NE EN U8S
MORT EN 153t.
rorsnnr étendu. Il suivit de
Cesare da Sesto a pris son nom de la petite ville de Sesto, dans le duché de Milan, où il était né vers 1485. Son destin était de continuer Léonard de Vinci et de suppléer, en quelque manière, à la rareté des ouvrages de ce grand homme, en ?e pénétrant de son esprit, en parlant le même langage, non pas comme un imitateur qui répète, mais commet un disciple qui comprend. Cesare fut en effet le disciple de Léonard; il eut la bonne fortune d'entrer dans cette Académie où pour la première fois on entendit un grand peintre enseigner à des élèves les principes de son art; leur dire que I(î beau a des lois et qu'il est inséparable du sentiment de la vie; leur inspirer l'amour de la nature et l'amour de l'expression, et leur apprendre, par son propre exemple, comment on peut trouver l'idéal au plus profond de la réalité et en dégager une exquise poésie.
Plus docile que Gaudenzio, moins abondant que Luini, Cesare da Sesto n'eut pas autant de personnalité ni un horizon
plus près les enseignements de son maître, et, peu jaloux de se distinguer
par la fécondité de l'invention, il s'en tint à un petit nombre de motifs et les reproduisit avec le sentiment que Léonard y aurait apporté, ou à peu près, restant fidèle à sa manière tant qu'il n'eut pas quitté le Milanais pour entrer dans le rayonnement d'une autre influence. « Quelle fut la portion de l'héritage du maître que Cesare da Sesto exploita de préférence? » dit M. Rio'. La réponse à cette question se fait par voie d'exclusion. Il ne s'attacha ni à la reproduction des compositions symboliques ou mythologiques, comme François Melzi; ni à celle des Saintes Familles, comme Salaïno; ni à celle du fameux Cénacle, comme Marco d'Oggione. Il ne se fit pas non plus l'émule de Beltraffio pour scruter et saisir la physionomie humaine et la traduire finement ou énergiquement sur la toile ; mais, combinant ses propres inspirations, dont le cercle paraît avoir été assez restreint, avec celles qui lui venaient tant de son sujet que de l'école de Léonard, il se fraya une route à part, route souvent éclairée par la grande lumière qui avait brillé pour lui comme pour les autres, roule qui se trouva quelquefois tracée d'avance, mais dans laquelle il sut néanmoins conserver une certaine liberté d'attitude et de mouvement. »
On ne peut dire dans quelle partie de l'art Cesare da Sesto a été particulièrement habile. Le dessin, la couleur, le clair-obscur, il a mené de front ces trois moyens; il a eu tout à la fois un coloris précieux, un dessin fin et fier, et le talent de faire tourner, de faire saillir les formes sur la toile par les dégradations de la lumière. Comme son maître, il connaissait à fond l'anatomie de l'homme et ses proportions (telles qu'on les enseignait alors), la théorie de ses mouvements, le jeu de ses muscles; il paraît même qu'il avait fait, lui aussi, une étude approfondie du cheval, car on rencontre, dans les grandes collections, des dessins de lui qui sont le plus souvent attribués à Léonard de Vinci, tant il s'y trouve de savoir, de feu graphique et d'expression. Lomazzo, qui posséda jusqu'à six mille tableaux ou dessins, la plupart sans doute de sa chère école milanaise, Lomazzo décrit un dessin de sa collection sur lequel Cesare da Sesto avait esquissé à merveille un saint George à cheval, retenant avec force sa monture, qui se cabre épouvantée à la vue du dragon. C'est ainsi, dit-il dans son style animé, que veulent être dessinés les chevaux : il faut qu'on les entende hennir, qu'on les voie frémir et bondir au son des trompettes, lorsque le sentiment du péril les saisit et les enivre, et que le peintre a quelque chose de semblable à représenter '. Nous avons vu, non pas le dessin même, mais les premiers croquis, les premières pensées, comme l'on dit, de ce saint Georges : c'étaient des griffonnements admirables où déjà l'on pouvait lire les traits significatifs que l'artiste cherchait du bout de sa plume, et il nous est arrivé plusieurs fois de les regarder avec un plaisir infini, plus heureux en cela que ne l'avait été Lomazzo, qui, devenu aveugle à trente-trois ans, ne pouvait plus contempler sa galerie qu'avec les yeux de la mémoire '.
