‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 3)Chapitre 76 sur 93 · BLAS DEL PRADO · texte numérisé non relu

BLAS DEL PRADO

Né à Tolède, dans la première moitié du seizième siècle, Blas del Prado est très-probablement élève de Francisco de Comontès, peintre du chapitre de Tolède, depuis 1547 jusqu’en 1565, date de sa mort. Comontès est l’auteur des portraits du cardinal Tavera et de l’archevêque Siliceo, qui font partie de la série des portraits des prélats, dans la salle capitulaire d’hiver.

En 1590, Blas del Prado obtenait lui-même la charge de peintre en second du chapitre de Tolède, à l’époque où Luis de Velasco était premier peintre en titre. Vers l’année 1593, Blas del Prado fut envoyé par Philippe II au sultan de Fez, qui avait fait demander au roi un habile artiste pour peindre quelques ouvrages. Blas reçut au Maroc le meilleur accueil; il y peignit divers portraits et notamment celui de la fdle du sultan. Après un séjour assez prolongé à Fez, le peintre, riche des présents du monarque africain, revinl à Madrid. Il avait, disent ses biographes, adopté le costume et les usages moresques, singularité qu’ils ne manquent pas de relever.

Dans la notice qu’il consacre à cet, artiste, Palomino lui attribue le tableau de la Vierge et l’Enfant avec saint Antoine, saint Blas et un chevalier armé, ainsi que deux autres figures de saints qui décorent le cloître de Tolède. De son côté, Pons lui donne le tableau de Y Incarnation, placé dans le même cloître, au-dessus de la porte de l’église. Mais, après les recherches entreprises par Cean Bermudez dans les archives de la cathédrale, il faut restituer ces ouvrages à Luis de Velasco. Luis les exécuta en 1584, sur l’ordre du cardinal Quiroga. C’est encore à Blas del Prado que Palomino attribue les sargas de la chapelle del Obispo, à Madrid, peintes en 1548 par Juan de Villoldo.

Les ouvrages vraiment authentiques de del Prado se réduisent, d’après Cean, aux tableaux qu’il peignit en 1591, avec Luis de Carvajal, pour le maître-autel du couvent des Minimes, à Tolède; au Saint Blas , vêtu d’habits pontificaux et entouré d’autres saints, dans la chapelle de Saint-Blas, à la cathédrale, et à une Sainte Famihe , qui se voyait au couvent de Guadalupe. Il peignit encore une Descente de croix pour la paroisse de San Pedro, de Madrid; la Vierge avec l’enfant Jésus et saint Jean , chez les religieuses de San Pascual, et une Sainte Catherine , à mi-corps, pour la chapelle des Carmes déchaussés.

Le Musée royal de Madrid possède de l’artiste un ouvrage capital; le sujet est de ceux que les Espagnols appellent mystique : assise sur un trône élevé , près duquel se tient saint Joseph , la Vierge, portant son lils sur ses genoux, accueille les prières d’Alfonso de Villegas, auteur du Flos Sanctorum , qu’accompagnent saint Jean l’Évangéliste et saint Ildefonse.

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Comme composition, ce tableau est d'une simplicité pleine de grandeur et singulièrement harmonieuse: le coloris, qui rappelle l'École florentine, n'a rien de cette sécheresse qu'on trouve chez presque tous les contemporains de Blas; il y a même dans cet ouvrage telles heureuses parties qui feraient penser mie Prado a étudié d’après Fra Bartolommeo.

Ln autre excellent ouviage de Blas del Prado figurait dans 1 ancienne Galerie espagnole, au Musée du Louvre ; il représentait la Vierge et l’enfant Jésus apparaissant à saint François. Ce tableau , d’une grande beauté de composition et d'un dessin superbe, péchait par un coloris froid et recherché; mais l'ensemble en était plein de naïveté et de charme tranquille.

Selon Pacheco , Blas aurait excellé daus la peinture des tableaux de fruits.

Ou ignore dans quelle ville et à quelle date mourut cet artiste. D'après Jusepe Martinez, qui parle de Blas dans ses Dtscursos practicables del nobilissùno arte de la Pintura , le peintre serait retourné une seconde fois au Maroc et il y serait mort.

Misée de Madrid. Sujet mystique.

Galerie de l’Hermitage, à Saint-Pétersbourg. — Jésus bénissant. — Madone en prière.

Le tableau de la Vierge et l'Enfant apparaissant à saint François, de l'ancienne Galerie du Louvre, a atteint, à Londres, en 1853, le prix de £ 136.

