PELLEGRO DOMENICO PAOLO-GIROLAMO
ir,|7 — IRIO. . 1C?8 — 1703. ;CCli — \T2't.
Le premier des Piola qui s'adonna à la peinture fut Picr-Francesco (1565-1600). Il avait commencé par être notaire, mais, entraîné par l'amour de l'art et guidé par la célèbre Sofonisba Angusciola, de Crémone, qui avait épousé un membre delà noble famille génoise des Lomellini, il se mit à faire des tableaux. Il ne paraît pas toutefois avoir réussi à dégager sa personnalité ; le seul ouvrage que l'on cite de lui, un Mariage de sainte Catherine, qui décore l'église des Olivétains, à Pegli, est une imitation flagrante de L. Cambiaso.
Un autre Piola, Giovanni-Gregorio (1584-1625), ne se lit peintre, lui aussi, qu'après avoir essayé d'une autre profession, de celle de marchand de soie. On dit qu'il s'appliqua avec quelque succès à la miniature ; mais nous ne savons ce que sont devenus ses ouvrages. Il travailla à Rome, en Espagne et à Marseille. Il mourut dans cette dernière ville.
On ignore quel fut au j uste le degré de parenté qui unit aux précédents artistes Pellegro ou Pellegrino Piola, né à Gènes en 1617. Son père Paolo-Battista n'était pas peintre, mais il adorait la peinture; frappé des dispositions précoces de son fds, il le plaça à l'âge de douze ans sous la direction de Domenico Cappellino.
' Gottfried Waals ou Waels, venu fort jeune en Italie, où il est connu sous le nom de Gofredo, ne doit pas être confondu avec Cornelis Waels, d'Anvers, qui peignit avec talent des bambochades et des scènes militaires, et qui acquit une grande réputation à Gènes, où il passa une partie de sa vie et où il mourut en 1665.
A dix-sept ans, à l'âge où hi plupiul coiumL'ucoiU à apprendre, Pellegro obtenait déjà des commandes et s'en ac(iuitlaitavcc assez de talent pour exciter l'envie. Jaloux de voir cet enrant se poser ainsi en maître, des peintres péniblement arrivés cbcrcbèrcnl à le discréditer en l'accusant de piller les estampes, de pasticbcr les anciens et particubèremcnt le Parmesan. Il est bien vrai que Pellegro s'était proposé ce dernier maître pour modèle et qu'il imita aussi Gambiaso; mais il faisait ces imitations fort librement et ne les étendit jamais jusqu'à s'approprier les idées d'aiilrui '. IJien loin de blâmer ce jeune artiste pour le zèle avec lequel il étudiait les maîtres, il eût fallu l'en louer. Il ne se laissa pas décourager d'ailleurs par les critiques, » s'en remettant pleinement, suivant ses propres paroles, au jugement des bommes impartiaux. »
Le palais Brignole-Sale possède une des œuvres les plus séduisantes de Pellegro. On pourrait l'intituler la Sainte Famille au papillon. La Vierge, vôtue d'une robe rouge, appuie la main droite, qui est fort belle, suiune draperie verte dont son genou est recouvert et soutient avec l'autre main l'Enfant-Jésus, à qui le peli; saint J{;au, poussé par sainte Elisabetli, présente un papillon. Le divin bambino recule de surprise à la vue de l'insecte diapré. Les doux mères sourient de C(!tte frayeur enfantine. Dans la pénombre apparaît la ligure sérieuse de saint Josepb. — Ilatli raconte que le signor Paolo Spinola, pour qui cette peinture fut exécutée, la montra un jour à Marc' Antonio Francescliini, de Bologne, et lui demanda de qui il pensait qu'elle pouvait être l'ouvrage. Franccschini, après l'avoir examinée attentivement, l'attribua à Andréa delSarto. J'avoue liumblement n'avoir pas recoinui une grande analogie entre ce tableau et les ouvrages du maître de Florence, si ce n'est peut-être pour ce ([ui est de l'expression gracieuse et bien enfantine des deux bambini ; quant à l'exécution, quant au coloris surtout qui ne manque ni de richesse ni d'harmonie, ils se ressentent beaucoup, à mon avis, de la manière adoptée par Van Dyck, à l'époque où il travaillait à Gènes.
