UITEVIM. RI E DAMIETTE. 2 ET
Après Velâzquez et Murillo, don Juan Carreno est un des peintres les plus sympathiques de l’École espagnole. Il a parfois la liberté , la vaillance de Velâzquez , parfois la douce harmonie de Murillo. Il a aussi quelque chose de van Dyck, par l’élégance du dessin, et même quelque chose de l’École italienne, quand il peignit de grandes compositions en compagnie de don Francisco Rizi, fils d’ Antonio Ricci (en italien), le Bolonais.
Il était né à Avilès, dans la principauté des Asturies, le 25 mars 1614, — quatre ans avant Murillo. Son père Juan Carreno de Miranda, alcade des hijosdalgo d’Avilès, et sa mère doua Catalina Fernandez Bermudez, originaires du district de Carreno dans cette principauté, descendaient de nobles familles.
En 1623, le père Carreno, ayant un procès à Madrid, y emmena avec lui son petit Juan. C’est en cette même année que le jeune Velâzquez venait aussi de Séville se fixer à Madrid, où il fut nommé pintor de camara, — peintre ordinaire du roi ! Velâzquez avait vingt-quatre ans. Le petit Carreno n’avait pas dix ans. L’École de Madrid n’avait pas alors son originalité vraiment espagnole, qu’elle dut seulement à Velâzquez
2 ÉCOLE ESPAGNOLE
et à l'influence qu’il exerça autour de lui pendant près de quarante années. Les peintres les plus illustres , employés aux grands travaux des palais et des églises, étaient encore des Italiens, comme le savant Vincencio Carducho Yincenzo Carducci, en italien), que son frère Bartolome avait amené de Florence, — ou des fds d’Italiens, comme Eugenio Caxes, tils de Patricio Caxes, d’Arezzo'. Depuis Charles-Quint jusqu’à Philippe IV, — j'allais dire jusqu'à Velâzquez, — les peintres de la cour avaient été presque toujours des étrangers, de même que, plus tard, - — après Velâzquez et son école, — ce furent encore des étrangers qui furent le plus employés par la cour.
Il y avait cependant à Madrid un vieux maître indigène, Pedro de las Cuevas, entouré de bons élèves, tels que Antonio Pereda, Jusepe Leonardo, son fils Eugenio, son beau-fils Francisco Camilo, etc.
Le petit Juan Carreno annonçant une irrésistible vocation pour la peinture, entra dans l'atelier de Pedro de las Cuevas. Là, dit Bermudez, il « apprit le dessin »; car Pedro de las Cuevas avait été ami et collaborateur de Domingo Camilo, maîlre florentin établi à Madrid, et dont il avait épousé la veuve. Après quoi, Juan Carreno passa dans 1 école de Bartolome Roman, pour « apprendre le coloris ».
Ce Bartolome Roman, étant né à Madrid, en 1596, avait naturellement étudié d'abord chez le vieux maitre étranger, Vincencio Carducho, mais ensuite il s’était perfectionné chez Velâzquez, plus jeune que lui de trois ans. Ses œuvres sont assez rares : « Il n'eut pas de chance, dit Bermudez, parce que l'ignorance et la faveur distribuent les travaux aux plus incapables et aux plus intrigants. » Palomino vante beaucoup un Saint Pierre que Roman avait peint pour une église de Madrid, « avec tant d'harmonie et de relief, qu'on prendrait cette peinture pour un Rubens. » Roman mourut à Madrid en 1659.
Je suppose que Roman dut travailler chez Velâzquez avant 1629, date du premier voyage de Velâzquez en Italie, et que le jeune Carreno devint élève de Roman vers 1630 ou 1632, puisque, dès 1634, à l'àge de vingt ans, il peignit déjà avec succès divers tableaux pour des cloîtres et pour des couvents.
Rubens était venu à Madrid en 1628, et certainement il avait influencé son jeune ami Velâzquez. Lorsque Murillo vint à Madrid, en 1643, après le retour à Séville de son condisciple Pedro de Mova, qui avait travaillé à Londres sous van Dyck, il y apporta aussi un reflet de l’École flamande. Carreno dut connaître alors Murillo, qui travaillait sans relâche, dans les palais, à l'Escorial et dans l'atelier même de Velâzquez.
Aussi le talent de Carreno devint-il un composé des manières de Velâzquez et de Murillo, de Rubens et de van Dyck.
Nous avons vu quelques tableaux de Carreno, peints vers cette époque, notamment, à la vente du comte de Gessler, ancien ambassadeur de Russie à Madrid, une Sainte signée et datée 1647.
En 1650, Juan Carreno avait lui-même un atelier d’élèves, où nous trouvons le jeune Mateo Cerezo, qui devait continuer son maitre, en amalgamant aussi dans le style espagnol certaines qualités des Flamands et surtout de van Dyck.
En 1653, Careno commence de gran les fresques dans les églises, à Madrid, et en collaboration avec don Francisco Rizi dans la cathédrale de Tolède, où leur œuvre commune, terminée longtemps après, fut payée 6,500 ducats.
Cependant la ville et le district d’Avilès l'avaient nommé en 1657 leur représentant aux États de la noblesse, distinction que la ville de Madrid lui accorda aussi en 1658. C'était beaucoup d’honneur sans doute, mais cette charge politique le détournait de sa profession ; ce que voyant Velâzquez, surintendant réel de l’art en Espagne, il s'affligea de ce qu'un habile artiste perdit son temps à de telles affaires et il l’embaucha au service du roi, pour peindre à fresque, dans le grand salon du palais royal, la Création dr Pandore par Vulcuin et le Mariaç/e de Pandore avec Epiméthée. Carreno étant tombé malade après avoir
1 On voit au Musée de Madrid une Vierge de Patricio Caxes, et de son ûls Eugenio une grande composition, haute de quatre mètres, rcprésentan; le Deb irquemcnt des Anglais à Cadix en 1025. peinture savante, mais sans caractère. Patricio Caxes avait été envoyé de Home à Philippe II, en 1567, par l'ambassadeur d'Espagne, don Luis de Requesens. Il mourut à Madrid en 1612. Eugenio, né à Madrid en 1577. fut nommé peintre de Philippe 111 en 1612. Il a beaucoup travaille avec son ami Vincencio Carducho. Il mourut à Madrid en I6i2.
commencé cette dernière peinture, elle fut terminée par Rizi , qui exécuta aussi, sur fond d’or, quatre épisodes complémentaires, dans les angles du même salon.
Il paraît que le talent de Carreno plut beaucoup au roi, et Cean Bermudez note que Philippe IV nomma Carreno peintre de la cour, le 27 septembre 1669. Faute typographique probablement, au lieu de 1669, puisque Philippe IY mourut en 1665. Palomino, qui avait été lié avec Carreno, mentionne seulement que son ami fut nommé par Charles II, pintor de camara et ayuda de aposentador [peintre de la chambre et adjoint