PEDRO ORRENTE

Pedro Urrente, un des rares artistes espagnols qui, indépendamment de la peinture sacrée, aient traité avec quelque préférence le paysage et les animaux , naquit à Monte Alegre , royaume de Murcie , vers l'année 1570. Amené très-jeune à Tolède, à l’époque même ou Dominico Theotocopuli créait son école, Orrente dut partager avec Luis Tristan et Juan Bautista Mayno les leçons du fantasque maitre. *

Un document extrait des archives de la cathédrale nous apprend qu'en 1611, 3Iayno ayant reçu du chapitre la commande d'un tableau de Saint Ildefonse recevant la chasuble des mains de la Vierge , qu'il se trouva dans 1 impossibilité d'exécuter, ce fut Orrente qu’on en chargea. Comme ce premier ouvrage de l'artiste présente d'étroites analogies de style et de coloris avec les productions de Tristan et de Mayno, on peut conclure de cette similitude de manière entre ces trois artistes que le Greco a été, ainsi qu'on le suppose, leur commun initiateur. Le faire résolu d'Orrente, sa touche vigoureuse et grassement posée, son coloris chaud et profond prouvent encore que le Greco sut maintenir ses élèves dans les plus correctes traditions de l'École vénitienne, alors qu'il se laissait égarer lui-même à la poursuite des fantaisies les plus bizarres et les plus désordonnées.

En quittant Tolède, Orrente alla entreprendre à Murcie une série importante de compositions religieuses : Ceau Bermudez cite comme appartenant à cette suite huit tableaux de la plus remarquable exécution, dont les sujets étaient tirés de la Genèse; ces tableaux faisaient partie du majorât des vicomtes de Huertas.

Vers 1616, Orrente se rendit à Valence ; il peignit pour la cathédrale le Saint Sébastien , grand comme nature, qui décore encore l'autel placé sous l'invocation de ce saint. C'est une œuvre magistrale et puissante et à coup sûr une des meilleures de l’artiste.

A Valence, Orrente forma d’excellents élèves : Pablo Pontons et Esteban March sont demeurés célèbres. Dès cette époque, les amateurs et les riches communautés commencèrent à se disputer ses tableaux de genre, de paysage et d’animaux, rappelant la manière des Bassan, mais où l’artiste ne laisse pas que d'imprimer un cachet d’originalité personnelle et de vérité locale. Orrente produisit uu nombre considérable de ces cabaiias où, comme chez les Bassan, les sujets qu'il emprunte de la Genèse l'aident à mettre en scène, avec beaucoup de verve et. d’esprit, tontes les variétés d'animaux: l'estime dans laquelle on tenai1

APPENDICE

ces toiles, très-vigoureusement traitées, était telle que, près d’un siècle après Orrente, un peintre valeucien, Apolinario Larraga, trouvait encore profit à les copier servilement.

Orrente alla ensuite habiter Cuenca ; il y forma un nouveau disciple, Cristobal Garcia Salmeron, qui s’appliqua à imiter ses peintures de genre. A Cuenca, Orrente fil un tableau de la Nativité du Christ pour la chapelle de l’hôpital.

Malgré ses nombreuses et fréquentes pérégrinations, le succès de l’artiste allait grandissant; la cour y ajouta encore en appelant Orrente, qui vint alors peindre pour le palais de Buen Retiro diverses compositions appartenant aujourd’hui au Musée royal.

Poursuivi par sou humeur nomade, l’artiste passa de Madrid à Séville, où il laissa bon nombre de paysages et de ses sujets habituels, genre et animaux, puis il revint en Castille et de là à Tolède, où il mourut en 1644. On l’enterra dans l’église de San Bartolomé, non loin de son maître, le Greco.

Madrid. — Musée Royal. — L’ Adoration des Bergers. — Le Calvaire. — Un Berger ramenant son troupeau à l’étable. — Des Bergers , une vache et des poules. — Jésus apparaissant a la Madeleine. — Pagsage. — La Famille d’ Abraham.

Madrid. — Académie de San Fernando. — Un Troupeau de moutons. — Les Hébreux quittant l’Egypte.

Madrid. — Ancienne collection Madrazo (palais Salamanca). — Construction de l’Archet — Les Animaux entrant dans l’arche. — Paysage. — Le Déluge. — La Chaste Suzanne.

Valence. — Musée provincial. — Saint Jérôme. — Un Ange apparaissant a saint François. — Martyre de saint Jean. — Décollation de saint Jean-Baptiste. — Saint Dominique ressuscitant un mort.

Séville. — Palais San Telmo. — Portrait de l’artiste

— Divers sujets, genre et animaux.

Musée de Dresde. — Jacob enlevant la pierre du puits. Galerie de l’Hermitage. — Le Christ assis. Aix-la-Chapelle. — Collection Suermondt. — Saint Jean-Baptiste.

Angleterre. — Collection Bankes. — Mo'ise. — David. Collection Hoskins. — Saint Jean dans un paysage. Vente Louis-Philippe. — Londres, 1853. — Un Franciscain en prière : £ 3. — Portrait d’ Orrente : £ 19. — Les Noces de Cana : £ 34. — Jésus au jardin des Oliviers: £ i 3 10.

— Le Calvaire : £ 3 10. — Un Évangéliste : £ 7, 5 — Saint Jean : £ 5. ■ — Jacob enlevant la pierre du puits (Dresde) £ 30.

Vente Agi ado. — Une Tête d’homme d'une très-belle expression : 34 fr.