A peine parvenu à l'âge d'homme, Pellegro s'était déjà fait connaître hors de Gènes et même hors d'Italie. ViXiG Mortde Libcrèce, oîi il avait déployé une remarquable vigueur d'expressions, fut emportée à Paris, dit Uatti, par un gentilhomme français qu'elle avait enthousiasmé. Un tableau de Jacob et Laban lui attira de Milan les offres les plus brillantes : on ne lui proposa pas seulement de l'y occuper à des travaux importants, on voulut l'y marier avec une riche hérilière. Il préféra rester lidèle à sa ville natale et y prendre femme... Les commandes d'ailleurs ne lui manquaient pas à Gènes. La corporation des orfèvres le chargea de peindre, sur un bâtiment placé à l'entrée de la principale rue du quartier où elle avait ses magasins, une fresque représentant la Madone, V Enfant-Jésus, saint Jean et saint Éloi. Cette peinture, mise à découvert le 25 novembre 1640, excita une grande admiration, mais stimula en même temps la jalousie des rivaux du jeune auteur. Dans la nuit qui suivit l'inauguration, vers deux heures du matin, des camarades vinrent sous ses fenêtres l'invitera une partie de plaisir. Il eut la faiblesse de se joindre à eux, malgré les supplications de sa femme et de ses vieux parents... Arrivés à la grande place de Sarzane, située à l'extrémité de la ville, les compagnons de Pellegro se prennent de querelle et tirent leurs couteaux. Etranger à cette rixe, l'artiste s'esquive en courant, mais il est bientôt atteint par un de ses soi-disant camarades qui le frappe mortellement et qui l'abandonne, en lui disant ces mots perlides : « Mon Pellegro, pardonne-moi ; je ne t'avais pas reconnu. Pellegro mio, perdonami clCio non t'aveva conosciuto. » Transporté à son domicile, rinforluné jeune homme mourut au bout de quelques l'ieurcs.
Cette fin tragique excita dans la ville une grande émotion. L'opinion générale fut que l'assassin était, sinon un des artistes qui portaient envie à Pellegro, du moins un bravo payé par eux.
Soprani rapporte que, lorsque la fresque de la rue des Orfèvres eut été découverte, il complimenta l'auteur pour la manière tout à fait originale (««.oufteramsiOT») qu'il avait déployée dans cet ouvrage, et l'engagea vivement à s'y conformer à l'avenir.
— Jusqu'à présent, répondit en souriant Pellegro, je n'ai pas réussi à traduire le beau tel que l'entrevoit mon imagination; mais j'espère bien y parvenir, si Dieu me prête vie.
' Ayant été chargé par u a citoyen (le Gènes de faire une copie de la Cène, de Gambiaso, qui ornait le réfectoire des moines de S. Bartolommeo, il s'en acquittta d'une façon si remarquable et en môme temps si libre que Soprani n'a pas craint de dire qu'il ajouta aux beautés de son modèle.
