LE MOINE EN PRIÈRE
les causes sont ignorées, l’avait fait condamner par le roi à se retirer dans un cloître; que la vie monastique avait développé en lui le goût de l’austérité et le talent d’en représenter les images; qu’il portait enfin lui-même le froc et le capuce, quand il peignit les visions de saint Pierre de Nolasco et cette admirable suite
ÉCOLE ESPAGNOLE
de Missionnaires marty\'S où il mit en lumière tous les genres de tortures que ces missionnaires avaient subis dans les Indes Occidentales. La même chose a été racontée de notre Lesueur, qui se serait fait chartreux à la suite d’un duel. Mais de tels faits, que rien n’appuie et dont on ne trouve aucune trace dans les historiens espagnols, doivent être considérés comme des embellissements du genre de ceux qu’imaginent quelquefois les biographes pour colorer la prose de leur récit. Ce qui paraît certain, c’est que Zurbaran sur la fin de sa vie fut employé à la décoration des diverses résidences royales de Madrid et des environs. Don Lazare Diaz del Yalle nous apprend qu’en l’anpée 1662 il reçut dans sa maison àMadrid le peintre Zurbaran, qui, suivant Palomino, mourut en cette même année 1662, âgé de soixante-quatre ans.
En l’appelant le Caravage espagnol, l’histoire n’a rendu qu’une incomplète justice à Zurbaran. C’est seulement par l’énergie de l’exécution, que ce fier et puissant maître ressemble au Caravage, car il lui est supérieur par l’élévation, par la dignité du sentiment. A ses figures, qui souvent sont communes à force d’être vraies, il a su imprimer un caractère d’ardente foi, une expression de beauté morale et d’amour qui les rehausse jusqu’aux régions de la poésie. Par un de ces contrastes violents, particuliers à l’art de l’Espagne, il a été aussi mystique dans la pensée que brutal dans le maniement du pinceau, et l’on peut dire qu’il a exprimé comme Caravage et senti comme Lesueur. Entre ces deux peintres de la vie monastique, il y a pourtant une différence qui tient surtout au tempérament des deux nations espagnole et française. Sous la pâleur de ses teintes, Lesueur nous montre l’austérité tendre du croyant qu’anime l’espérance d’une vie meilleure; Zurbaran, de son rude et mâle pinceau, représente les rigueurs de l’ascétisme et les tourments du chrétien qu’épouvantent jusqu’au fond du cœur les images de l’enfer.
CHARLES BLANC
MMIMM ET HUDMITOMo
Les tableaux de Zurbaran sont aujourd’hui fort rares en France, et il n’en existe plus un seul au musée du Louvre. C'est à Séville, à Xérès, à Madrid qu’il faudrait aller pour voir les plus beaux ouvrages de ce maître. Ceux que le roi Louis-Philippe y avait fait acheter par MM. Taylor et Dauzats, et que nous avons vus pendant quelques années au musée espagnol du Louvre, ont été, comme l’on sait, rendus à la famille d’Orléans, qui les a mis en vente à Londres. 11 n’en est rentré en France qu’un très-petit nombre.
Trois ventes célèbres ont établi la valeur commerciale des tableaux de Zurbaran; ce sont celles de M. Aguado, du maréchal Soult et du roi Louis-Philippe.
Vente Aguado. — Prise d’habit de sainte Claire. — (9 figures, toile en hauteur). 600 francs.
Sainte Ruffne , patrone de Séville. Elle est vêtue d’une robe grise, d’une étoffe à raies noires et jaunes, et d’une écharpe verte, et tient à la main deux petits vases. — Toile en hauteur. 700 francs. — Sainte Marine, id., 1,100 francs.
Saint Hugues changeant le repas des chartreux. Sept moines dans un réfectoire. Ils sont visités par saint Hugues, suivi d’un acolyte. — (9 figures, toile en largeur). 4,725 francs.
Vente maréchal Soult. — Saint Pierre Nolasque et saint Raymond de Penaford. Ce tableau est un de ceux que Zurbaran peignit pour le couvent des Pères de la Merci chaussés. Saint Pierre Nolasque y est représenté siégeant au milieu du chapitre de Barcelone, que préside saint Raymond. (2 mètres 42 sur 2 mètres 21). — 19,500 francs.
Le miracle du crucifix (même provenance). Un Franciscain montre à saint Pierre Nolasque et à quatre moines de son ordre un crucifix miraculeux. Signé F. D. Zurbaran, 1629. (2 mètres il sur 2 mètres 61). — 19,500 francs.
Les Funérailles d'un évêque. 11 est étendu sur un lit de parade. Un religieux lui place un crucifix dans les mains. Un pape, un évêque, un roi viennent rendre hommage à sa dépouille. Deux moines sont agenouillés au pied du lit. — (2 mètres 45 sur 2 mètres 21). 5,000 francs.
Saint Romain et saint Rarulas (figures en pied). Le premier montre à l’autre sa langue arrachée. Il porte une chappe brodée d’or. — (2 mètres 50 sur 87). 5,700 francs.
Saint Laurent (figure en pied). Il est en habits sacerdotaux et tient à la main le gril de son martyre. — 3,000 francs.
Une sainte (figure en pied). Elle est en robe de soie verte, brochée d’or et en manteau rose. 3,300 francs. — Autre sainte (figure en pied). Vêtue d’une robe de brocart tissu d’or et d’un manteau violet; elle a un diadème. — 2,200 francs.
Communion d’un saint. Il est couché dans un lit à baldaquin et reçoit le viatique. Deux Franciscains sont à genoux, et derrière eux, deux acolytes ; un personnage à mi-corps porte une aiguière. — (3 mètres sur 3 mètres 17). 2,100 fr.
L’Ange Gabriel (figure en pied). 11 est en surplis blanc, tient une baguette sur l’épaule et marche dans un paysage solitaire. — - Toile en hauteur. 2,555 francs.
Vente Louis-Philippe. — Saint François avec les stigmates. Ce tableau provenait d’un couvent de Franciscains à Séville. 16 livres sterling. — Même sujet, 265 liv. st. — Notre-Dame de pitié ayant à ses pieds un cardinal et un chartreux. Ce tableau vient d’un couvent de Séville. 63 livres sterling. — Le Martyre de saint Julien. Ce tableau provient d*un couvent de l’Estramadure ; il était fort estimé en Espagne. 70 liv. st. — La Vierge dans une gloire. 70 livres st. — La Vierge et l’Enfant. 94 livres st. — La Vierge et l’Enfant , environnés d’anges, avec des moines en prière à leurs pieds. Superbe peinture d'autel. 165 livres sterling.
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