VALERIO CASTELLO
KÉ EN tC'ij. — MORT EN Klô'J.
Le hasard qui a réuni au Louvre des œuvres à peu près uniques des maîtres primitifs de l'école génoise n'a pas également favorisé notre musée national en ce qui concerne les peintres qui appartiennent aux époques les plus florissantes de cette école. Sauf Gastiglione et Strozzi, qui y sont représentés par des spécimens, d'ailleurs peu importants, les autres artistes génois y brillent par leur absence. La coUection léguée récemment au Louvre par M. La Gaze a fait connaître à notre public Valerio Gastello. Le Frappement du rocher, bien qu'étant une œuvre secondaire de ce maître, permet néanmoins d'apprécier ses qualités pittoresques. Moïse, en l'obe rouge et manteau bleu, latôte ceinte d'une auréole, est debout au second plan, et, montrant des deux mains l'eau qui tombe du rocher, semble inviter la foule qui l'entoure à se désaltérer. A gauche, au premier plan, un homme, ayant les épaules et les bras nus, reçoit dans une cruche de cuivre le breuvage tant désiré. Près de lui, im chien boit avec avidité. Au milieu, deux jeunes et belles femmes puisent deTeau, l'une avec un vase, l'autre avec une coquille; celle-ci, vôtuc d'une robe gris-violacé, se penche et, soutenant sa gorge de la main gauche, dans une attitude pleine de coquetterie et de grûce, elle se retourne vers une mère assise sur le devant du tableau et qui semble l'implorer pour ses deux enfants. Parmi les autres figures, on remarque, à droite, une belle fille, en jupe bleue et corsage jaune, qui d'une main relève sa robe, et de l'autre soutient un vase posé sur sa tète. Cette composition ne paraîtra pas des mieux ordonnées et des mieux équilibrées, si on la juge au point de vue des règles classiques. Elle a le tort de ne pas assigner au héros principal la place la plus en vue; la vérité historique et la couleur locale n'y sont guère respectées;... mais, la scène a de l'animation ; les nus sont bien éclairés, les carnations ont du moelleux, le coloris est riche et harmonieux. Cela rappelle les bonnes toiles du Bassan et de Gastiglione.
Valerio Castcllo eut pour père Bcrnardo Gastello, l'ami du ïasse et l'illustrateur de la Jcntsalem délivrée' ; mais il ne put profiter de ses leçons, car il n'avait pas cinq ans lorsqu'il devint orphelin-. Après quelques
' Dans la biographie que nous avons consacrée à ce maître, nous avons mal interprété les deux vers suivants d'un sonnet qui lui fut adressé par le Tasse, à l'occasion des dessins qu'il avait faits pour la Gerusalemme liberata : E a miei versi tu da l'auree stslle, Muto poeta di pittor canoro.
Le sens littéral est celui-ci : « Tu as assuré à mes vers un destin doré, û poë;e silencieux d'un peintre sonore. » Nous avons cité dans la biographie de G.-B. Paggi un passage d'une lettre oii cet artiste appelle, lui aussi, la peinture « une poésie muette, » et la poésie « une peinture parlante ».
- Dans sa notice sur Bernardo (I, p. IG'i), Soprani dit expressément que, lorsque ce maître mourut au mois d'octobre 1G29, son fils n'avait pas plus de six ans {quando qucsli mari, Valerio non contava pià che sci anni d'ctà). Il dit de même dans la biographie de Valerio (p. 340) : « Appena giunto alsesto anno délia sua età, perdetle ilpadre. » Or s'il est vrai, comme il le rapporte deux lignes plus haut, que Valerio naquit en tC25, celui-ci ne devait pas avoir cinq ans quand il perdit son père.