30 ECOLE GENOISE.
Les quelques tableaux que nous a laissés Peliegro Piola permettent en effet de croire qu'il avait en lui l'étoffe d'un grand artiste. Si le temps lui fit défaut pour dégager complètement sa personnalité, il sut du moins montrer un discernement peu commun dans le choix de ses modèles. Lanzi a dit : « On ne saurait définir avec précision le style de ce jeune homme, parce qu'il étudiait encore et cherchait à se former d'après les meilleurs maîtres. En général, il donna volontiers son attention à ceux qui brillaient par la grûce. Dans les différentes routes qu'il tenta, il déploya un soin et un goût dont le charme est répandu sur toutes les productions de son pinceau. Quelle que fût d'ailleurs celle de.ces routes dans laquelle il s'engageait, il y marciiait avec l'assurance d'un peintre qui aurait vieilli en la parcourant et en y recueillant toutes les leçons de l'expérience. »
Domenico Piola avait seize ans quand fut assassiné son frère aîné Pellegro, de qui il avait reçu les premières leçons de peinture. Il étudia ensuite sous la direction de D. Gappellino et se perfectionna en copiant les fresques exécutées par Pierino del Vaga au palais Doria et les ouvrages de Castiglione. Il réussit à imiter ce dernier d'une façon très-habile, non-seulement en peignant des tableaux tels que V Adoration des bergers que l'on conserve au palais Gambiaso, mais en gravant à l'eau-forlc des Crèches, des Madoixes et quelques autres morceaux d'ailleurs peu nombreux. Il collabora aussi pour les figures avec son parent Stefano Gamoggi, habile peintre d'arabesques, de fleurs, de décors. Puis il fut associé aux grands travaux de Valerio Castello et exécuta, sous la direction de ce maître distingué, diverses peintures murales dans les églises de Santa-Maria in Passioneet de Santa-Marta. Après la mort de Valerio (1659), il fut chargé personnellement de commandes importantes, notamment de la décoration de la chapelle des signori Marini, à S. Domenico : il y peignit à fresque des Anges ])leurant la mort, du, Sauveur, les Vertus et les Evangêlistes. Il exécuta aussi, à peu près dans le même temps, pour l'oratoire de Saint-Jacques le Majeur (San Giacomo délia Marina), un tableau du Martyre de cet apôtre, qui, comme ses précédents ouvrages, rappelle tout à fait le style de V. Gastello. Il adopta enfin, pour ne plus la quitter, une manière facile, abondante et pompeuse, qui se rapproche singulièrement de celle du Gortone.
Il ne saurait entrer dans notre plan d'apprécier les innombables peintures à fresque et à l'huile dont Domenico Piola a enrichi les édifices de Gènes. L'église de Saint-Luc a sa coupole et plusieurs de ses chapelles latérales] décorées par le pinceau de ce maître expéditif. G'est de lui également que sont les fresques des chapelles de l'Immaculée Gonceplion, de Saint-Jean-Baptiste, de Saint-Louis, de Saint-Diègue, à l'Annunziata del Guaslato. Au nombre de ses meilleures peintures décoratives dans les palais, je citerai les plafonds des salons de V Automne et de Y Hiver, au palais Brignole-Sale. Le salon principal, la sala de ce môme palais, nous offre un des tableaux les plus vastes et les plus brillants de Domenico, le Char du Soleil cyitouté par l'Aurore, la Nuit, les Saisons et les Zéphyrs. L'Apollon qui est debout sur son char et qui tient les rênes est un peu fade d'expression ; mais ses chairs roses et lumineuses sont finement nuancées. Très-délicat aussi et très-distingué est le coloris des deux femmes qui personnifient la Nuit et l'Aurore : la première, placée de l'autre coté des chevaux et mettant la main devant ses yeux pour se garantir des rayons du soleil ; la seconde, couronnée de fleurs, enguirlandée par quatre charmants petits culs-nus et précédant le char. Les Zéphyrs, qui voltigent dans le haut du tableau, ont les formes et les expressions les plus riantes. Domenico Piola excellait à peindre les Génies, les Anges, les enfants de toute sorte; il en introduisit dans la plupart de ses compositions religieuses ou profanes, et il en forma même, dans plusieurs palais, des frises d'une élégance parfaite. Lanzi prétend qu'il s'était perfectionné en ce genre par l'imitation du Fiammingo (François Duquesnoy); Ralti croit, avec plus de raison, ce semble, qu'il s'était modelé sur les délicieux puUi, dont Pierino del Vaga avait peuplé le palais du prince Doria. Il convient d'ajouter qu'il fut bien loin d'atteindre à la pureté de style de ce dernier maître, et que dans sa grâce il y eut toujours un peu de maniérisme.
