‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 11 sur 136 · C.METTAL · texte numérisé non relu

C.METTAL

MARTVIIK OE S A INI t C A T 11 K 11 I .\ t. (Musée Brera, Milan).

QELANGLL.

dans l'ârne d'un peintre, d'aussi grandes influences. Il ne retrouva son assiette que sur le théâtre de ses premières inspirations, dans l'église de Varallo, où il lui restait à finir les fresques de la vie du Christ, et à représenter en ronde-bosse le drame du Calvaire, point central vers lequel convergeaient toutes les peintures. Rendu à l'intimité de sa dévotion, loin du paganisme qui envahissait alors l'école romaine, il revint à son naturalisme si fort et si expressif, non 'toutefois sans laisser voir, çà et là, quelques réminiscences des trois grands maîtres qui l'avaient instruit ou dominé. Le beau type des Vierges de Raphaël reparut dans ses figures de jeunes femmes, un peu plus court, j'allais dire plus épais; ses tètes de vieillards rappelèrent celles du Vinci, dont nous avons de si nombreux dessins, et si admirables, représentant des têtes que la vie a sillonnées de rides profondes, mais en qui l'intelligence résiste aux ravages du temps et donne une signification aux plis du front et des paupières, aux accents de la bouche, à l'attendrissement des tempes. Enfin, la violence de certains mouvements fiers sembla lui avoir été suggérée par le souvenir de Michel-Ange. Mais ce qui appartient en propre à^audenzio, c'est la verve d'invention dont témoignent l'ordonnance de tant de figures et leur mouvement, et l'incroyable variété qui nuance l'expregsion de la commune douleur, douleur indignée chez les uns, consternée chez les autres, grave ou expansive, passionnée ou recueillie, selon les tempéraments, selon les degrés de la componction et de l'amour. Çà et là, mêlés au groupe des femmes, quelques petits enfants sourient à une tragédie qu'ils ne comprennent point, tandis que des enfants plus âgés pleurent de saisissement ou poussent des cris de terreur.

Qualités ou défauts, Gaudenzio Ferrari est tout entier dans la vaste composition de ce Crucifiement. On y leconnaît le goût douteux et légèrement tudesque d'un peintre qui attache une importance excessive aux costumes, sauf à mêler ceux des Italiens de son temps à ceux des Juifs représentés en turbans rehaussés de plumes, comme des musulmans à la parade. Non-seulement l'artiste a mis de la recherche dans ses costumes, mais il s'est complu aux accessoires, aux détails. Là où Raphaël eût généralisé le vêtement jusqu'à en faire une noble draperie, Gaudenzio le particularise au point d'y accuser naïvement, d'y étaler même les costumes milanais du seizième siècle, les pourpoints à bouffantes et à crevés, avec chaînes, colliers et bijoux, les armures damasquinées, les magnifiques caparaçons, les harnais ouvragés, enrichis d'or et de pierreries. Et, de même que presque tous ses habillements sont des modes , presque tous ses personnages sont des portraits. On remarque dans le nombre celui de Charles-Quint à cheval, suivi d'une escorte de fantassins et de cavaliers. Revêtu d'un manteau pourpre et couvert d'un bonnet garni de plumes flottantes, il appuie son sceptre sur sa cuisse avec la hauteur et la dignité du commandement. Auprès de lui, marche un de ses généraux, Philippe Tornielli, qui était l'ami de Gaudenzio, et dont l'image avait été placée là par reconnaissance. Étant venu visiter le Varallo, en 1525, Tornielli avait su intéresser l'empereur à l'achèvement des peintures et des sculptures de l'église, (jui, pour la troisième fois, allaient être interrompues faute d'argent. A ces portraits, l'artiste joignit le sien propre et celui de Pellegrino de Modène, son camarade, qu'il représenta au naturel, avec ses cheveux rouges, sa barbe courte et crépue, et en habit de pèlerin, par allusion, sans doute, nu nom de Pellegrino. Quant aux chevaux, qui constituent la pompe du cortège, ils ont des allures assez naturelles, mais leurs formes sont boudinées et un peu carton. Ils manquent de cette vérité qui manque aussi aux chevaux de Raphaël, mais sans racheter ce défaut, comme les coursiers de V Attila, par une héroïque animation, par un style fier.