études faites sans autre guide que son goût et son imagination, il se plaça sous la direction de Gio. -Andréa de' Ferrari, élève de son père ' ; puis il entra à l'école du Sarzanc ; mais, peu satisfait de la méthode de colorier enseignée par ce maître, il le quitta bientôt, se rendit à Milan oii il s'engoua des peintures des Procaccini, et passa ensuite à Parme, où il étudia avec non moins d'enthousiasme les chefs-d'œuvre du Gorrège. Combinant enfin les styles de ces divers maîtres, il se créa une manière absolument personnelle, lutta Valeriana, suivant le mot de Soprani, qui ajoute que les caractères principaux de celte manière furent l'nnité dans la composition, l'éilergie dans l'expression des sentiments, la vivacité du coloris et la puissance du clair obscur. L'historien de l'école génoise reconnaît d'ailleurs que Valcrio ne s'éleva pointa un rang très-élcvé parmi les dessinateurs et qu'il se contenta de traduire ses pensées en traits spirituels et brillants. Il raconte à ce propos que le célèbre Puget, grand admirateur des peintures du fils de Bernardo, dit un jour à (juclqu'un qui en critiquait devant lui le dessin : « Eii! ne voyez-vous pas que c'est là un peintre qui mérite d'être loué jusque dans ses incorrections ? »
Bien que les œuvres de Valerio ne soient pas rares dans les divers musées d'Europe, c'est à Gènes qu'il faut aller pour se faire une juste idée de la vigueur de ce maître coloriste. Il y a de lui, dans la riche galerie du palais Brignole-Sale, un tableau de V Enlèvement des Sabines qui nous a vivement impressionné. Le mouvement, le désordre de la scène est indiqué avec une extrême énergie ; les ombres ont un peu poussé au noir, mais les parties éclairées n'en ont que plus d'éclat; on remarque surtout une femme qui est renversée, une jambe en l'air, et dont le visage eu raccourci exprime à la fois la terreur et la supplication; une autre, presque nue et vue de face, est saisie par un cavalier cuirassé qui l'enlève dans ses bras. La croupe du cheval est d'un ton superbe. J'aurai fait de cette toile le meilleur éloge, en disant que Rubens n'eût pas hésité à la signer.
Comme peintre de fresques, Valerio Gastello rivalisa d'habileté avec les Garlone et parvint même, suivant Lanzi, à déployer un style plus grandiose que le leur dsius une Annonciation et un Chœur ci'anf/es qu'il peignit sur la voûte de l'église de Sainte-Marthe. Ses peintures de la Présentation aupev/ple, du Portement de croix et de la Résurrection, qui décorent l'église de Santa-Maria in Passione, sont très-expressives. Mais c'est surtout dans les compositions profanes dont il a orné divers palais de Gènes que brillent la richesse de son imagination et la hardiesse de son pinceau. Au palais Balbi, il a peint, sur la voûlc de la grande salle, le Char dio Temps traîné par les quatre Ages de l'homme, et, autour de ce sujet, la. Renommée, la. Fortune et autres personnifications symboliques; il a figuré, dans d'autres salons, les Grâces, Diane, etc. Des perspectives et des ornements d'une invention originale, exécutés par le Bolonais Andréa Sighizzi, complètent cette magnifique décoration. Un des salons du Palais-Royal a été rempli encore par Valerio de compositions allégoriques, dont quelquesunes sont peintes à l'imitation du bas-relief; les perspectives, les arabesques et les feuillages qui les entourent sont dus à Giovanni-Maria Mariani, d'Ascoli.
Valerio Gastello mourut à l'âge de trente-quatre ans. Parmi ses disciples, on distingue : Gio.-Batlista Merano, qui avait commencé à étudier sous Gio. -Andréa de' Ferrari; Bartolommeo Biscaino, qui fut enlevé à vingt-cinq ans par la fameuse peste de 1657, et dont le talent, aussi brillant que précoce, est attesté par de nombreuses eaux-fortes et par des dessins plus noml)reux encore qui ont pris place dans les plus célèbres collections de l'Europe ^; Stefano Magnasco, qui termina sou éducation artistique à Rome et s'éteignit
' C'est seulement dans la biographie de G.-A. de' Ferrari que Soprani dit que ce peintre donna des leçons à V. Gastello. Dans la notice qu'il a consacrée à ce dernier, il ne lui donne pas d'autre maître que le Sarzane.