Dans le grand tableau du palais Brignole, Domenico a employé des tons clairs, légers, et brillants qu'il semble avoir dérobés à la palette de Ilubens ; dans une toile de Sainte-Marie de Garignan, que Lanzi considère comme son chef-d'œuvre, il s'est inspiré des coloristes les plus énergiques de l'école bolonaise. Celte toile
rcprosonlc Saint Pierre rfuérissant le parali/tiquc. L'apôtro, vôtii d'ano roho bleue et d'un manteau jaune, se penclie vers le paralyliiiue, dont il prend le bras et à qui il nioulre de la main gauche le ciel où apparaissent trois petits anges, d'un dessin élégant et pur. Autour de ce groupe se tiennent diverses figures, parmi lesquelles on distingue une femme debout portant un enfant dans ses bras. Derrière le paralytique, qui est presque nu et dont le torse se modèle vigoureusement dans la lumière, un autre malade est agenouillé, et un troisième est vu de dos au premier plan, dans une chaude pénombre. Au fond se dessine le portiijue du temple. Ce tableau rappelle par certaines parties le style du Doniiniciuin et par d'autres celui du Gucrchin; il soutient très-bien la comparaison avec une peinture de ce dernier maître, qui est placée tout auprès et qui représente Saint François recevant les stigmates.
Domenico était occupé à orner de fresques le chœur de l'église Saint-Léonard, lorsque le bombardement de Gènes par l'armée de Louis XIV vint interrompre ce travail (1G84). L'artiste trouva un refuge, avec toute sa famille, au palais Baibi, situé sur les hauteurs du Zerbino. Mais, le péril passé, il put constater que la maison et la riche collection de dessins et d'estampes qu'il avait formée avaient été détruites par les bombes du roi très-chrétien. Soil chagrin, soit désir de refaire sa fortune, il entreprit un voyage dans la haute Italie; il séjourna à Milan, à Bologne, à Plaisance, à Asti, et fut employé dans ces deux dernières villes à d'importants travaux décoratifs. Revenu à Gènes, il y prolongea sa carrière jusqu'à l'âge de soixante-quatorze ans. Ce fut à l'église où il était venu faire ses pàques, le jeudi saint de l'année 1703, que la mort vint le chercher; il fut frappé d'une attaque d'apoplexie et succomba trois jours après.
S'il suffisait d'avoir la foi pour faire un grand peintre de sujets religieux, D. Piola aurait pu parvenir en ce genre au premier rang; il commençait invariablement sa journée en assistant à la messe. Ses œuvres cependant ne rappellent en rien l'idéal chrétien des Angelico et des Pérugin ; le style en est pompeux, brillant, gracieux, aimable et empreint d'une sorte de sensualité mystique ; il s'adresse aux yeux, aux sens, bien plus qu'à rûme ; il réalise un certain idéal qu'on peut appeler l'idéal jésuite, car nulle part il n'apparaît mieux que dans la décoration des églises de la fameuse compagnie.
Domenico eut trois fds, qui cultivèrent la peinture. Antonio-Maria l'aîné (1654-1715) a exécuté quelques tableaux d'église qui sont d'une médiocre valeur ; mais, si nous en croyons Ratti, il fit des copies excellentes, surtout d'après Van Dyck. Giovanni-Battista, le plus jeune, se borna, paraît-il, à servir d'aide à son père et à ses frères. Paolo ou Paol' Girolamo soutint l'honneur de la famille. Il avait à peine vingt ans, lorsqu'il peignit les Evamjêlistes sur les pendentifs de la coupole de S. Pietro de' Banchi, et les Ruines du temple de Diane, dans une galerie du palais Brignole-Sale. A vingt-trois ans, il alla à Rome : Carie Maratte, qu'il y prit pour maître, l'exerça à dessiner d'après l'antique et à copier les célèbres fresques d'Annibal Carrache au palais Farnèse, mais il devint lui-même le principal modèle dont s'inspira le jeune artiste.
