FRANÇOIS ZURBARAN
inoir.
NE EN tr>98. — MORT EN 1665.
limitation et sut bientôt l'appliq
Fuentede Cantos (en Estramadure) vit naître en l'année 1598, de parents laboureurs, un des grands peintres de l'école espagnole , François Zurbaran. Il fut présenté à l'église le 7 de novembre, ainsi que le constate son acte de baptême relevé par Cean Bermudez. Les premiers principes lui furent enseignés par un disciple du divin Morales. Il passa ensuite dans l'atelier du licencié Juan de las Roëlas, qui était en réputation à Séville et y professait en concurrence avec les Herrera et les Pacheco. Ce licencié Juan de las Koëlas avait travaillé en Italie sous un élève du Titien et en avait rapporté les traditions de l'école vénitienne, si amoureuse des belles étoffes. Zurbaran eut bien vite appris ce que le docteur enseignait; mais par un instinct singulier où semblait déjà se révéler sa vocation personnelle de peintre, il montra tout enfant un talent particulier pour les draperies et spécialement pour les draperies blanches : « con especialidad m los blancos, » dit Bermudez'
11 paraît qu'il y avait alors à Séville quelques toiles du Caravage. Zurbaran les vit et fut entraîné aussitôt par ce nouveau maître qui ne manque jamais de séduire les natures robustes par ses oppositions tranchées de lumière et d'ombre, et par le relief d'une exécution vigoureuse et franche jusqu'à la rudesse. Cette ûerté de pinceau, Zurbaran l'admira jusqu'à uer à l'objet favori de ses premières études, je veux dire à ces grosses
1 Cean Bermudez, Diccionario de los mas Huîtres professores.
ceintures de corde, à ces capuchons de bure, à tous ces grossiers tissus des robes de moines qu'il avait sans cesse devant les yeux et qu'il rendit mieux que personne, avec leurs aspérités, leurs déchirures et les inégalités de la trame dans les parties où la laine est encore emmêlée et mal peignée pour la plus grande mortification de la chair. Il s'était du reste imposé la loi de ne jamais copier les draperies que d'après le mannequin et les chairs que d'après le naturel'. Zurbaran commençait ainsi à s'attacher aux apparences des choses avant d'en pénétrer l'intérieur; il peignait les vêtements en attendant de peindre sous les vêlements les formes du corps, et sous les formes du corps les tourments les plus secrets de l'esprit, les plus intimes émotions de l'âme : « Sous ce linceul blanc, délice de ses études, dit M. Léon Gozlan, se cachait cette population hâve, triste, macérée, souffrante, décharnée de moines, de capucins, de carmes, de mercenaires chaussés et déchaussés. Le jour qu'il le souleva, il découvrit au monde — mieux que si les murs de tous les couvents d'Espagne fussent tombés — les noires passions, la brutale piété, la stupidité innocente de tant de créatures étouffées par le ciliée et les vœux exagérés. Zurbaran poétisa la douleur et la résignation. Il est le Job de la peinture. Aucun de ses compatriotes n'a réduit son génie à une plus dure unité, et il est douteux qu'il n'y eût pas le parti pris de la pénitence dans l'immobilité lugubre donnée à ses conceptions. »
Séville était alors la cité par excellence pour un peintre qui avait de telles prédilections et de semblables aptitudes. Nulle part on n'eût trouvé plus de dévotion, ni un plus grand nombre de communautés religieuses, ni une plus grande variété de moines. On n'y comptait pas moins de soixante couvenls d'hommes ou de filles. C'étaient les Trinitaires de la rédemption des captifs qui s'en allaient la tête rasée, sauf une corolle de cheveux hémisphérique, portant une robe de laine blanche fixée par une ceinture noire, relevée sur les bords du scapulaire; c'étaient les Carmélites réformées par la sainte de Séville, sainte Thérèse, que l'on voyait vêtues d'une robe de drap brun, retenue sur le corps par une ceinture large, le capuchon lâche, sinué, joint au froc pectoral arrondi par devant, pointu sur le dos. Ici passaient les Capucins, tête rase, la couronne velue interrompue au-dessus du front, les pieds à demi-ehaussés et le col nu; ils étaient ceints d'une corde rude à trois nœuds; ils portaient une rohe de drap brun, composée de lambeaux à demi-usés et grossièrement recousus, et un capuchon mobile allongé et pyramidal. Là se montraient les Franciscains, qui offraient aux passants du tabac, des amulettes, des Agnus et des chapelets en échange de comestibles ou de la charité qu'on leur faisait, et qui toujours étaient munis d'oraisons contre la pluie, le chaud, le froid, le tonnerre et le mal de dents. Plus loin apparaissaient les terribles frères Dominicains, voués à l'office d'inquisiteurs et reconnaissables à leur mine farouche au moins autant qu'à leur costume. Ces moines portaient des mutandes sous une robe de laine blanche, couverte elle-même d'un long manteau noir, augmenté d'un capuchon et de deux frocs, l'un pectoral et l'autre dorsal et doublés de blanc. A Séville enfin , théâtre privilégié de toutes les pratiques imaginables de la dévotion, se rencontraient à chaque pas les éléments futurs des tableaux que préméditait Zurbaran: je parle des instruments de la pénitence, disciplines en cuir, en parchemin tortillé, en plomb, avec ou sans nœuds, cilices, haires, têtes de mort, sacs en crin, bâillons, cadenas, ceintures de cuivre, peaux de
chèvres retournées, cendres, haillons Il n'y manquait rien. Armé d'un pinceau mâle et vaillant, qui
attaquait les détails dans leur réalité la plus saisissante, l'imitateur du Caravage se trouvait ainsi tout préparé à remplir le rôle que lui destinaient en peinture son tempérament et ses inclinations naturelles. Mais, encore une fois, il ne s'arrêta pas à la tunique, aux ceintures de corde et au scapulaire. Il vit s'agiter au-dessous les passions mal contenues, les passions du cloître; il entendit les sourds gémissements qui s'échappaient de tant d'âmes troublées, comme saint Jérôme, par les apparitions mondaines ou effrayées par les visions d'en haut. Il essaya de représenter par des signes sensibles les tortures intérieures du cénobite, les âmes visitées par les fantômes de la superstition et du remords et quelquefois les ravissements de l'extase. En véritable Espagnol, il voulut peindre l'invisible par le visible.
Le jour où fut inauguré au Louvre ce musée espagnol que nous avons vu disparaître au détriment de l'art,
1 ... Porque fue este artifice tan estudioso que todos los panos los hacia por maniqui J las carnes por el natural. Palomino, El museo piclorico y escala optica...
FRANÇOIS ZURBAIIAX (1598). 3
cela fit dans Paris un grand émoi. Kt ce qui remua le plus fortement le public parisien, si impressionnable et pourtant si blasé, ce ne fut pas la suavité de Murillo ni l'expression séraphique de ses bienheureux et de ses anges; cène fut pas non plus cet étonnant pinceau de Vclasquez faisant parler la nature et palpiter la vie,