‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 4)Chapitre 43 sur 83 · DON JUAN CARRENO DE MIRANDA · texte numérisé non relu

DON JUAN CARRENO DE MIRANDA

NE EN I «I i. MORT EN 1685

Après Velazquez et Murillo, don Juan Carrefio est un dm peintres les plus sympathiques de l'École espagnole. Il a parfois la liberté, la vaillance de Velazquez, parfois la douce harmonie de Murillo. Il a aussi quelque chose de van Dyck, par l'élégance du dessin, et même quelque chose de l'École italienne, quand il peignit de grandes compositions en compagnie de don Francisco Rizi, fils d'Antonio Ricci (en italien), le Bolonais.

11 était né à Avilès, dans la principauté des Asturies, le 25 mars 1614, — quatre ans avant Murillo. Son père Juan Canvùn de Miranda, alcade des hijosdalgo d'A viles, et sa mère doua Catalina Fernandez Bermudez, originaires du district deCtrreâo dans cette principauté, descendaient de nobles familles.

En 1623, le père Carreno, ayant un procès à Madrid, y emmena avec lui son petit Juan. C'est en cette même année que le jeune Velazquez venait aussi de Séville se fixer à Madrid, où il fut nommé pintor de camara, — peintre ordinaire du roi! Velazquez avait vingt-quatre ans. Le petit Carreno n'avait pas dix ans. L'École de Madrid n'avait pas alors son originalité vraiment espagnole, qu'elle dut seulement à Velazquez

et à l'influence qu'il exerça autour de lui pendant près de quarante années. Les peintres les plus illustres , employés aux grands travaux des palais et des églises, étaient encore des Italiens, comme le savant Yincencio Carducho (Vincenzo Carducci, en italien), que son frère Bartolome avait amené de Florence, — ou des fils d'Italiens, comme Eugenio Caxes, lils de Patricio Caxes, d'Arezzo1. Depuis Charles-Quint jusqu'à Philippe IV, — j'allais dire jusqu'à Velazquez, — les peintres de la cour avaient été presque toujours des étrangers, de même que, plus tard, — après Velazquez et son école, — ce furent encore des étrangers qui furent le plus employés par la cour.

Il y avait cependant à Madrid un vieux maître indigène, Pedro de las Cuevas, entouré de bons élèves, tels que Antonio Pereda, Jusepe Leonardo, son fds Eugenio, son beau-fils Francisco Camilo, etc.

Le petit Juan Carreno annonçant une irrésistible vocation pour la peinture, entra dans l'atelier de Pedro de las Cuevas. Là, dit Bermudez, il « apprit le dessin »; car Pedro de las Cuevas avait été ami et collaborateur de Domingo Camilo, maître florentin établi à Madrid, et dont il avait épousé la veuve. Après quoi, Juan Carreno passa dans l'école de Bartolome Roman, pour « apprendre le coloris ».

Ce Bartolome Roman, étant né à Madrirl, en 1596, avait naturellement étudié d'abord chez le vieux maître étranger, Vincencio Carducho, mais ensuite il s'était perfectionné chez Velazquez, plus jeune que lui de trois ans. Ses œuvres sont assez rares : « Il n'eut pas de chance, dit Bermudez, parce que l'ignorance et la faveur distribuent les travaux aux plus incapables et aux plus intrigants. » Palomino vante beaucoup un Saint Pierre que Roman avait peint pour une église de Madrid, « avec tant d'harmonie et de relief, qu'on prendrait cette peinture pour un Rubens. » Roman mourut à Madrid en 1659.

Je suppose que Roman dut travailler chez Velazquez avant 1629., date du premier voyage de Velazquez en Italie, et que le jeune Carreno devint élève de Roman vers 1630 ou 1632, puisque, dès 1634, à l'âge de vingt ans, il peignit déjà avec succès divers tableaux pour des cloîtres et pour des couvents.

Rubens était venu à Madrid en 1628, et certainement il avait influencé son jeune ami Velazquez. Lorsque Murillo vint à Madrid, en 1643, après le retour à Séville de son condisciple Pedro de Moya, qui avait travaillé à Londres sous van Dyek, il y apporta aussi un reflet de l'École flamande. Carreno dut connaître alors Murillo, qui travaillait sans relâche, dans les palais, à l'Escorial et dans l'atelier même de Velazquez.

Aussi le talent de Carreno devint-il un composé des manières de Velazquez et de Murillo, de Rubens et de van Dyck.

Nous avons vu quelques tableaux de Carreno, peints vers cette époque, notamment, à la vente du comte de Gessler, ancien ambassadeur de Russie à Madrid, une Sainte signée et datée 1647.

En 1650, Juan Carreno avait lui-même un atelier d'élèves, où nous trouvons le jeune Mateo Cerezo, qui devait continuer son maître, en amalgamant aussi dans le style espagnol certaines qualités des Flamands et surtout de vau Dyck.

En 1653, Careno commence de gran îes fresques dans les églises, à Madrid, et en collaboration avec don Francisco Rizi dans la cathédrale de Tolède, où leur œuvre commune, terminée longtemps après, fut payée 6,500 ducats.

Cependant la ville et le district d'Avilès l'avaient nommé en 1657 leur représentant aux États de la noblesse, distinction que la ville de Madrid lui accorda aussi en 1658. C'était beaucoup d'honneur sans doute, mais cette charge politique le détournait de sa profession ; ce que voyant Velazquez, surintendant réel de l'art en Espagne, il s'affligea de ce qu'un habile altiste perdit son temps à de telles affaires et il l'embaucha au service du roi, pour peindre à fresque, dans le grand salon du palais royal, la Création de Pandore par Vulcain et le Mariage de Pandore avec Epiméthée. Carreno étant tombé malade après avoir

1 On voit au Musée de Madrid une Vierge de Palricio Caxes, et de son fils Eugenio une grande composition, haute de quatre mètres, représentant le néburquement des Anglais à Cadix en 1(525, peinture savante, mais sans caractère. Patricio Caxes avait été envoyé de Rome à Philippe II, en 1567, par l'ambassadeur d'Espagne, don Luis de Requesens. Il mourut à Madrid en 1612. Eugenio, né "a Madrid en 1577, fut nommé peintre de Philippe III en 1612. Il a beaucoup travaillé avec son ami Vincencio Carducho. Il mourut à Madrid en 1612.

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