LES RIZ
FRAY JUAN RIZI
Xt EN 1595;
FRANCISCO RIZI
Lorsqu'on 1585, Federigo Zuccheri vint en Espagne, appelé de Rome par le roi Philippe II, deux artistes, Rartolomeo Cardueci et Antonio Ricci ou Rizi, celui-ci Bolonais, l'autre Florentin, l'accompagnaient; sous la direction de Zuccheri, ils devaient concourir aux travaux de décoration de l'Escorial.
Soit que Rizi fût trop jeune, au temps de son séjour à l'Escortai* pour que son talent attirât l'attention ; soit encore, car l'une el l'autre suppositions sont également vraisemblables, que Zuccheri ne l'employai qu'à titre d'élève ou A'of/icial. préparant les toiles et broyant les couleurs, il n'entra point, après que Federigo eut quitté l'Espagne, au service du roi.
En 1588, Rizi venait se fixer à Madrid et il s'y mariait avec doua Gabriela de Chiaves, dont il eut deux fils : Juan et Francisco. Tous deux ont marqué dans l'École madrilène. Antonio Rizi mourut trèsprolmhlcmcnt autour de l'année 1610, ne laissant aucune œuvre importante. Cean Bermuda ne cite de lui qu'un seul tableau : un Saint
Augustin qui se voyait dans la chapelle des religieuses de Santo Domingo le Real.
.fuan, l'aîné des fils de Rizi, apprit lapeinture à l'école de fray Juan Bautisla Mayno, chargé sous le règne de Philippe IV de tout ce qui concernait les beaux-arts. Au sortir de l'atelier de Mayno, Juan Rizi peignit pour le couvent des pères de la Merci quelques scènes de martyres et des sujets de la Passion ; ces premières productions ne se retrouvent plus à Madrid.
En l'année 1 626, Juan se fit religieux : il prit le froc au couvent des bénédictins de Montserrate en Catalogne. Après son noviciat, il alla étudier la philosophie et la théologie à l'université de Salamanque. Ses études terminées, Rizi retourna au couvent de Montserrate, où le soin de diverses charges monastiques l'éloigna momentanément de l'exercice de son art. Nommé enfin abbé du monastère de Médina del Campo, il commençait, en 1653, au couvent de San Millau de Cogolla de Yuso, une suite importante de compositions religieuses. Pour le maître-autel il fit un Saint Millan, à cheval, secourant les Navarrais, et pour le cloître divers sujets empruntés à la vie du même saint. Mais son plus remarquable ouvrage était une grande composition, placée dans l'escalier principal, et représentant les Enfants de l'ordre de saint Benoit. Cean Bermudez vante beaucoup cette peinture, d'une exécution aussi brillante qu'expressive, et où l'artiste avait su varier, avec une étonnante habileté, les physionomies des nombreux personnages rassemblés sur sa toile.
Rizi séjourna aussi quelque temps au couvent de San Juan Bautista, à Burgos. Il y laissa plusieurs bons ouvrages : une Sainte Famille, des épisodes de la Vie de la Vierge, le Baptême du Christ, la Décollation de ' saint Jean-Baptiste et diverses figures de saints.
Fray Juan Rizi vint ensuite habiter le couvent de San Martin à Madrid. Son grand tableau des Pèlerins d'Emmaus, une suite de sujets tirés de la Vie de saint Benoît et de nombreux portraits de religieux bénédictins datent de cette époque. Ces derniers ouvrages, qui correspondent à la période la plus éclatante du talent de l'artiste, le placèrent haut dans l'opinion des connaisseurs : une des plus grandes dames de la cour, la duchesse de Bejar, qui peignait elle-même avec quelque succès, le voulut avoir pour maître. Rizi écrivit alors et dédia à la duchesse un traité sur la peinture qui est demeuré inédit.