Cesare da Sesto n'était pourtant pas de ces artistes qui jettent leur feu dans une esquisse et qu'entraînent des inspirations rapides, bientôt refroidies. Il aimait son œuvre d'un amour profond, persistant, infatigable. L'art était dans son âme comme une musique charmante, mais sans éclat, sans fanfare, comme une succession d'accords en mineur qui se prolongeait doucement et ne cessait de se faire entendre. Il se préparait de longue main à ses peintures par une suite de dessins où il perfectionnait graduellement sa pensée, et, une fois arrêtée, il l'exprimait amoureusement sur la toile, sans faiblir, sans éprouver jamais les subites lassitudes et les dégoûts qui ont si souvent empêché Léonard de mener à fin ses ouvrages. L'invention, nous l'avons dit, n'était pas le côté brillant de Cesare da Sesto; ses motifs n'avaient rien de bien nouveau, et il s'inquiétait peu de leur nouveauté. Une madone entourée de
' De l'Art chrétien, par M. A. -F. Rio, nouvelle édition, entièrement refondue. Paris, Hachette, 1861.
« Cosi vogliono essere rappresentati in atto che paja che anitriscano, sallino, e grillino al suon délie trombe, e negli spaventi e pericoli si gli ha da date semblante, e moto di paura e di spavento, corne si vede nel cavallo di S. Giorgio di Cesare
da Sesio mentre s'accosta al dragone Del quale io n'ebbi già un disegno, con altri diversi di Leonardo. Trattato délia
Pittura.
' Ces croquis, dignes en effet de Léonard, se trouvaient dans la collection si riche, et sitôt dispersée de notre ami M. Adolphe Thibaudeau. Un de ces merveilleux griffonnements est aujourd'hui entre les mains de M. Emile Galichon.
saints ou recevant l'adoration des Mages, le groupe toujours intéressant que forment un vieillard, une mère, et son enfant qui joue avec un autre enfant.... cela lui suffisait. Mais quelle grâce il savait y mettre! Cette grâce n'était pas, comme celle de Luini, pleine d'onction et de tendresse; c'était une grâce plus terrestre que divine, et qui même semblait avoir un fond de naturalisme païen. Le type de ses têtes ovales était à peu près celui de Léonard. Il aimait à leur donner, à l'exemple de son maître, un sourire ébauché, fin et doux, des pommettes proéminentes, et ce caractère légèrement faunesque dont on retrouve l'expression sculptée dans quelques marbres antiques représentant des Sylvains, et l'expression écrite dans une épigramme de l'anthologie grecque sur le sourire de l'Amour. Mais ce qui est vraiment digne d'éloge dans le premier style de Cesare da Sesto, c'est qu'il sut éviler l'écueil où se perdent toujours les
PAQUIER.. D
CESAB.I DA CtSTO. P.
HEBODIADE.
.imitateurs. Je veux dire qu'il se garda sagement de dépasser la limite qui sépare la douceur de la fadeur et la grâce du maniérisme. Cette remarque a été faite avec justesse et fort bien exprimée par M. d'Azeglio : « Léonard, dit-il, archétype de la grâce, dont il fut en Italie le premier amant peut-être, comme Praxitèle l'avait été jadis parmi les Grecs, inspira le sentiment qui l'animait à tous les maîtres de la Lombardie, depuis le Corrége jusqu'à Luini, depuis Sesto jusqu'à Schidone, qui, le dernier de tous, se maintint sur cette ligne indéfinie et indéfinissable, où la grâce dégénère en mignardise et la mignardise en afféterie'.
