‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 4)Chapitre 37 sur 83 · I. I XKAKT · texte numérisé non relu

I. I XKAKT

Depuis longtemps, Philippe IV songeait à établir dans Madrid une académie publique des beaux-arts; mais il fallait des modèles : le roi chargea Velasquez de parcourir l'Italie et d'y choisir, pour le compte du gouvernement espagnol, tout ce qu'il croirait digne d'être rapporté*. Le peintre partit donc de Madrid au mois de novembre 1648, et dut s'embarquer à Malaga avec le duc de N'axera, qui avait ordre d'aller recevoir à Trenle la reine

' Raphaël Mengs, Description des principaux lablraux qui sont dans le palais du liai, à Madrid, t. Il tirs (Eimvs. * QailHet, Dictionnaire des peintres espagnols, \i. 87$.

Marie -Anne d'Autriche. Ils débarquèrent à Gènes et se rendirent à Milan; mais Velasquez ne voulut pas y attendre l'arrivée de la reine, impatient qu'il était de revoir Venise, où l'appelaient ses souvenirs et tant de merveilleux coloristes. Ce fut un voyage bien utile à son pays que cette seconde excursion de Velasquez en Italie. S'il connaît d'excellents tableaux à vendre, il les achète pour le roi ; s'il rencontre de célèbres fresquistes, tels que les Colonna et les Metelli, de Bologne, il leur parle de l'Espagne comme d'un pays où leurs talents trouveront à s'exercer avec gloire, avec profit. A Florence, Velasquez se repaît des chefs-d'œuvre d'André del Sarte, et, à Parme de ceux du Corrège. A Modènc, il fut reçu avec beaucoup de distinction par le duc, qui se souvenait d'avoir posé à Madrid dans l'atelier du peintre. Cependant, fatigué des honneurs qu'on décernait partout à l'envoyé de Philippe IV, Velasquez se rendit incognito à Rome d'abord , puis à Naples, où il devait se concerter avec le vice-roi , lequel avait ordre de fournir au peintre de la chambre tout ce qu'il demanderait. Nous avons dit qu'à cette époque, Ribera était un des grands personnages de Naples ' : Velasquez eut naturellement le désir de voir son illustre compatriote, et il put admirer de bonne grâce les œuvres d'un tel maître, car lui, Velasquez, il était fait pour inspirer la jalousie, non pour la concevoir.

Il fallut pourtant retourner à Rome, où le pape Innocent X fit à Velasquez un accueil magnifique , aussitôt imité par le Cardinal-neveu et les autres Émincnces. Le cavalier Bernin, l'Algarde, Piètre de Cortone entouraient de prévenances le peintre espagnol; mais quand il eut peint le portrait d'Innocent X, ce fut de l'enthousiasme. Le tableau était un des prodiges de l'art; son succès fut un triomphe. La toile, portée en grande pompe à la procession eut les honneurs du couronnement; elle renouvelait l'illusion que jadis avaient produite les fameux portraits de Léon X par Raphaël , de Paul III par le Titien. C'était le souverain pontife en personne que ce prêtre au visage rouge, revêtu d'un camail rouge, assis dans un fauteuil rouge et se détachant sur des tentures rouges. Il avait suffi d'un ourlet d'hermine au bord de la calotte de pourpre, et de quelques touches vivement posées sur les points lumineux du nez, de la pommette et des frontaux, pour exécuter ce tour de force, pour donner à cette peinture le relief, la rondeur, l'accent, la vie.

Pendant ce temps, Philippe IV souffrait impatiemment de ne plus avoir auprès de lui Velasquez. L'intimité journalière de l'artiste lui faisait défaut, car il aimait , nous l'avons dit, à le voir peindre dans le silence de l'atelier du Cierzo, où lui seul, Philippe IV, pouvait pénétrer à toute heure. L'ennui du monarque fut remarqué par un courtisan , don Fernand Ruiz de Contreras, qui en écrivit à Velasquez; mais avant de repartir pour Madrid , l'intelligent missionnaire de l'art se souvint qu'à son premier voyage il avait commandé un tableau à chacun des douze meilleurs peintres de l'Italie, et qu'il devait porter à Madrid ces douze productions rivales. Le Cuide, le Dominiquin, Lanfranc, Joseph d'Arpinas, dit le Josépin, Piètre de Cortone, le Guerchin, Valentin Colombo4, André Sacchi, le Poussin, le cavalier Massimo (Stanzioni), Horace Gentileschi, Joachim Sandrart: tels étaient les douze peintres à qui la renommée assignait alors le premier rang. N'est-il pas bien curieux, aujourd'hui, de vérifier la justesse du jugement porté sur ces maîtres par l'Italie contemporaine, et de les retrouver à peu près à la même place qu'ils occupaient, il y a deux cents ans , dans l'estime publique?

La guerre que Mazarin soutenait contre l'Espagne empêcha Velasquez de traverser la France, de voir Paris. Il repassa la mer avec son riche butin de statues, de bustes, de tableaux, suivi de Jérôme Ferrer, jeteur en bronze, et du sculpteur Dominique de Rioja. Philippe IV récompensa Velasquez en lui conférant le titre de grand-maréchal-des-logis du palais (aposentador mayor) ; ses appointements furent portés à mille ducats par an, et il rentra dans cet atelier où il avait vu s'écouler si rapidement dix-sept ans de sa vie, en compagnie de la nature et de l'art, à côté du roi d'Espagne. Esprit droit, cœur honnête et franc, le peintre andaloux n'était pas un de ces courtisans qui attendent, pour avoir une pensée, le signal du maître: le duc d'Olivarès étant

1 Voyez dans cet ouvrage notre étude sur Ribera.

* Cet artiste, dont il est fait mention dans les livres de Bermudez et de Palomino, n'est autre sans doute que notre Valentin (de Coulommiers), qui, en effet, vivait encore en 1630, lors du premier voyage de Velasquez en Italie. 11 jouissait à Rome d'une grande réputation ; et du reste on trouve au musée de Madrid une œuvre capitale de ce maître : le Martyre de saint Laurent, qui dut faire partie des douze toiles rapportées.

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