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SAINTE famille.
TIJCU3.S
ivste, il les subordonnait ordinairement à l'importance des ligures, et la campagne n'était plus alors qu'un accompagnement harmonieux et une invitation aux voyages de la poésie. Il nous souvient qu'un des tableaux devant lesquels on s'arrêtait le plus longtemps, chez l'heureux marquis, c'était l'Échelle de Jacob. Dans un pays
friste, à deux pas d'une masure et au bord d'une eau paisible, un voyageur a laissé par terre sa gourde , ses hardes, son bâton, et il s'est endormi. Le songe du fils d'Abraham est représenté dans le paysage par un peintre qui savait donner un corps aux visions de l'esprit. Sur la tête du songeur apparaît un escalier lumineux qui s'élève jusqu'au ciel; deux rangées de séraphins, touchant à peine du bout de leurs pieds les marches de cette échelle fantastique, montent vers l'Éternel et descendent parler tout bas au voyageur endormi. Le paysage est profondément tranquille; aucun souffle n'agite la cime des arbres ni la surface de l'onde; on n'entend d'autre bruit que le mystérieux frôlement des ailes séraphiques contrôles parois de l'air.
En 1812, M. Denon, directeur général des Musées, fit exposer au Louvre les tableaux espagnols conquis par les armées françaises. Le public étonné regardait ces toiles avec de grands yeux , et façonné à la peinture mythologique de l'Empire, il comprenait fort peu les Murillo; quelques artistes le trouvaient mou ; M. Denon ne paraissait pas autrement s'y intéresser. Zurbaran avait été placé dans le péristyle, et ses terribles moines arrêtaient les visiteurs sur les degrés du Louvre. Il n'était donné qu'au romantisme, ainsi que le fit observer madame de Staël, de comprendre les beautés de la chevalerie et du christianisme. Et pourtant, parmi ces tableaux, exposés à Paris pour la première fois, il s'en trouvait un qui fut toujours regardé comme le chef-d'œuvre de son auteur, Sainte Elisabeth de Hongrie \ et qu'il faudrait proclamer la plus parfaite de ses œuvres, si des juges compétents ne préféraient encore le Miracle du gentilhomme romain. On nous saura gré de reproduire ici la belle description qu'en a donnée M. Viardot, je parle de la Sainte Elisabeth : « Ce sujet « réunissait merveilleusement les deux manières extrêmes de Murillo : la misère sale, déguenillée et vermineuse « de ses petits mendiants, la grandeur simple, noble et sublime de ses saints. De là naît aussi le charme d'un » perpétuel contraste et d'une haute moralité. Ce palais converti en hôpital; d'un côté, ces dames de la cour, « belles, fraîches et parées; de l'autre, ces enfante souffreteux et rachitiques qui se grattent, qui déchirent de « l'ongle leurs poitrines sans vêtements et leurs têtes sans cheveux, ce paralytique porté sur des béquilles, ce « vieillard qui étale les plaies de ses jambes; cette vieille accroupie, dont le profil décharné se dessine si « nettement sur un pan de velours noir; là toutes les grâces brillantes du luxe et de la santé; ici tout le hideux « de la misère et de la maladie; puis, au milieu de ces extrêmes de l'humanité, la charité divine qui les rapproche « et les réunit. Une jeune et belle femme, portant sur le voile de nonne la couronne de reine, éponge « délicatement la tête impure qu'un enfant couvert de lèpre lui présente au-dessous d'une aiguière d'argent. Ses « blanches mains semblent se refuser à l'œuvre que son cœur ordonne ; sa bouche frissonne d'horreur en même « temps que ses yeux se remplissent de larmes; mais la pitié a vaincu le dégoût, et la religion triomphe...»
Velasquez était le peintre de la nature, Murillo fut le peintre de la religion. Il joignit au sentiment de la réalité tout ce qu'il entre de poésie dans l'âme d'un croyant. Pieux jusqu'à la dévotion, il aimait à s'abandonner aux rêveries religieuses dans un coin de ces églises catholiques qui même en plein jour sont plongées dans le crépuscule. Lors d'un voyage qu'il avait fait à Cadix pour y peindre les Fiançailles de sainte Catherine, destinées au grand autel des capucins, il s'était blessé en tombant de son échafaudage, et n'ayant osé, par une espèce de pudeur, avouer la nature de son mal (une hernie), il était en proie aux douleurs les plus aiguës. Pendant que son élève Menesès Osorio terminait le tableau du grand autel, Murillo, ramené à Séville, passa le reste de sa vie à souffrir et à prier. Vers les derniers temps il se faisait conduire chaque jour à l'église de Santa Cruz, et il avait coutume de se mettre en prières devant la fameuse Descente de croix de Pedro Campana. On sait que le sacristain, voulant un soir fermer les portes plus tôt qu'à l'ordinaire, vint demander à Murillo pourquoi il restait si longtemps immobile dans cette chapelle : « J'attends, dit le peintre, que ces pieux serviteurs aient fini de descendre le Seigneur de la croix*. » Sentant sa fin approcher, il écrivit son testament, par lequel il exprimait la volonté d'être enterré aux pieds du tableau de Campana, ce qui fut religieusement exécuté. Il mourut le 3 avril 1682 dans les bras de Pierre Nunez de Villavicencio, chevalier de l'ordre de Saint-Jean, qui avait été son ami intime et qui fut , avec Tobar et Menesès Osorio, un de ses meilleurs élèves. C'est de Murillo
' Ce tableau, remporté en Espagne après l'invasion, figure maintenant à l'Académie de Madrid. (Viardot, Musées d'Espagne.) * Le respondié : « Estoij esperando que estos santos varones acaben de baxar al Senor de la cruz. » Cean Bermudez.