La Sainte Famille qui est dans la galerie royale de Turin et que nous connaissons par une très-faible gravure, et celle du musée Bréra que nous avons vue, sont des ouvrages où Cesare da Sesto, jeune encore, a conservé la manière de Léonard sans se réduire pourtant au rôle de pur imitateur. A celte époque de sa carrière se rapporte aussi un morceau dont Vasari a fait mention, le Baptême du Christ qu'on voit à
' Leonardo, arclielipo délia grazia, di cui, corne Prassitele 'era forse il primo vaggheggiatore, tuUi ne suffuse i maeslri délia Lombardia, dall' AUegri al Luini e dal Sesto allô Schidone, che, ullimo, seppe contenersi net limite indefmibile ed indefinito ove alla grazia sotlentra il lezio, e al lezio le smorfia. La Reale galleria di Torino, dal mairhese TapparelU d'Azeglio. . .
i ÉCOLE ITALIENNE.
Milan, dans le palais des ducs Scotti Galanti. Les hésitations de la jeunesse y sont rachetées par le charme involontaire qu'elle met en toutes ses œuvres. La scène se détache sur un paysage riant et fleuri qui est de la main d'un peintre célèbre en ce genre, le Bernazzone, très-habile à peindre les animaux des champs, les oiseaux, les plantes aquatiques et les fleurs... eccellentissimo a far paesi, erbe, animait, e altre cose terrestri, volatili et acquatici, dit Vasari. Ce même Bernazzone peignit sans doute le paysage qui sert de fond à la Sainte Famille de Turin, timide variante de ces vierges adorables que Léonard fit descendre du paradis sur la terre. Jésus et saijit Jean jouent comme des agneaux sur la prairie ; l'un bénit l'autre, et leur ^inte récréaiion excite une joie maternelle que ne trouble encore aucun pressentiment, aucune ombre de mcîlancolie.
Quant à la Sainte Famille du musée Bréra, c'est un tableau qui nous est resté dans l'esprit comme une peinture charmante, fondue, et presque entièrement dans le style du Yinci. Par malheur, ce qui appartient eu propre à Cesare da Sesto, dans cette peinture, c'est justement ce qu'il y a de légèrement défectueux. L'enfant Jésus, debout sur les genoux de la Vierge, un pied dans la main de sa mère, se penche vers le petit saint Jean et le bénit d'une bénédiction qui est une caresse. La Vierge leur sourit avec amour ; saint Joseph les contemple plus gravement, et un autre saint, Joachim peut-être, courbé sous le poids de la vieillesse et appuyant sur un bâton ses mains décharnées, suit des yeux le mouvement de ces deux petits enfants, et son regard plein de joie, plein de tendresse, brille comme le regard d'un aïeul dont l'afl^ection devient plus vive à mesure qu'elle descend. Mais là où Léonard de Vinci aurait poursuivi le rendu des extrémités avec une délicatesse curieuse, avec une précision élégante, exquise, Cesare da Sesto s'est trahi par un dessin tourmenté qui s'écarte de la vérité naturelle et de la beauté. Les mains ridées, tordues et disloquées de saint Joseph ne semblent pas être les siennes et sont d'un homme plus âgé qu'il ne paraît. Il manque aussi de la distinction aux draperies de la Vierge dans les plis que leur imprime l'écartement des genoux, et que l'on dirait ajustés de pratique, sans étude et sans goût; enfin le contour de ces plis est accusé avec un peu de sécheresse, à la façon germanique. En revanche, l'Enfant Jésus est une figure de la grâce la plus aimable. Par la morbidesse de ses membres nus, par le choix de ses formes enfantines, par un certain raffinement dans le dessin, cette figure est digne d'être attribuée à l'un des deux grands maîtres que Cesare da Sesto a aimés jusqu'à l'imitation, Léonard de Vinci et Raphaël.