3 Le musée du Louvre ne possède pas moins de douze dessins de B. Biscaino, provenant des collections de Crozat et de Mariette. Une note de ce dernier, reproduite dans l'Abécédaire publié par MM. de Chennevières et Montaiglon, est ainsi conçue ; « Andréa Semino, dit le Biscaino, est un peintre gracieux dont les dessins sont faits avec un grand soin. Sa coutume était de les rehausser de blanc et de piquer beaucoup la lumière sur les jours. Il choisissait pour cela du papier légèrement teint de couleur. Il y en a ici (dans le cabinet de Crozat) de fort beaux et qui sont très-bien conservés. » Le renseignement est précieux, comme tous ceux tombes de la plume de Mariette; mais Biscaino est le vrai et le seul nom de l'auteur de ces dessins, qui n'a rien de commun avec Andréa Semino ou Semini, peintre du xvi° siècle.
Une Nativité, de B. Biscaino, dessin à la sanguine, estompé et rehaussé de blanc, provenant de la colleclion de Mariette, a été payée 294 livres à la vente de Ilandon de Boisset (1777) et 400 livres à la vente du prince de Conti (même année).
Les tableaux de Biscaino sont rares] : un des meilleurs qu'il ait exécutés, Saint Ferrando implorant la Vierge pour les estropiés, se voyait autrefois dans l'église du S. Spirito, à Gènes. Le palais Spinola (pia/.za di Pelliccria) possède une Adoration
ECOLE GENOISE.
prématurément, lui aussi, après avoir exécuté pour sa ville natale plusieurs tableaux, dont le plus estimé est la Mort de saint Joseph, à l'hôpital de Pammatonc '.
MusfcB nu Louvre. — Le Frappement durocher, de la collection La Caze, a orné les cabinets de Grégoire Page, à lilaky, et du duc de Praslin; il a figuré en 1806 à la vente Lel)run, où il a été adjugé pour la modique somme do 'm fr.
Musée diî Bordeaux. — La Peinlure et la Musique, trèspetites toiles qui proviennent de la collection du marquis de Lacazp. Ce dernier amateur no doit pas être confondu avec le docteur Louis La Caze qui a légué son cabinet au Louvre.
Musée DE Rouen. — La Sainte Famille.
Musée de Caen. — ■ La Chute de Simon le Magicien, provenant de la collection de l'émigré Millioti. Musée de Nancy. — Le Christ au tombeau. Musée de Nantes. — La Vierge, l'Enfant Jésus et saint Jean.
Aix, en Provence. — Un tableau de V. Castello, provenant delà collection deBoyerd'Ëguilles, célèbre amateur do la fin du xvu" siècle, est passé dans la riche galerie que .M. Bourguignon de Fabregoule a léguée au musée d'Aix, il y a quelques années.
Musée de l'Ermitage. — Cinq tableaux.
Gênes. — Église Saint-Etienne : le Massacre des Innocents
et les Rois Mages, tableaux laissés inachevés par Valerio et terminés par son élève 6.-B. Merano. — Oratoire de S. Giacomo délia Marina : la Vocation de saint Pierre el le Baptême de saint Jacques. — Église de Saint-Ambroise : trois sujets de la Vie de saiytt François-Xavier'Jrcsqaes). — Hôpital de Pammatone : le Sommeil de l'Enfant Jésus. — Palais Brignole-Sale : le Songe de saint Joseph, et une Nativité. — Palais Cambiaso : le llcpas chez le pharisien. — Palais Gavotti : la Sainte Famille et saint François. — Palais Peloso : Moïse sauvé des eaux et Salomon adorant les idoles. — Palais Pallavicini (place des Fontane amorose) : Judith coupant la tête à Holopherne. — Palais Spinola : le Mariage de la Vierge. — Palais Uurazzo : Abraham recevant les anges. — Académie Liguslique : une Sainte Famille et une Madeleine.
Alearo. — L'église Saint-Martin, où V. Castello fut baptisé et enterré, a été ornée par lui de fresques représentant Y Assomption et les Evangélistes.
Musée des Oi'-pices. — U Enlèvement des Sabines; inférieur au tableau du palais Brignole-Sale.
A la vente de la comtesse de Fourcroy, en 1810, un tableau de Valerio, Abraham recevant les anges, a été payé 200 fr. Un Christ pleuré par la Vierge et les anges a figuré dans la célèbre galerie Fesch.
GIOVANNI-BATTISTA LANGETTI
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