Rappelé à Gènes par son père en 1694, Paol' Girolamo exécuta dans cette ville un grand nombre de peintures à l'huile et à fresques, dont Ratti et Lanzi font beaucoup de cas. « Il s'appliqua toujours, dit Lanzi, à être plus sévère dans le choix de ses formes, plus grandiose, plus moelleux et plus vrai que son père ne l'avait été. Il suivit évidemment les traces de Maialte, dans la méthode de faire précéder l'exécution de tous ses ouvrages par une étude réfléchie, et de les terminer sans précipitation, et, comme il était versé dans les lettres, il composa avec succès des tableaux sur des sujets fabuleux et historiques. » Nous ne saurions souscrire sans réserves à ce panégyrique, après avoir vu les œuvres de Paol' Girolamo, telles que son Ascension, à la cathédrale, la première peinture qu'il exécuta après son retour de Rome. Le Christ jeune, blond, fade, s'élève dans les airs en montrant le ciel à la Madeleine agenouillée, qui est blonde aussi, avec les lèvres roses et les épaules nues, et qui sourit tendrement. Près de celle-ci, dont le buste est assez (inement éclairé, saint Jean, également à genoux, joint les mains et tend les bras vers le Christ avec la même ferveur passionnée. La Vierge, debout, les mains écartées, a plus de gravité et non moins de foi. Quatre disciples complètent la composilion : l'un d'eux à gauche, au premier plan, est à demi vôtu d'une draperie rouge et porte un livre sous le bras; il nous regarde et nous fait voir le ciel. Ce tableau est peint dans la manière prétentieuse, molle et insipide des Bolonais de la décadence; il nous est impossible d'y reconnaître ce goût parfait (otlimo quslo) que Ratli
Y a aperçu. Nous ne saurions davantage nous extasier devant le tableau de Sainte-Marie de Garignan, Saint Dominique, saint Ignace et sainte Catherine adorant la Vierge et V Enfant Jésus, que l'on cite comme le chef-d'œuvre du maître; la composition nous en a paru bizarre, l'exéculion lourde. Quelques petits anges cependanl nous ont plu par leur grilce et leur gentillesse.
Paol' Girolamo n'eut guère eu de succès comme peintre au beau temps du cardinal Bibbiena : il aurait craint de se damner en peignant des nudités. Ayant été chargé de peindre le Parnasse, sur un plafond du palais Durazzo (rue Balhi), il eut l'étrange idée de vêtir les Muses de pied en cap. Et, comme le signor Giacomo-Filippo Durazzo lui faisait observer qu'elles ressemblaient ainsi bien plus à des religieuses cloîtrées qu'à des déesses, il consentit à les déshabiller jusqu'où la pudeur le permettait [scoprille quanto gliene permise la verecoiidia)... Ce peintre si scrupuleux peignit du reste, pour l'église des Dominicaines, une fresque représentant Saint Dominique en extase devant la Vierge occupée à faire couler quelques gouttes de son lait virginal, et il exprima cette scène mystique d'une façon si tendre que de saintes âmes s'en effarouchèrent et firent couvrir le sein de Marie. A Tartufe, Tartufe et demi.
OF.UVnE DU l'Iil.LliGRO
Les ouvrages de Pellegro sont extrêmement rares. Outre eaux que nous avons cités, Gênes possède : au palais Brignole-Sale, une Sainte Ursule, à mi-corps, ayant la poitrine percée d'une flèche et tenant une palme de la main droite; — à l'Académie Ligustique, la Madone du Rosaire.
MusKEDES Offices. LaVierge, l'Enfant Jésus et le petit saint Jean (demi-Qg.), peinture sur bois. La Madone liaisse les yeux, les deux enfants regardent le spectateur; l'Enfant Jésus tient un chardonneret de la main droite et appuie la main gauche sur l'épaule de saint Jean; ces deux bambini ont des tètes bien enfantines. La peinture m'a semblé un peu sèche et froide. Ce tableau a été gravé dans la Galieria di Firenze.