Raphaël, dis-je, car il en fut de Cesare comme de Gaudenzio Ferrari et de Luini ses condisciples, il passa un instant sous la domination du peintre d'Urbin. En 1514, au moment où Léonard de Vinci quittait Milan pour aller chercher à Rome un théâtre désormais plus digue de son génie, Cesare da Sesto fit aussi le voyage, non pas toutefois avec son maître, qui était emmené par Julien de Médicis, frère du Pape. On sait l'accueil qui attendait à Rome Léonard, soit qu'il n'eût pas été compris, soit que Léon X eût été prévenu contre lui par les amis de Michel-Ange. Sesto n'était pas de ceux qui portent ombrage. On le reçut avec bienveillance dans l'école romaine, et Raphaël l'eut bientôt pris en amitié; c'est Lomazzo qui l'affirme. Il faul croire môme que Cesare ne tarda pas à se faire dans Rome une situation assez haute, puisqu'il est de tradition que Raphaël lui dit un jour : a N'est-il pas étrange que, liés comme nous le sommes, d'une si étroite amitié, nous n'ayons en peinture aucun ménagement l'un pour l'autre? » Il est certain que Jules Romain, Pieriuo del Vaga, le Fattore, entraînèrent le peintre milanais dans le cercle de leurs influences, et que la vue des Chambres élargit ses idées sur la composition. 11 admira cet art particulier à Raphaël de compliquer ses ordonnances d'un grand nombre de figures, de les peupler sans encombrement, de les pondérer sans symétrie. L'exemple des peintres romains et de l'antique, dont ils étudiaient les œuvres, l'accoutuma bientôt à considérer le nu comme n'ayant rien en peinture d'ofl"ensaut pour la pudeur. Il comprit que la prétendue chasteté de certaines draperies accusait une intention moins décente encore qu'une nudité naïve. Enfin, il se trouva suffisamment à l'unisson pour être un collaborateur désirable. Il ne paraît pas cependant que Raphaël l'ait pris pour aide, comme il le fit de Gaudenzio, mais il est sûr que Cesare fut associé aux travaux de Balthazar Peruzzi, lorsque cet illustre peintre fut chargé de décorer la citadelle d'Ostie. Que Peruzzi, artiste supérieur, ail été surpassé en cette occasion par Cesare da Sesto, cela est peu
vraisemblable ou loiit au moins surprenant. Toutefois, Vasari semble lui faire cet lionneur, honneur insigne, en indiquant une préférence pour les peintures de Cesare comparées à celles de Peruzzi.
De retour dans sa patrie, le peintre lombard, se modifiant de nouveau, revint à son ancienne manière, sans répudier absolument ce qu'il avait gagné à fréquenter Raphaël, une certaine ampleur avec plus d'aisance et de mouvement. Il dirigea tous les efforts de son talent agrandi vers le but suprême de l'art,
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lA VIERGE ET JÉSUS 'Musée de Milan).
l'expression. La ville de Milan était alors désolée par le triple fléau de la terreur, de l'oppression et de la peste. « Les imaginations, dit l'auteur de VArt chrétien., étaient exaltées jusqu'au délire ou affaissées jusqu'au désespoir, et la peinture que trace le chroniqueur Burigozzo des maux et des scènes qu'il eut alors devant les yeux, ressemblerait moins à une page d'histoire qu'à un supplément à VEnfer du Dante. » Implorant les saints auxquels s'adressent toujours les prières des pestiférés, saint Sébastien et saint Roch, la population consternée avait demandé à Cesare da Sesto un grand tableau votif qui devait être placé dans l'église San Rocco, comme un témoignage éclatant de la dévotion populaire et du repentir des pécheurs. Inspiré et porté pour ainsi dire par l'intensité du sentiment public, Cesare da Sesto fit là son chef-d'œuvre.
e ÉCOLE ITALIENNE.
