y être récemment placés. Devant ces toiles, dont il ne pouvait détacher ses regards, Castillo demeura stupéfait. Il ne voulait pas croire qu’elles fussent de Murillo, et, comme il s’obstinait dans son incrédulité, il fallut le mener à la cathédrale et le mettre en face des chefs-d’œuvre de celui qui avait été un moment son condisciple. — «Fa murio Castillo ! » — « Castillo est mort! » s’écria l’orgueilleux artiste : « Est-il possible que Murillo, cet élève servile de mon oncle, ait trouvé cette beauté, cette splendeur de coloris! »
De ce moment, la tristesse et l’envie ne laissèrent plus de repos à Castillo, et, tout plein encore du souvenir des chefs-d’œuvre de Murillo, il peignit un Saint François. Ce fut incontestablement sa meilleure production, mais elle ne rivalisait qu’imparfaitement avec son modèle. Castillo se rendit-il cette justice? Il est permis de le penser, car, selon ses biographes, sa mélancolie ne fit plus que s’accroître, et il mourut en 1G67, moins d’une année après son malencontreux voyage à Séville.
Antonio del Castillo laissa, à sa mort, de nombreux dessins que se transmirent curieusement les maîtres espagnols et qui ont plus fait pour sa renommée que ses peintures mêmes. Exécutés, pour la plupart, à la plume ou bien avec des roseaux qu’il taillait grossièrement, ces dessins sont d’une franchise et d’une fermeté magistrales, et l’on 11e saurait les comparer qu’aux vigoureux et hardis croquis dellerrera le Vieux. Alonso Cano avait bien raison de regretter qu’un dessinateur aussi habile ne fût pas meilleur coloriste. Les principaux élèves de Castillo avaient été Valdès Léal, Alfaro et Pedro Antonio.
PAUL LEFORT
MOIIMŒ Hï
Palomino etCean Bermudez ont décrit, à la suite des notices consacrées aux Castillo, les ouvrages qu’ils exécutèrent pour les couvents et pour les églises.
Nous nous bornerons donc à compléter leurs indications en donnant la liste des tableaux de ces maîtres qu’on peut voir dans les musées d’Espagne ou dans quelques galeries particulières.
L’ancienne galerie espagnole du Musée du Louvre, dispersée à Londres, en 1 853, ne renfermait pas moins de quatorze productions des Castillo; aucune, que nous sachions du moins, n’est revenue en France.
Madrid. — Musée Royal. — L’Adoration des Bergers , par Antonio del Castillo (gravée dans cette notice).
Académie de San Fernando. — Saint Jérôme pénitent , esquisse par Antonio del Castillo.
Séville. — Musée. — L' Assomption. — L’Annonciation.
— La Naissance. — La Visitation. — L’Adoration des Rois. — Saint-Joseph et l'enfant Jésus travaillant. — La Mort de saint Joseph. Ces tableaux sont de Juan del Castillo, et le Catalogue du Musée de Séville les signale comme étant les meilleurs ouvrages de ce maître.
Collection Arasarla. — Le Petit saint Jean nourri par deux anges. — Attribué à Juan del Castillo.
Collection Garcia de Leaniz. — Le Mariage delà Vierge ,
— Saint Michel. — Un Ange gardien. — Saint Joseph , de Juan del Castillo.
Collection Lopez Cepero — L’ Annonciation , — Sainte Famille , de Juan del Castillo.
Cordoue. — Cathédrale. — Une Conception (gravée dans cette notice), de Agustin del Castillo.
Cadix. — Cathédrale. — L’Adoration des Rois , d’Agustin del Castillo.
Voici les prix atteints par quelques ouvrages des Castillo qui ont paru dans les ventes :
Vente Standish. — Ancienne galerie espagnole du Louvre.
— Londres 1853 : Agustin del Castillo : Saint- François en extase : 5 £ 10 ; — Juan del Castillo : Saint Augustin, saint Dominique et un Pape : 12 £; — Saint Jérôme , saint François et un Évêque : 23 £ ; - Saint François avec le chapeau de cardinal : 7 £ ; — Saint François (buste) : 3 £ 5 ; — Les deux saints Jean : 1 2 £ ; — L’Assomption de la Vierge : 24 £ ; — Saint Paul terrassé sur la route de Damas : 6 £ 10 Saint Jerome au désert de Colchide : 8 £ 10 ; — Saint Dominique et saint François aux pieds de la Vierge : 10 £ 10 ; — David portant la tête de Goliath . 8£ 1 5 ; — Saint Jean dans le désert : 4£;
— Assomption de la Vierge : 35 £ 1 4. Antonio del Castillo : Un Franciscain : 3 £ ; — Un Dominicain martyr : 4 î ; — Saint Pierre après sa faute : 7£ 5 ; — Sainte Lucie : 17 £ 10.
Vente Aguado. — Le Festin de Baltazar , par Antonio del Castillo, 210 fr.; — La Vierge présentant a saint Dominique de Guzman le portrait de saint Dominique de Silos, même maître, 150 fr. ,
Vente Salamanca. — L’Enfant Jésus endormi, attribué d’abord dans le Catalogue à Murillo et ensuite à Juan del Castillo ; 2,300 fr.
Voici la signature et le monogramme d’Antonio del Castillo :
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