Musée de Turin. — Bacchante. Une femme couronnée de pampres, vêtue d'une draperie rayée qui se noue sous sa gorge puissante et qui laisse à découvert ses épaules charnues, se penche, en souriant et d'un air légèremenl avinée, vers un jeune garçon gras et nu, assis à ses côtés; elle lui appuie la main droite sur l'épaule, et tient de l'autre main un flageolet. L'enfant, ayant à la main un papier de musique.se retourne vers la bacchante. Un réalisme joyeux éclate dans cette peinture, qui nous paraît tenir à la fois de Castiglione et de Strozzi. Elle a été gravée par I'. Girardet dans le troisième volume de la Galkria di Torino. Elle se voyait autrefois au Palaislîoyal, à Gènes.
OEUVRE DE DOMEXICO
Domenico Piola est un des peintres les plus féconds de l'école génoise. Ratti a donné une longue liste de ses ouvrages; il nous sufûra de mentionner les plus remarquables parmi ceux qui subsistent dans les églises de Gênes restées ouvertes au culte et dans les palais.
GÈNES. — Saint Ambroise : le Repos en Egypte, énorme toile cintrée, peinte dans un style assez vigoureux; les ombres ont malheureusement poussé au noir; on ne distingue plus guère que la Vierge avec l'Enfant Jésus debout sur ses genoux, vêtu d'une sorte d'écharpe blanche et étendant la main vers un ange qui descend du ciel. — A l'Annunziata del Guastato, outre les fresques dont il a é'.é question dans la notice, on voit les toiles suivantes : la Salutation angélique, les Miracles de saint Diegue (en trois tableaux), la Pr^rfîcoiî'ore de saint Jean. — Saint Francois-
Xavier(rue Balbi) : deux traits de la vie du patron de l'église ot la Communion de saint Jérôme (fresque). — Saint-Luc: les sujets principaux des fresques sont le Paradis (coupole), Jahel tuant Sisarrajuditk tuant Holopherne, Jacob méprisépar les femmes, et le Retour de l'Enfant prodigue (pendentifs); les Disciples d'Emmaïis (voûte), et trois scènes relatives à SainlLuc, dans le chœur, dans la tribune etau-dessus de la porte principale. — S. Maria di Gastello ; le Mariage de la Vierge (tableau). — S. Maria di Consolazione : le Martyre de saint Laurent et Saint Nicolas de Tolentin (id.) — S. Maria délia Pace : Saint Pierre d'Alcantara et les Miracles du B. Salvatore (id.) — S. Maria de' Servi : Sainte Barbe, la Mort de sainte Jeanne Falconieri et Saint Philippe Benizzi (id.) — S. Maria délie Vigne : une Piela et la Vierge avec saint Jean V Evangéliste et saint François de Paule (id.); l'Immaculée Conception, des Prophètes et des Sibylles, fresques de la chapelle de la Vierge. — Saint-Philippe de Néri : Sainte Catherine de Gênes ei un Miracle opéré parles reliques de saint 7<>a)ifow (tableaux àl'huile). — Saint-Sébastien; deux fresques relatives à ce saint martyr. — S.Siro : les Actes de saint Gaétan, en trois tableaux, et saint Gaétan en gloire, fresque de l'une des voûtes. —Palais-Royal : hFeslin offert par le sultan Mahomet IV à Agostino Durazzo, ambassadeur de la République génoise. — Palais Adorno : Vénus et les Amours, Bacchus et des Satyres, frises. — Palais Balbi : les Saisons, les Arts libéraux, Hercule triomphant des Vices, fresques; le Sauveur, tableau à l'huile avec des fleurs peintes par Gamoggi. — Palais Cambiaso : Janus remettant les clefs de son temple à Jupiter (voûte de la grande salle). — Palais Durazzo : une belle fresque représentant Apollon et les Muses, et plusieurs tableaux à' Enfants. — Palais Gavotti : l'Espérance et la Charité, plafond, et trois tableaux représentant des sujets religieux dans des guirlandes de fleurs peintes par Gamoggi. — Palais Brignole-Sale : un Enfant assis sur un globe. Saint François, Saint Jean-Baptiste (tableaux). — Palais Pallavicini (rue Garlo-Felice) : un Saint Jérôme et une Vierge avec l'Enfant Jésus et les angci (id.) — Palais Spinola (rue Neuve) : les Veriîis (dessus de porte). — Palais Spinola (place délia Pelliceria) : la Charité romaine et Homère dictant ses poésies (dessus de porte). — Galerie de l'Académie ligustique : ht Charité, Saint Bernardin de Sienne en gloire (autrefois à l'Annunziata) , Jésus enfant (entouré d'une guirlande de fleurs par S. Gamoggi).