Et pourtant cette immense décoration, moitié peinte, moitié sculptée, forme un ensemble imposant, un spectacle à la fois pompeux et passionné, qui frappe l'imagination, agite le cœur et fascine les yeux de la foule par l'illusion presque effrayante que produit le mélange de la plate peinture avec des statues coloriées... Colorier des statues! C'est là sans doute un procédé qui touche à la barbarie, mais comment y échapper si l'on veut mettre quelque harmonie entre les sculptures et les fresques? Logique dans ses erreurs, Gaudenzio imagina d'ajouter aux colorations naturelles de la chair, des poils véritables, des chevelures et des barbes rapportées; abominable licence qui fait tomber l'art, de sa sphère élevée dans une imitation grossière et d'aifieurs impossible, et qui, au lieu de figures vivantes de la vie idéale, ne nous donne que des spectres jouant le mensonge de la vie réelle !

GAUDENZIO FERRARI (14S4). 7

La renommée de Gaudenzio, si retentissante dans sa province, n'en passa point les frontières. Aucun tableau de lui peut-être ne serait venu en France, si François I" n'eût possédé un instant le Milanais et connu à Milan Léonard de Yinci et ses élèves. Lomazzo, dont les éloges ont largement compense, à l'égard de son maître, le silence de Yasari, nous apprend que François l" acheta une peinture de Gaudenzio, l'Enlèvement de Proserpine. Ce qu'est devenu ce morceau, nous l'ignorons, et il n'en reste pour nous que la description animée de l'écrivain. Le Saint Paul qui est au Louvre et qui, selon Baldinucci, fut peint en

f. L R R A 1^ 1 CONCERT D'ANGES. Musée de Naples.)

concurrence avec Titien, ne saurait donner une idée suffisante du talent expressif et dramatique de Gaudenzio, de son savoir, de son dessin, qui reste mâle et résolu, tout en poursuivant l'intimité du détail, de sa manière de traiter la fresque avec la consistance et les empâtements de la peinture à riniile, enfin de son coloris exalté qui entre violemment dans la mémoire et n'en sort plus. Un de ses derniers et de ses plus beaux ouvrages, le Martyre de sainte Catherine, qui est au Musée Brera, nous fit une impression qui se traduisit en ces termes sur notre calepin de voyage : « La sainte est agenouillée entre deux roues qui; vont tourner deux bourreaux dont l'un, en habit vert rayé d'orange, vu de dos, la tête renversée en arrière, est d'un relief prodigieux. Tout le tableau est d'une étonnante exécution; c'est une peinture serrée, précise, violente : une fanfare de tons. éclatants. Pas de perspective; les fonds sont aussi faits que les devants. Trois figures de femmes, témoins éloignés du supplice, sont finies avec autant d'énergie que le

reste. Le lableau semble peint d'hier et peint à l'emporte-pièce. Gaudenzio fait de la couleur à outrance. Si c'était un chanteur, on dirait qu'il a donné son ut de poitrine [De Paris à Venise). »

Le goût, c'est la qualité qui fait le plus souvent défaut à Gaudenzio Ferrari. Ni les fréquentations de Léonard ni l'influence de Raphaël n'ont pu le polir assez pour faire disparaître complètement ce qu'il y avait en lui de lourdeur native. Entre le peintre de la Joconde et le peintre de l'École d'Athènes, il a quelque peu l'itir d'un paysan civilisé, qui, de temps à autre, trahit sa primitive rudesse. A Verceil, par exemple, dans une Nativité de la Vierge qu'il peignit pour les frères Gorradi, il a représenté sainte Anne assise sur sou séant dans son lit et mangeant un œuf à la coque ! A cela près, les figures de ce tableau et celles d'une autre Nativité de la Vierge qui est à Milan dans la maison San Giuliano, sont naïvement gracieuses, bien que pesamment, et sans avoir la désinvolture charmante des femmes d'Andréa del Sarto, elles se meuvent avec une élégance flère et forte qui est tout près du grand style. Quelquefois il abandonne le costume pour la pure draperie, comme on le voit dans les beaux groupes d'anges qu'il peignit en 1535, à la coupole de Saronno, et alors ses plis sont toujours motivés, toujours savamment conduits , mais moins délicatement cassés que ceux du Pérugin. Il ne s'y trouve d'ailleurs aucun imprévu, aucun de ces traits que la nature fournit à qui sait la voir vite au passage et la saisir. Ces anges de Saronno, plus grands que nature et qui jouent de tous les instruments de musique imaginables, composent un ensemble magnifique et varié, un noble concert de figures, une belle harmonie de lignes, de formes et de mouvements.

