SAINT FRANÇOIS EN EXTASE
naturalisme, et il tirait même un effet puissant du contraste des vulgarités terrestres avec les signes et les personnages envoyés d'en haut. J'ai vu dans les Annoncwtions de xMurillo des accessoires de la vie domestique, le sac à ouvrage, le dé à coudre et les ciseaux sur le linge entassé dans une modeste corbeille. Ce n'est pas
s ÉCOLE ESPAGNOLE.
sans intention que le peintre andaloux, s'éloignant du noble style de Raphaël et des catholiques italiens, nous montre dans une humble ouvrière la jeune fille élue qui doit donner le jour à un Dieu.
Quelle scrupuleuse fidélité à des traditions que les artistes de la Renaissance en Italie avaient depuis longtemps secouées ! et comme l'orthodoxe Pacheco dut être satisfait de rencontrer à Séville un peintre aussi pur de toute hérésie !
Murillo se gardait bien de montrer jamais les pieds de la Vierge quand il la peignait s'élevant vers les cieux, au sein d'une gloire éclatante. Il eût craint de laisser naître une pensée profane à la vue des charmes divins; ce petit coin de nudité, qui n'était pas même remarqué à Rome, eût fait scandale en Andalousie. Et cependant malgré ces précautions déyotieuses, il s'en faut bien que les Vierges de Murillo aient le caractère de virginité que veut la foi. Leur belle chevelure, leurs yeux noirs et humides inspirent d'autres idées que celles des transports divins, et si elles sont représentées se livrant aux soins de l'économie intérieure, ce ne sont bien souvent que des mères aux mains potelées chez qui le passage de la vie a laissé des méplats dans les carnations; mais en revanche Murillo a su imprimer au fils de Marie un caractère vraiment surhumain. On croit voir autour de la tête de cet enfant une auréole que le peintre n'a point figurée cependant; sa belle tête s'illumine; son regard ouvert, pénétrant, à la fois vif et doux, lance des éclairs de génie, et il paraît si grand, même dans la tranquillité du sommeil, qu'on se sent averti de la présence d'un Dieu : patuit Deus. Il n'est pas jusqu'à la physionomie vulgairedu charpentier, jusqu'à la figure mondaine de Marie qui ne fassent ressortir la distinction de l'enfant et n'indiquent sa naturelle grandeur. Les détails de la vie pauvre au sein de laquelle fut élevé le Christ ajoutent encore à l'effet, et ils servent de contraste à une noblesse qui peut-être n'aurait pas autant de caractère dans un autre milieu , car elle me semble singulièrement relevée par la trivialité même des détails qui l'environnent : « Chez Raphaël, dit un de nos critiques', la Vierge est plus vierge; chez Murillo, I enfant-Dieu est plus Dieu. »
Dès qu'il arrive à Séville un étranger, on le conduit à la oathédrale pour lui montrer les nombreuses toiles de Murillo que le chapitre est fier de posséder. Au revers du maître-autel on lui fait admirer une Nativité de Notre-Dame, admirable en effet par la suavité des teintes, la tranquillité des ombres et par un coloris charmant, hermoso colorido. Le voyageur est ensuite mené dans la grande sacristie où brillent les fameux tableaux de saint Léandre et de saint Isidore en habits pontificaux. Puis on l'arrête, aux chapelles latérales, devant un liepos en Egypte peint à la brosse5 et semblable, par la vivacité de l'effet , à un Vélasquez; enfin, pour accroître jusqu'à l'enthousiasme l'admiration du visiteur, on lui découvre le Saint Antoine de Padoue, et en contemplant ce chef-d'œuvre sans imitateur possible et sans modèle, l'étranger peu familiarisé encore avec les beautés de la peinture espagnole, demeure en extase comme le cénobite du tableau. Dans une cellule sombre, l'enfant Jésus apparaît tout à coup à saint Antoine au milieu d'une gloire éblouissante, et le pieux solitaire, à genoux, éclairé par cette seule apparition, lève les bras avec un indescriptible transport d'amour vers le Dieu resplendissant de lumière et de beauté qu'il veut serrer contre sa poitrine 3. Jamais la force d'une expression passionnée n'alla plus loin chez aucun peintre ; jamais non plus on ne rendit avec des couleurs et un pinceau des nuages plus transparents, des figures d'une suavité plus séraphique. La conduite du clair-obscur n'est pas ici moins étonnante que la foi du moine visionnaire. Comment avec des ombres tempérées le peintre a-t-il pu obtenir un effet si lumineux! et par quelle infinie dégradation de nuances a-t-il pu passer de l'intensité d'un rayon de soleil à la paisible obscurité de la cellule !
Mais avant de quitter la cathédrale de Séville, il reste à visiter la salle capitulaire, dont les travaux furent dirigés par Murillo en 1667 et 1668. Pour peu que le cicérone soit un chanoine instruit — il s'en trouve encore au chapitre, — il ne manquera pas de dire avec un sentiment d'orgueil que le Saint Antoine de Padoue
1 Études sur la peinture espagnole, par M. Thoré; ces belles études ont été publiées dans la Revue de Paris de 1855.
1 Pintado con brochas, c'est-à-dire largement et avec une brutalité calculée. Voyez la Descri/icion artistica de laCatedralde Sevilla, por Don Juan Agustin Cean Bermudez, Sevilla, 1804. — Cet opuscule précieux est extrêmement rare, même en Espagne.
3 Figura al santo medio arrodillado y absorto con los brazos levantados, esperando al niiio Dios, que baja de lo alto en una gloria de angeles, para estrecharle en su pecho. . . Deseripcion artistica de la Catedral de Sevilla. page "9.
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fut payé à l'artisle dix mille réaux, qui en vaudraient maintenant plus de soixante mille; le VCfagaw s'entendra irriter encore, au sujet de la belle Conception peinte pour la coupole des franciscains, l'histoire des cariera démêlé», qui eurent lieu entre Murillo et les révérends pères. I n tableau destiné à être loujours mi de