S. PiER d'ARENA. — Église paroissiale : Saint Martin partageant son manteau ave- un pauvre (fresque).
PonTO-MAURizio. — Église paroissiale : la Crèche.
San-Hemo. — Église Saint-Llienne: LaVicrgc et des saints .
Savone. Cathédrale : fresques de la chapelle des
Balbi. — Église Sainte-Anne : le B. Simon Sloc/,-. — Église des Thérésiennes : Saint Jean de la Croix,
VoLTni. — Église S. Erasme : les Ames du purgatoire cl Sainte Catherine de Gênes.
Musée de Turin. — Saint Paul (demi-Dgure).
Plaisance. — Église S. Maria di Toricella : Vlnimaculte Conception (voûte du chœur).
Asti. — Cathédrale : Sujets relatifs à la Vierge, fresques du sanctuaire.
Musée du Louvre. — Un dessin à la sanguine représentant un jeune homme à genoux, la main appuyée sur la poitrine.
Domenico Piola a exécuté une quantité considérable de dessins; sa famille en conservait plus de quatre mille à l'époque 01! écrivait Ratti (1769). Tasnière a gravé une
centaine do pièces d'après Domenico. D'autres gravures ont été e.xécutées par Uonacina, Desbois, Bianchi, etc.
oeuvre nu PAOLO-GIROLAMO.
Gènes. — Les peintures décoratives les plus importantes de Paolo Girolamo sont à l'église Sainte-Marthe ; les principaux sujets sont : Saint Benoit porté au ciel par ses Vertus (voûte précédant l'entrée principale) ; la Madeleine réprimandée par Marthe et Marthe priant Jésus de ressusciter Lazare (nefs latérales); de.s Saints Bénédictins et dos Chœurs d'Anges (voûte.) — Église S. Maria di Consolazione : le Baptême desainl Auguslin,\mo des compositions les plus riches de l'auteur, et Jésus remettant les clefs de l'Eglise à saint Pierre (fresques). — Eglise S. Sauveur : VAssomplion (tableau).— Palais Durazzo,(rue Balbi) : le Parnasse, cité dans la notice, et un autre plafond représentant Janus remettant à Jupiter les clefs de son temple.
FRANCESCO-MARIA BORZONE
NÉ en 162:)
• MOBT EN 1079.
C'est en France que Francesco-Maria Borzone, fils de Luciano, a passé la plus grande partie de sa vie et qu'il s'est fait connaître pour son habileté à peindre le paysage et la marine. Dans une notice consacrée au peintre flamand Jean Daret, qui florissait à Aix en Provence, vers le milieu du xvi* siècle, M. J.-F. Porte ' raconte que cet artiste « reçut l'ordre de se rendre à la cour avec Bourgoin, artiste italien, pour peindre le château de Vincenncs. » Ce Bourgoin n'est autre que notre Borzone, qui exécuta en efl'et, dans celte demeure royale, un grand nombre de marines et de paysages.