Le désir d'étudier l'antiquité et les chefs-d'œuvre des grands maîtres fit entreprendre à Rizi le voyage d'Italie. Il visita Rome et bientôt après il entrait dans la congrégation des pères du mont Cassin. Dans cette retraite, Rizi reprit ses travaux et produisit quelques compositions qui lui valurent les suffrages des artistes et du pape lui-même; le Saint-Père se fit présenter le moine, et, touché de ses vertus et de son mérite, il lui conféra un évêché en Italie. Mais Rizi ne put en prendre possession ; il mourut en 1675, au monastère du mont Cassin, à l'âge de quatre-vingts ans.
Cean Bermudez définit avec justesse le talent de fray Juan Rizi : « Ses ouvrages, écrit-il, paraissent plutôt ébauchés que terminés; en général, on les dirait peints au premier coup. Mais la liberté de leur exécution n'en exclut pas la correction : le dessin est ferme, la composition simple, l'arrangement naturel et l'effet presque toujours profond. »
L'un des meilleurs tableaux de Rizi, son chef-d'œuvre peut-être, fait aujourd'hui partie de la collection de l'Académie de San Fernando. Il représente Saint Benoit célébrant la messe; c'est une peinture sobre et puissante et qui unit au caractère des plus vaillants artistes de l'École madrilène le coloris énergique de Zurbaran et de Ribera.
Le Saint François recevant les stigmates, qui est au Musée royal, peut encore être regardé comme une des bonnes productions du peintre. Deux autres tableaux, d'un moindre intérêt, et qui proviennent du couvent de San Millan de la Cogolla, figurent au Musée national : l'un est un Saint Benoit bénissant un pain que lui présente un frère lai; l'autre, Saint Benoit tenant la crosse abbatiale, avec un ange portant la mitre.
Francisco Rizi, le plus jeune et le plus célèbre des fils d'Antonio, était né à Madrid en 1608. Élève de Yicente Carducci, son éducation d'artiste fut rapide et brillante. Ses prodigieuses dispositions faisaient augurer un maître : à une singulière fécondité d'invention Rizi joignait une pratique délibérée, un coloris agréable, une touche hardie, le mouvement, la verve et une élégance de facture qui devait, de bonne heure, lui assurer le succès. Pourtant, toutes ces qualités ne produisirent qu'un précurseur de Luca Giordano, un peintre sans caractère, sans profondeur, dont les exemples et les doctrines allaient
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malheureusement exercer la plus fâcheuse influence sur l'Éeole madrilène. Comme l'observe judicieusement C.ean Reiinudez, cette dangereuse facilité dont Rizi était doué et qui lui faisait aborder et résoudre, comme m se jouant, toutes les difficultés, produit dans les arts les mêmes effets que la trop grande mémoire
*HM HFNHIT Chl-LIIR ANT LA MKSSE
dans l'étude des sciences et des lettres : elle est un obstacle à la réflexion, à la formation du jugement ; ceux qui s'y confient n'apprennent ni à penser ni à créer; jeunes, on les vante comme des prodiges; plus âgés, ce ne sont le plus souvent que des médiocrités. C'est ce qui arriva de Rizi.
Francisco Rizi s'est exercé dans tous les genres : grandes compositions religieuses, fresques, décorations scéiiiques, tableaux historiques, portraits, et le nombre de ses productions est immense. Dans cette
i ÉCOLE ESPAGNOLE.
multitude d'oeuvres, rien n'est mauvais, mais rien n'est absolument bon. Son talent a plus d'une analogie avec celui de Lope de Vega, qui faisait une comédie par jour, comme Rizi un tableau : tous deux ont eu la même fortune, ils ont été loués et admirés jusqu'à l'enthousiasme par leurs contemporains, mais la postérité s'est montrée pour tous deux justement sévère; elle n'a point admis que la fécondité tînt lieu du génie consciencieux et mûri, sans lequel il n'y a pas de grand artiste.
