DON JUAN CARRENO DE MIRANDA
l'auteur (il n'y a point do catalogue de celte collection, dispersée dans |m bureaux et les couloirs), et j'ai
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PORTRAIT DE M A R I E- A N X K D'AUTRICHE, SECONDE FEMME DE PHILIPPE IV (Mu»*« de MadtKl
noté sur mon calepin : « Espagnol influencé par van Uyck. (Jui ? Pedro de Moya? Alon/.o Cttftf Maten Cerésof •
li ÉCOLE ESPAGNOLE.
— C'est le Saint Sébastien de Carreno, autrefois dans un couvent de nonnes à Madrid (voir la gravure).
A l'Académie de San Fernando, qui n'a pas non plus de catalogue, il m'est arrivé même hésitation devant une Madeleine placée à contre-jour entre deux fenêtres : après m'être extasié devant les trois incomparables Murillo de cette galerie, la Sainte Elisabeth de Hongrie et les deux pendants relatifs à la Fondation de Sainte-Marie-Majeure à Rome, peints en 1665, j'ai admiré comme un chef-d'œuvre cette Madeleine désolée, élégante comme une figure de van Dyck, mais plus dramatique, noble comme une figure de l'École italienne, mais plus réelle et plus vivante. — C'est la célèbre Madeleine dans le désert, peinte par Carreno pour un autre couvent de femmes, à Madrid.
La puissance de Carreno comme praticien, et aussi ses qualités complexes, s'expliquent par les longues et fortes études qu'il avait faites dans ses commencements. Ne voit-on pas de lui, à cette Académie de San Fernando, une copie du Spasimo de Raphaël, même grandeur que l'original conservé au Musée de Madrid? reproduction aussi parfaite que ses copies d'après Yelazquez, et qui « deviendrait bien précieuse, dit M. Louis Viardot, si elle était portée loin de l'original » ; et M. Viardot ajoute : « Cette copie, faite avant la fin du dix-septième siècle, prouve sans réplique qu'il ne faut point attribuer à la restauration nécessaire que subit à Paris le Spasimo, les tons briquetés qui déparent un peu ce merveilleux chef-d'œuvre. »
En dehors des portraits de Carreno, si j'avais à choisir un de ses chefs-d'œuvre pour le représenter au Musée du Louvre, où il serait plus apprécié que Zurbaran et que Herrera le Vieux, qui ont d'ailleurs d'autres qualités, c'est cette Madeleine de l'Académie de San Fernando que je choisirais.
Dans ses compositions très-compliquées, et si nombreuses, il est toujours adroit, abondant, dessinateur habile, coloriste harmonieux, mais on y sent des signes de décadence comme dans les grands tableaux d'Ëscalante, qui fut son collaborateur, et de Claudio Coello, qui fut son ami et son sectateur, après avoir étudié chez Francisco Rizi.
Où l'onvoitla science facile, à la fois correcte et élégante, de Carreno, c'est dans ses dessins d'après nature, vivement accusés à la pierre noire et parfois relevés de blanc. M. Paul Lefort ' en possède quelques-uns qu'on prendrait pour des études de van Dyck.
Palomino et Cean Bermudez racontent diverses anecdotes qui prouvent la dignité, l'indépendance, la simplicité de Carreno : Un jour qu'il peignait le jeune Charles en présence de la reine mère, le roi demanda à l'artiste de (\m\ habit (de quel ordre) il était; Carreno répondit qu'il n'avait pas d'autre distinction que l'honneur de le servir. Là-dessus il fut gratifié d'une riche médaille de l'ordre de Santiago (Saint-Jacques). Et comme ses amis lui disaient qu'étant de noble naissance il n'avait pas besoin de cette distinction et qu'il fallait l'accueillir comme un honneur fait à la peinture : — La peinture, répondit encore Carreno, n'a pas besoin d'honneurs : c'est elle au contraire qui peut les donner à tout le monde. La pintura no necesita honores, ella puede darlos a todo el mundo.
Autre anecdote : Gregorio Utande, peintre à Aleala de Henares, avait peint un Martyre de saint André, pour lequel il avait demandé cent ducats ; comme on ne s'accordait pas sur le prix, il fut convenu que la peinture serait taxée à Madrid. Entretemps, Utande avait prié Carreno de retoucher un peu son tableau, et par reconnaissance il lui avait offert — un petit pot de miel. L'excellent Carreno ayant repeint à nouveau toute la toile, il se trouva qu'il fut nommé taxateur avec don Sébastian de Herrera; mais il s'excusa, sous prétexte qu'il était trop ami de l'auteur. Sébastian Herrera n'eut pas de peine à reconnaître le style et le talent de Carreno, et il taxa l'œuvre à deux cents ducats, qui furent payés à Utande. De là, ce Martyre de saint André fut appelé narquoisement : « le Petit pot de Miel. »
Charles H « aimait extraordinairement » Carreno : le amaba extraordinariamente, dit Bermudez; autant
' M. Paul Lefort, après un long séjour en Espagne, en a rapporté une collection de dessins, très-précieuse et très-instructive .; le Musén du Louvre ne possède que quatre-vingt-sept dessins de l'École espagnole ; M. Lefort en a, je crois, plus de mille ! Nous aurons quelquefois recours à sa collection et à sa compétence sur l'École espagnole pour l'étude de certains maîtres peu connus, dont les œuvres ne se rencontrent ni au Musée de Madrid, ni dans les autfes collections de cette ville.