ALONZO CANO
NI KN lfiOl. - MOIIT UN 1607.
Ce qui me parail distinguer Alonzo Cano, c'est qu'il est le moins Espagnol de tous les peintres de l'Espagne, et il est à croire que si l'on transportait ses tableaux en Italie, on les ferait passer aisément pour les œuvres d'un peintre lombard. Mais un autre genre de singularité dans ce maître, c'est que sa peinture ne ressemble pas le moins du monde à son caractère. Bizarre d'humeur, lier, emporté et violent, il eut un style correct, sage et tempéré. Formé à l'étude des statues antiques, il imita la simplicité de leurs attitudes, la sobriété de leurs gestes, la pondération et la mesure de leur mouvement; mais aulani sa peinture était douce et calme, autant sa vie fui agitée. Il avait dans l'esprit l'idéal de l'art grec; mais il avait dans les veines du sang espagnol;
Il naquit à C-renad le 19 mars 1601, de parents originaires de la Manche. Miguel Cano était un habile charpentier, qui ne pouvait enseigner à son fils l'architecture, comme on l'a dit, mais qui du moins lui en inspira legOÛt. Il était simplement aistuitlilailar y arquUqstO il* retablos, C'est-à-dire constructeur et assembleur des pièces d'ornement dont se composent les retables des autels en Espagne, et dont les modèles se retrouvent encore dans les églises de Bruxelles et d'Anvers. \piès avoir appris
à son fils tout ce qu'il savait lui-même, Miguel Cano le conduisit à Séville au moment où François Pacheco venait d'y fonder l'école de peinture qni allait être le berceau des plus grands artistes de l'Espagne. Dans la maison de Pacheco, véritable académie de savants, de poètes et de peintres, Alonzo Cano eut pour condisciple Vélasquez, qui était du même âge que lui, et ils se lièrent d'amitié. Mais la peinture ne su ('lisant pas à l'ardeur de son ambition, Cano voulut bientôt modeler la cire et taillerlemarbre.il fallut lui faire apprendre la sculpture, et il devint l'élève de Juan Martinez Montanez, le plus renommé alors de tous les sculpteurs de l'Espagne. Montanez était un imitateur de Michel-Ange. 11 avait un style lier, tourmenté, un modelé ressenti qui était de nature à séduire son jeune disciple, car la jeunesse est ordinairement peu touchée de ce qui est simple. Et pourtant Alonzo Cano sortit de l'école de Montanez tout différent de son maître. Il semblait qu'au lieu d'épouser les défauts d'une manière outrée, il les voulût corriger par une manière plus sage, et que la vue même de l'exagération l'eût conduit à la simplicité et au naturel. 11 faut dire aussi que, dans le cours de son éducation, l'élève de Montanez avait subi une autre influence. Il y avait alors à Séville, dans le palais des ducs d'Alcala, appelé Casa de Pilatos, des statues antiques, des bustes grecs. Alonzo Cano les étudia, et son instinct l'eut bientôt averti de la grandeur de ce beau style, si calme, si noble et si simple. Il remarqua aussi dans l'antique l'exquise convenance des draperies, leur souplesse, leur grâce, et comment elles variaient de caractère suivant le personnage et l'action , comment leurs plis savamment naïfs, tantôt évasés et aplatis, tantôt serrés et abondants, recouvraient le nu sans le déguiser, l'embrassaient sans le gêner par leur adhérence, en en laissant apercevoir les grandes formes et les principales saillies, et en suivant la direction des parties en mouvement, de manière à conserver aux ligures leur unité. Dans cette étude des marbres grecs, Alonzo Cano puisa un style que, de la statuaire, il lit passer dans la peinture. Aussi le vit-on poser les personnages de ses tableaux dans les attitudes les moins recherchées, les présenter dans le sens des plus grandes lignes et les draper avec une aisance, un sentiment , un goût de plis que n'auraient pu lui enseigner ni les leçons de Montanez, ni son propre génie.
Ainsi maître des deux grands arts du dessin, et jaloux de s'élever au troisième, l'architecture, Alonzo Cano débuta par faire à Séville cinq rétables, dont trois pour le collège de Saint-Albert où il travaillait, comme peintre, en concurrence avec Zurbaran et Pacheco, et deux pour le monastère de Sainte-Paule. Construction, peinture, sculpture, ornements', tout était de sa main et il s'y montrait déjà supérieur à ses maîtres. En 1628, son père fut chargé de composer le rétable du maître-autel de l'église de Lebrija, et l'année suivante, sur les dessins qu'il présenta, on passa l'acte qui réglait les conditions du marché, dont la première était le paiement de trois mille ducats ; mais le père de Cano étant mort en 1G30 , son fils fut appelé à continuer l'œuvre paternelle, et quand il l'eut terminée, la fabrique fit taxer son travail par deux experts, Montanez et (ieronimo Vélasquez, qui lui allouèrent une somme de deux cent cinquante ducats, en sus du prix convenu. Palomino fait de grands éloges de ce rétable, particulièrement d'une statue de la Vierge, placée dans la niche principale, et qui était si fort admirée que le bruit en vint jusque dans les Flandres et que des artistes flamands firent le voyage d'Espagne pour la copier. Quant à Y architecture de ces rétables , si le mot n'est pas au-dessus de la chose, le style de Cano est à peu près celui des jésuites , c'est-à-dire un style rond, bâtard, embarrassé de consoles, chargé de corniches et d'ornements lourds.
Cependant, par ces grands ouvrages, Alonzo Cano s'était placé à la tête des artistes de Séville, et personne ne lui disputait la préséance. Lui-même, d'ailleurs, tout entier à son humeur hautaine et peu endurante, n'eût pas souffert qu'on lui contestât la première place. On ne sait si ce fut là le sujet de la querelle qu'il eut, en 1637, avec Sébastiano de Llano y Valdez, peintre connu par son talent et d'un caractère fort doux; mais il est certain que Cano, fort habile dans le maniement de l'épée, appela son adversaire en duel et le blessa grièvement. Les lois sur le duel étaient sévères : Cano prit la fuite et s'en vint à Madrid chercher asile auprès de son ancien condisciple, don Diego Vélasquez, qui était alors en grand crédit à la cour, en sa qualité de peintre et d'ami familier de Philippe IV. Vélasquez présenta son ami au duc d'Olivarez qui le prit sous sa protection, lui confia quelques travaux à diriger dans les palais royaux, et le fit nommer peintre du roi et maître à dessiner de l'infant don Balthazar. C'est dans ce temps-là qu'il fut chargé de peindre le monument
&IONZO CANO (1601). 3
delà semaine sainte dans le couvenl de Saint-Gil, et «l'ériger un arc de triompher la porte de Guadalaxara pour l'entrée dé Marianne d'Autriche, seconde remine du roi. Le séjour d'Atome Cane a Madrid lui marqué par on grand nombre d'ouvrages, sculptures en bois ci
tableanx de dévotion , car il ne s'en faisait guère d'un autre genre en Espagne. Les églises el les couvents