Nommé, en 1653, peintre du chapitre de Tolède, après avoir achevé pour la sacristie son tableau de la Fondation de la Cathédrale, Rizi entreprit avec Carreno les fresques de la chapelle del Ochavo et du sanctuaire de Notre-Dame, terminées vers 1670. Dans le même temps, Rizi fit pour la salle capitulaire le portrait du cardinal Moscoso, et en 1671, une composition qui représente l'archevêque D. Rodrigue montrant au saint roi Ferdinand les plans de son église. Enfin, aidé de Carreno, du Mantuano etd'Escalante, il exécuta toutes les décorations du colossal monument qu'on dresse dans la cathédrale de Tolède pendant la semaine sainte.
En 1656, Philippe IV nomma Rizi pintor de camara ; Charles II y ajouta la charge de fourrier du palais après que l'artiste eut peint pour le salon des Glaces, au Palais vieux, divers passages de l'histoire de Pandore. A la même époque nous retrouvons encore Carreno et Rizi travaillant en commun aux fresques de l'église San Antonio de los Portugueses.
C'est principalement dans ses décorations pour le théâtre de Ruen Retiro que Rizi fit preuve de son incroyable fécondité : il y prodiguait, dit Cean, les édifices les plus capricieux, les ornements les plus fantasques, introduisant, dans ses extravagances architectoniques, comme une mode de corruption et de mauvais goût qui, du théâtre de la cour, se répandit rapidement dans le pays entier. Par ses hauts emplois, par son enseignement, Rizi se trouvait en effet à la tête de l'École madrilène, et ses exemples ne pouvaient manquer d'exercer une influence d'autant plus nuisible que l'artiste, au dire de ses biographes, préférait hautement la facilité à la correction, et ne voyait dans l'art qu'un moyen pour vivre et pour s'enrichir.
Francisco Rizi mourut en 1685. Il était alors à l'Escorial, où il se préparait à peindre le tableau de la Forma, repris et terminé par son plus illustre élève, Claudio Coëllo.
Rizi laissa de nombreux disciples. Indépendamment de Coëllo, il a formé Isidore Arredondo, Gonzalez de la Vega, Escalante et Josef Antolinez.
Le catalogue du Musée royal de Madrid attribue à Francisco Rizi deux toiles : l'une, très-curieuse sous le rapport historique, provient du Ruen Retiro et représente un Auto-da-fé sur la plaza Mayor, au temps de Charles H; l'autre est le portrait d'un général inconnu, portrait superbe, d'un coloris profond, harmonieux, d'une touche large et moelleuse et d'une tournure tout à fait distinguée.
PAliL LEFORT.
Musée royal de Madrid. — Saint François recevant les stigmates, de fray Juan Rizi. — Un Auto-da-fé sur lu plaza Mayor, au temps de Charles II, et un Portrait, par Francisco Rizi.
Musée national. — Par Francisco Rizi : diverses Conceptions; Jésus a» Calvaire; l'Annonciation; la Présentation au Temple; l'Adoration des Rois; Naissance de Jésus-Christ; Prédication de saint Jean-Baptiste.
Par fray Juan Rizi : Saint Benoît bénissant le pain; Saint Benoit abbé.
Académie de San Fernando. — Saint Benoît célébrant la inesse, par fray Juan Rizi. On pourra consulter, pour ceux des
ouvrages des Rizi qui ont appartenu ou appartiennent encore aux églises, chapelles et couvents de Madrid, de Tolède et de diverses autres localités d'Espagne, les catalogues de Palo^ mino, de Ponz et de Cean Bermudez.
Deux tableaux de Francisco Rizi ayant fait partie de l'ancien Musée espagnol et vendus à Londres en 1853, ont atteint les prix suivants : Tête de saint Pierre, 17 ï ; V Enfant prodigue, 15* 10.
Vente Aguado (1845). Saint François d'Assise, 255 fr. — L'Adoration des Bergers, 999 fr. — Vente L. . . de Madrid : Vierge de la Purification, 2,000 fr. Ces trois tableaux étaient attribués, par les catalogues de vente, à Francisco Rizi.
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