Le tableau est divisé en plusieurs compartiments. Celui du milieu, où il peignit la Vierge avec l'Enfant .lésus et saint Sébastien, qui est un saint particulièrement cher aux Milanais, parce qu'il est natif de Milan, laissait voir une réminiscence de Raphaël, et chacun y reconnaîtrait aujourd'hui une imitation de la Madone de Foligno. Mais les autres parties de la composition furent conçues avec plus d'originalité et conduites avec beaucoup de verve. Abandonnant cette fois ses contours cernés et ressentis, d'un goût suranné, il exécuta sa peinture dans une manière savoureuse, généreuse et corrégesque, et sous l'empire d'une émotion vraie. Ses figures, dont les proportions ne dépassent guère la demi-nature, ont cette rondeur que leur donne la force des ombres dans les milieux et qui était enseignée par Léonard. Plusieurs personnages, tels que saint Roch, saint Christophe, saint Sébastien et saint Jean-Baptiste montraient des nudités qui se détachaient par l'énergie du modelé et par un ton lumineux. Cependant, malgré l'éclat et le relief des chairs, auxquels l'artiste a sacrifié ou subordonné le reste, l'ensemble, enveloppé d'une teinte dorée et comme plongé dans une chaude atmosphère, forme un spectacle harmonieux et adouci qui flatte le regard et touche le cœur. La composition était fermée par deux volets qui étaient peints d'une façon plus libre. L'artiste y avait représenté en pendants les apôtres Pierre et Paul, et les deux saints que la légende met à cheval, saint Martin et saint George.
Les figures de ces deux héros chrétiens, dont l'un, comme le Persée antique, avait délivré une princesse et tué un dragon, étaient de celles que Cesare da Sesto aimait à peindre. 11 y trouvait une occasion de satisfaire son goût pour la représentation des chevaux, de montrer la connaissance qu'il en avait, et son habileté à les dessiner en action, frémissants ou épouvantés, mais fiers jusque dans la peur; habileté rare que personne alors ne possédait à un aussi haut degré, si l'on excepte Léonard de Vinci, que Lomazzo déclarait hardiment supérieur en cela aux modernes et même aux anciens, che senza dubio hà siiperato i migliori antichi e moderni. Aussi da Sesto a-t-il peint encore les deux cavaliers de la légende, saint Martin et saint George, avec saint Sébastien et saint Roch, sur quatre pilastres étroits qui sont dans l'église de Saronno, entre l'avie et Milan, église si bien décorée par Gaudenzio et Luini.
Un autre motif de peinture qui eut les prédilections de Cesare da Sesto, comme celles de Luini, ce fut Y Bérodiade recevant la tête de saint Jean- Baptiste. 11 en chercha la composition sur le papier, la tournant et la retournant de plusieurs manières. Trois études qu'il fit au crayon rouge sur ce thème favori, et que l'on voyait jadis à l'archevêché de Milan, sont mentionnées par Lomazzo : l'une représentait Hérodiade, une couronne de fleurs sur la tête; l'autre un bourreau avec des moustaches, sans barbe; la troisième une main qui tient une tête coupée. Le spectacle d'une jeune femme à qui l'on otTre sur un bassin une tête sanglante ferait horreur dans la réahté ; il n'est pas horrible en peinture. Cesare da Sesto en a sauvé le côté hideux. On ne voit de la tête que son masque pâle qui ne présente aucune contraction de muscles, aucune trace de douleur, et dont la sérénité sainte n'a pas été altérée par le coup mortel. \J Hérodiade est une figure en pied, un peu moins grande que nature (si j'ai bonne mémoire), élégante de proportions, très-fine et très-distinguée de visage. Son expression contenue, à peine souriante, est celle d'une cruauté féline. Elle semble intérieurement ravie qu'on ait sacrifié à un caprice de sa vengeance la vie d'un héros. Elle appartient, du reste, à ce type mystérieux, inventé par Léonard et auquel se rattache la Joconde. Son œil profond et caressant exerce une sorte de fascination sur le spectateur. La figure entière, et en particulier le visage, est modelée dans ce système de doux clair-obscur que donne une lumière tamisée et qui mêle ensemble le clair et l'ombre , de manière qu'on ne sait où commence l'ombre , où finit le clair. On remarque sur l'avant-plan, auprès d'elle, une table de marbre dont les supports sont des bustes de sphinx, terminés en pieds de griffons. Rien de plus beau et d'un style plus raffiné que ces demi-figures de sphinx au profil pur, aux lèvres discrètes et redoutables, aux mamelles pleines et redressées. Il n'est pas impossible que Cesare ait eu sous les. yeux quelque admirable dessin de Léonard de Vinci, car ce grand maître lui-même n'eût pas donné, je crois, plus de caractère et plus de vie à des images qui figurent là sans doute comme symboles de l'impénétrable génie féminin. Le coloris de \ Hérodiade est fin; on y retrouve dans la draperie un certain ton d'ambre glacé de laque, employé souvent par Cesare da Sesto et qui le caractérise.