EUGENIO CAXÈS OU CAJESI

Fils et élève du peintre Patricio Caxès ou Cajesi, d’Arezzo, qui vint en Espagne, appelé par Philippe II,

décora de fresques l’Alcazar de Madrid et le Pardo, traça les dessins du maître-autel de San Felipe el Real, et fit imprimer en langue castillane une excellente traduction du livre de Vignole sur les cinq ordres d’architecture, Eugenio Caxès était né à Madrid en Y année 1577. Comme Vicente Carducho, comme les deux frères Rizzi, Eugenio appartient à cette génération d’artistes italiens, née ou élevée en Espagne et dont le talent, italien par l’exécution, cesse bientôt d’être en complète harmonie avec l'idéalisme de ses maîtres pour s’empreindre du caractère de la patrie adoptive; très-habiles praticiens, grands dessinateurs et rompus de bonne heure à toutes les difficultés de la composition, ils enseignent à leurs rivaux indigènes l’aisance dans le maniement de la brosse et leur communiquent quelque chose de leur admirable facilité italienne à bien ordonner les plus vastes machines; l’Espagne, en retour, leur donne sa piété naïve, sa gravité austère, et les préserve de l’afféterie et du maniérisme, en les conquérant à son robuste amour du réel et du vrai.

Eugenio Caxès travailla d’abord avec son père aux décorations du palais du Pardo : il peignit à fresque, dans la salle des audiences royales, le Jugement de Salomon , œuvre magistrale et qui valut au jeune artiste d’être promptement nommé peintre du roi. En effet, le 13 août 1612, Philippe III l’honorait de ce titre, auquel était attaché un salaire annuel de cinquante mille maravédis.

Caxès eut alors à exécuter divers ouvrages pour des églises et des couvents de Madrid ; au couvent de la Merced, il peignit le tableau du maître-autel; aux Franciscains, un Jubilé et un Saint François; pour

ÉCOLE ESPAGNOLE

l’église paroissiale de Santa Cruz, V Annonciation et la Descente du Saint-Esprit sur les apôtres. En 1615, il aidait Yicente Carducho dans P exécution des fresques de la chapelle de la Vierge à la cathédrale de Tolède; en 1618, ces deux artistes, liés d’une étroite amitié, terminaient encore en commun une magnifique commande que leur avait faite le couvent de Guadalupe : Caxès avait peint, pour sa part, une suite de compositions tirées de la Vie de la Vierge et une Cène.

Philippe IV, voulant immortaliser le souvenir de l’édit par lequel Philippe III, son père, avait achevé d’expulser d’Espagne les derniers Mores, ordonna à Yicente Carducho, à Eugenio Caxès, à Àngelo Nardi et à Velâzquez de peindre une triomphante allégorie destinée à retracer cet acte. Mayno et Crescenzi furent élus juges de ce concours, dont Velâzquez sortit vainqueur.

Vers 1630, Caxès était chargé de peindre dans une des salles de l’Alcazar de Madrid X Histoire d’A gamemnon , vaste et superbe décoration qui fut évaluée, en 1631, par Pedro Niuiez , à la somme considérable de onze mille réaux.

Jusqu’en 1642, date de sa mort, Eugenio Caxès ne cessa de concourir à l’embellissement des palais et des édifices religieux de la capitale, il fit pour San Antonio de los Portugueses son grand tableau de Sainte Isabelle de Portugal; pour San Bernardo : Saint Joachim , sainte Anne et la Vierge enfant , un de ses meilleurs ouvrages, et pour le palais de Buen Retire, une grande composition représentant la Tentative de débarquement des Anglais à Cadix , en 1625, peinture remarquable parla correction du dessin, la vigueur du coloris, l’expression, le mouvement et l’excellent effet général. Cette belle toile figure aujourd’hui sous le n° 151 au Musée royal de Madrid.

Le Musée du Fomento possède de Caxès une Adoration des Mages , appartenant au couvent de la Trinité, et un sujet de Saint Ildefonse recevant la chasuble des mains de la Vierge , vigoureuse peinture, traitée en ébauche et qui porte la signature : Eugenins Çaxesi.

Eugenio Caxès, dont le style a beaucoup de ressemblance avec celui de Yicente Carducho, mourut à Madrid à l’âge de soixante-cinq ans; il avait formé de très-bons élèves, et parmi les plus marquants : Luis Fernandez, Juan de Arnau et le licencié Pedro de Valpuesta.

Madrid. — Musée royal. — Débarquement J des Anglais à Cadix, en 1623.

Madrid. — Musee national, — \Adoration des Mages. — Saint Ildefonse.

Madrid. — Académie de San Fernando. — Mort de saint François.

Madrid. — Collection Madrazo (Salamanca). • — ■Assomp-

tion de la Vierge. — Mariage de saint Joachim et de sainte Anne.

Madrid. — - Le catalogue de l’ancienne galerie espagnole, au Musée du Louvre, mentionne un Saint Ildefonse , évêque de Tolède : il a atteint à Londres (1853), lors de la vente de cette galerie, le prix de £ 7 10. — Vente Aguado (1843), Adoration des Mages : 260 fr.

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