Aix, résidence des gouverneurs et de la noblesse de Provence, siège d'un parlement et d'une cour des comptes, était une ville opulente oîi les sciences, les lettres et les arts étaient cultivés avec un certain éclat. Placéasur la route d'Italie, elle était sans cesse visitée par des artistes qui se rendaient dans ce pays ou qui en venaient, et elle en retint plusieurs.il y eut, parmi ses gentilshommes, des amateurs d'art des plus zélés, entre autres Boycr d'Éguillcs qui fit graver les plus beaux tableaux de sa riche collection, par Jacques Goelemans et Sébastien Barras, et qui lui-même en reproduisit quelques-uns. Une des gravures de S. Barras représente une Tempête « d'après le tableau de Fran. Boulion de Gènes. » Boulion est encore une traduction française de Borzone.
Les biographes ont ignoré jusqu'ici le séjour de Francesco-Maria à Aix. De Piles dit que cet artiste, après s'être formé sous la direction de son père Luciano, adopta une manière à la fois pleine d'effet et de douceur, qui tient de celle du Guaspre et de celle de Claude et qu'il fut appelé en France par Louis XIV. Il ajoute qu'il exécuta de nombreuses peintures au Louvre et à Vincenncs. On admirait surtout neuf paysages, d'une fraîcheur et d'une vérité extraordinaire, qu'il avait exécutés à l'huile dans la salle d'entrée des Bains de la Reine, dont le plafond avait été peint à fresque par Romanelli. Ces ouvrages ont malheureusement disparu avec la partie du Louvre qu'ils décoraient. Il en est de même des paysages et des marines du château de Vincenncs, ainsi que de sept ouvrages du même genre dont l'artiste avait décoré les lambris et les trumeaux d'un salon de riiôtel du président Anielot de Biseid (devenu par la suite l'hôtel de Hollande;.
Admis à l'Académie royale de peinture, en 1663, Francesco-Maria en fut exclu depuis, faute d'avoir présenté, dans le délai réglementaire, son tableau de réception. Il retourna à Gênes en 1679 et y mourut la même année. Il laissa un fils qui était prêtre et que De Piles dit avoir connu secrétaire et surintendant du cardinal de Noaillcs.
Les tableaux de F.-M. Borzone sontexccsjivemîut rares ; beaucoup figurent sans doute dans les galeries sous
' Notices historiques et critiqua sur quelques artistes provençaar. ou qui /Isurirent en Pr.jvcuce, par J.-F. Porte.
40 ECOLE GENOISE.
d'aulrcs noms. Il y avait de lui, dans lo caljinet du duc de Glioiscul, une Chasse au cerf(\m a été gravée par Saint-Germain; c'est une jolie composition, qui ss rapproche plus du style de Bergliem que de celui du Guaspre.
Le Louvre possède un des&in de Fr.-M. Borzone. Les ouvrages de cet artiste en ce genre ont été beaucoup vantés par De Piles.
Le môme écrivain a publié les vers suivants inspirés par les marines de Borzone :
Son pinceau du trident égale la puissance : Il soulève, il irrite, il apaise les flots. On est saisi de crainte ou rempli d'espérance Partout où du Borzon éclatent les travaux.
Un Italien n'eût pas loué plus emphatiquement son compatriote.
Mariette {Abécédaire) a dit des paysages de la salle d'entrée des Bains de la Reine : « Ils ne le cèdent point à ce qu'a peint dans ce genre Salvator Rosa; ils sont aussi chauds de couleur et touchés avec la même fermeté. C'est
dommage que trop exposés à Tair, ils se détruisent tous les jours. »
On lit dans le Voyage pilloresgw; des environs de Paris (1768) : « La Salle des Pages (au château de Vincennes), est ornée de quatre paysages et d'une marine de Borzon. Dans la Salle des dames de la Reine, le môme peintre
il peint douze petits paysages avec des marines Sur les
lambris (de la chambre à coucher do la reine mère), il y a huit petits tableaux de Borzon... Dans le Cabinet d'assemblée, les lambris présentent treize morceaux de Borzon. » Suivant l'auteur de ce môme Voyage, le plafond de la chambre à coucher de la reine-mère, représentant les Vertus théologales, aurait été peint par Dorigny?... N'est-ce pas Daret qu'il faut lire?... Jean Daret a justement gravé à i'eau-forte, en 1658, les Vertus théologales.