Mais sa tendance, comme celle de Léonard, est de ramener ses couleurs à un camaïeu, en laissant transparaître quelques tons précieux et rares, étouffés sous les glacis ou, selon le mot italien, sous la velatura^.
Le souvenir que nous avons conservé de V Hérodiade se rapporte à celle qui faisait partie de la collection Collot à Paris, et qui, à la vente de cet amateur, fut achetée 16,000 francs par M. Adolphe Thibaudeau. La seconde Hérodiade, celle qui est aujourd'hui dans la galerie du Belvédère, à Vienne, passe pour être
t .METTAIS.
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LAUNAy. MARCHAND. BV.
JESUS ET SAINT-JEAN (Musée de Naplcs).
moins belle et d'une exécution moins chaleureuse ; elle serait donc, selon toute apparence, la répétition, par Cesare, du tableau qui est son chef-d'œuvre'. Quoi qu'il en soit, le plus grand honneur qu'on ait jamais fait à la mémoire de Cesare da Sesto, a été de regarder comme un ouvrage de Léonard son Hérodiade. A vrai
' Voir le Trésor de la Curiosité, où nous parlons de ce tableau, tome II, Paris, Renouard, 1857.
* Ce fut l'empereur Rodolphe II qui eut cette peinture en Italie et la fit transporter à Vienne. Lomazzo en parle comme d'un tableau qui lui aurait quelque temps appartenu. lien vante le clair-obscur, et il dit: «Cesare da Sesto était d'une habileté extrême, ainsi qu'en témoignent tous ses ouvrages et particulièrement X'Hérodiade qui d'abord se trouva en mes mains, et qui ensuite fut donnée à l'empereur Rodolphe II. » Lomazzo parle aussi d'une Hérodiade qui est sans doute celle de la vente Collot. La jeune fille, dit-il, à qui le bourreau présente la tête sur un plat, la reçoit avec un visage riant, et cependant triste : ella con faccia ridente, ma promesta la pigtia.
dire, cette confusion, si glorieuse pour le disciple, n'avait rien de blessant pour le maître. Sauf un peu trop d'insistance sur le contour, léger défaut dont le peintre milanais ne s'est jamais entièrement corrigé, son chef-d'œuvre n'était pas indigne d'une aussi haute attribution, et personne au surplus n'en fut scandalisé quand la toile parut sous le nom de Léonard à la vente Collot, devant un public aussi éclairé que celui de Paris. Ceux-là mêmes qui exprimèrent un doute ne lui donnèrent pas la forme d'une réclamation.