Gaudenzio Ferrari ne se maintint pas jusqu'au bout à la même hauteur. Quelques années avant sa mort, qui arriva en 1549, à Milan, il laissa voir dans son talent une décadence sensible, et si on le jugeait sur ses derniers ouvrages, notamment sur les fresques de Santa-Maria délia Pace , transportées au Musée Brera, on ne lui accorderait point la place qu'il mérite d'occuper parmi ces maîtres qui, n'ayant pas eu le nescio quid divinum, sont restés à la fois très-loin et très-près du rang suprême.

CHARLES BLANC

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Toutes les œuvres de Gaudenzio P'errari ont été gravées au trait massé, dans un bel ouvrage grand in-4°, publié par Gaudenzio Bordiga, et dont nous avons parié.

Musée du Louvre. — Saint Paul en méditation. Ce lableau, selon Baldinucci, fut fait en concurrence avec le Titien.

Musée Brera, à Milan. — Le Martyre de sainte Catherine. Au moment où la sainte à genoux va être rouée par deux bourreaux, un ange descend la couronner.

Dans ce Musée, onl été transportées les fresques colossales peintes par Gaudenzio dans les églises Sainte-Mariedes-Gràces, Sainte-Marie délia Pace et Saint-Nazaire. Ces fresques, au nombre de quatorze, sont relatives à l'histoire de Joachim et de Marie.

Chez les comtes San Giuliam, à Milan. — Une Nativité de Marie. Ce tableau est une variante de celui dont nous parlons plus bas, et la composition en est meilleure.

Au PALAIS Andream, — Une Madone qui caresse l'Enfant.

Maison Taverna, à Milan, une autre Nativité de Marie, dont une répétition a été gravée par J.-B. Bailly.

Chez Giambatista Monti, de Milan, existaient, en 1821, trois tableaux mentionnés par Bordiga : 1° la Vierge avec saint Joseph et saint Antoine, abbé; i" saint Roch: 3° saint Sébastien, attaché à un arbre.

A Verceil, dans l'église Saint-Cristoplio, le Crucifiement.

AVarallo, dans l'oratoife de Sainte-Pétronille, sainte Pétronille en pied, gracieusement drapée, un livre à la main.

Dans l'église des Franciscains (Pères mineurs de l'Observance), la ^ie de Jésus-Christ, en vingt et un tableaux, et faisant suite à ces tableaux, une représentation du Crucifiement en figures sculptées de ronde-bosse, au nombre de vingt-six et de grandeur naturelle.

Musée du Capitole, à Rome. — La Femme adultère. Ce lableau était autrefois dans le palais du prince Pio.

A Saronno, dans la voûte de l'église, un admirable concert d'anges jouant de tous les instruments de musique connus.

C'est un des plus beaux ouvrages du maître.

Dans la même église sont quatre tableaux de Gaudenzio, peints en 11543 : la Formation d'Eve, le Premier péché, Adam et Eve chassés du paradis, Adain et Eve condamnés au travail.

A GÈNES, dans l'église Saint-Jacques, la Visitation, tableau, dit Soprani, digne de Raphaël.

A Thaona, dans la Valtelino, le Couronnement de la Vierge.

AMorbegno, dans une église changée en caserne, la Nativité encore assez bien conservée.

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