Les œuvres de Cesare sont les meilleurs et à peu près les seuls renseignements que nous ayons sur sa vie. Une circonstance notable, c'est qu'il fut appelé sur la fin de ses jours à Messine pour y décorer des églises et des monastères. C'est là qu'il peignit, dans un couvent de religieuses, une Adoration des Mages qui a été longtemps après transportée au musée deNaples, où nous l'avons vue il y ahuit ans (1857), et qui nous parut un peu moins admirable que ne l'avait dit Lomazzo, bien qu'on y trouve, en effet, l'art du clair-obscur, Yarte delF allumar, à un degré que personne dans ce temps-là n'avait encore atteint. A cela près, nous savons fort peu de choses touchant la vie de Cesare. Quel était son nom de famille, on l'ignore. Sur le tableau qu'il peignit pour l'église Saint-Roch à Milan, et qui est incontestablement de sa main, on lit l'inscription suivante: Cœsar Magnus fecit 1533. On pourrait en conclure que son nom de famille était Magni. Mais l'auteur de l'ouvrage sur le musée Bréra, intitulé Pinacoteca del palazzo reale di Milano, Gironi, oppose à cette conclusion l'épitaphe du peintre telle que la rapporte l'écrivain Cesariano, qui connut Cesare da Sesto, épitaphe ainsi conçue : Hic tegitur Cœsar a Sexto stirpe prognatus... D'autre part, il existe à Milan et à Vigevano plusieurs peintures qui portent le nom d'un Cesare Magni, et ce peintre ne doit pas être confondu avec Cesare da Sesto, car si les deux ne faisaient qu'un, la similitude ou plutôt l'identité des manières n'aurait certainement pas échappé à un critique exercé, à l'auteur d'un ouvrage sur l'école milanaise. Il est donc possible que le mot magnus, accolé au nom de Cesare dans l'inscription du tableau de San Rocco, soit simplement une épithète ajoutée par l'auteur lui-même avec une emphase ironique, et comme un jeu de mots, ou bien un éloge sérieusement écrit par une main étrangère qui aurait tracé l'inscription après la mort de Cesare. Cette mort eut lieu en 1534, ainsi qu'il résulte d'un document authentique, communiqué à l'abbé Lanzi. Au nom de Cesare s'attache la gloire d'avoir imité Léonard de Vinci sans le copier, d'avoir été, non pas la redite fastidieuse mais l'écho poétique de ce grand homme. Le génie de Léonard fut assez lumineux pour que ses reflets mêmes pussent briller d'un vif éclat.
CHARLES BLA>C
M(G1I11S(G11S§ m lIIlDIKGiiirn®!^
Il n'existe au Musée du Louvre aucun Cesare da Sesto.
Musée Bréra, a Milan. — Sainte Famille. L'Enfant Jésus debout sur les genoux de la Vierge, bénit saint Jean. Saint Joseph et un autre saint, placés à droite et à gauche de la Vierge, contemplent cette scène. Gravée d'une pointe légère, et avec peu d'ombre, dans la Pinacoteca del palazzo rente di Milano, cette Sainte Famille ressemble beaucoup à celle que M. Forster, membre de l'Institut, a gravée sous le titre de Vierge au bas-relief et sous le nom de Léonard de Vinci.
Église Sax Rocco et San Sebastiano, a Milan. — Le tableau dont nous avons parlé : il est divisé en compartiments : la Vierge et saint Sébastien occupent le point central.
Eglise de Saronno. — Quatre pilastres sur lesquels sont peints saint Sébastien en pendant avec saint Roch, et saint Martin en pendant avec saint George.
Chez le duc Melzi, a MiLm.— V ne Sainte Famille.
Chez le duc Scotti. — Un Baptême du Christ, mentionné par Vasari; le fond est un paysage de la main de Bernazzone.
Musée de Naples. — L'Adoration des Mages, provenant d un couvent de Messine.
A Paris, chez le prince Napoléon, au Palais-Royal. — Une Hérodiade différant peu de celle qui est au Belvédère à Vienne. Elle provient de la collection Collot : elle se trouvait, au temps de Lomazzo, entre les mains de Cesare Negruolo. Ce tableau fut vendu 16,000 fr. à la vente Collot comme un Léonard, et adjugé à M. Adolphe Thibaudeau. A la vente de cet amateur, en 1857, V Hérodiade atteignit encore le même prix, et fut achetée pour le prince Napoléon.
Galerie royale de Turin. — Sainte Famille. La Vierge, assise au milieu d'un paysage, regarde l'Enfant Jésus qui bénit saint Jean. Gravé dans le splendide recueil publié par le marquis d'Azeglio, sous le titre : la Reale Galeria di Torino, tome IV.
Galerie du Belvédère, a Vienne. — Hérodiade à qui l'on présente la tôte de saint Jean-Baptiste. Il appartint à Lomazzo, et fut apporté à Vienne par l'empereur Rodolphe II, à qui on l'avait donné.
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Tca/e Sàemenne.
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GIUSEPPE PORTA, dit SALVIATI