‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 122 sur 136 · L'ANNONCIATION · texte numérisé non relu

L'ANNONCIATION

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dont les Vertus royales se disputent l'effigie, peinte en un médaillon de bronze, tandis que le Temps, couché par terre, est vaincu par l'Histoire et que l'Hérésie est mise en fuite. Ces allégories, froides et fades, qui aujourd'hui nous feraient périr d'ennui, elles enchantaient alors le beau monde. On courait sus à l'hérésie; mais tous les arts étaient soumis à l'empire des allégories et des divinités païennes. Les mêmes seigneurs, les mêmes cardinaux qui avaient acheté au peintre un Saint François d'Assise en extase, lui commandaient un Bain de Diane, une Daphné poursuivie par Apollon, une Vénus. Solimène improvisait un sujet de la Fable aussi facilement qu'une Madone et il expédiait ses peintures dans toutes les directions : à Gènes, pour le marquis Durazzo ; à Macerata, dans la marche d'Ancône, pour le marquis Buonacorsi ; à Venise, pour les Baglioni et les Canale ; à Rome, pour le procurateur général de la Chartreuse ; enfin, à Plaisance, pour les religieuses de Santa-Teresa-del-Gesii, qui voulurentavoirde sa main une Vierge entre leur patronne et saint Joseph.

Après la mort de Giordano, Solimène n'eut plus de rival. Son ami avait laissé en mourant à l'élat d'ébauche douze tableaux dont les sujets étaient tirés de la Bible et qui appartenaient au roi d'Espagne. Chargé de les terminer, Solimène y consentit, mais non sans témoigner d'une certaine crainte. Suivant son usage, il peignit d'après nature le nu, les draperies et tous les mouvements qui n'étaient pas suffisamment indiqués, affectant du reste de ne toucher qu'avec respect aux œuvres d'un artiste qu'il révérait à l'égal des grands maîtres. Mais sa renommée était maintenant aussi brillante en Allemagne qu'en Italie. Tantôt le prince Eugène de Savoie lui écrivait de Vienne les lettres les plus courtoises pour obtenir deux tableaux de sa main : l'Enlèvement de Céphale et une Résurrection de Jésus; tantôt le comte de Daun, qui avait été vice-roi de Naples, le priait de composer pour le sofflte de sa galerie à Vienne la fable de Phaôton, qu'il peignit en effet à grand fracas, avec toutes les ressources de son talent essentiellement pittoresque, rien n'étant plus à peindre que des chevaux fringants, retenus par les dernières Heures de la nuit avec des brides volantes sur un ciel encore sombre, et l'Aurore qui répand des fleurs sur la terre, et les Amours qui portent des bassins d'or pleins de fleurs. L'Aurore était du reste un motif cher aux peintres du dix-septième siècle. Solimène la peignit une autre fois pour l'électeur de Mayence et une troisième fois pour Aurora San Séverine, duchesse de Laurenzano, qui désirait avoir une image de la divinité dont elle portait le nom.

Elles sont innombrables les peintures de Solimène, et il n'aurait pu y suffire s'il n'avait été soutenu par un amour infatigable de son art et par une santé robuste qui lui permit de travailler jusqu'à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. La grande fortune qu'il avait amassée — elle s'élevait, dit Dominici, à plus de deux cent mille écus — profitait à ses neveux plus qu'à lui-même. 11 possédait à Naples presque tout le quartier habité par les tailleurs de marbre. 11 avait acheté à la Barra et à Nocera, sa patrie, des biens considérables. Sa maison à Naples et sa villa de Barra étaient richement meublées et magnifiquement entretenues [nobilmente). Il avait douze chevaux dans ses écuries et un carrosse pour chacun de ses neveux, quatre cochers et un nombreux domestique. Cependant, de sa personne, il était fort modeste, n'ayant jamais porté depuis sa jeunesse que la soutane des petits abbés. Aussi l'appelait-on à Naples l'abbé Solimène ou Vabbate Ciccio (par abréviation corrompue de Francesco). Sur la fin, sa vue s'était affaiblie et il dut travailler avec des lunettes, sans toutefois y voir assez clair pour ne pas commettre de graves erreurs de coloris, notamment dans les chairs, qu'il peignit avec un jaune violent et de la terre noire toute pure pour les ombres. Mais il aimait mieux s'exposer à mal peindre que de mourir, comme il disait, sans rien faire. Il ne ferma sa boîte à couleurs que très peu de temps avant sa mort, arrivée le 5 avril 1717.

CHAKLES BLANC.

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Le Musée du Louvre renferme deux peintures de Solimène : 1° Adam et Eve dans le Paradis terrestre; ils sont épiés par Satan; figures de 32 centimètres. Collection de Louis XIV. Gravé par Landon. — 2° Héliodore chassé du Temple ; figure de 35 centimètres. Ce tableau est une réduciion ou une esquisse terminée de la grande fresque de Solimène qui est à Naples dans l'église du Gesù-Nuovo.

Naples. — La ville est remplie des fresques de Solimène. Outre celle du Gesù-Nuovo, on remarque de lui deux chapelles au Gesù-dclle-Monache.

Dans le monastère délia Regina , il a peint le grand chœur.

A Saint-Paul des Théatins, il y a de belles fresques de lui dans la sacristie et dans l'église.

Dans l'église des Saints-Apôtres, il a peint à l'huile les lunettes des dernières chapelles.

A Saint-Philippe-de-Néri, il a représenté sous la coupole VApothéose de saint Philippe.

Assise. — Dans le réfectoire du couvent de Saint-François, la Cène.

Padoue. — Dans l'église Sainte-Justine deux tableaux ovales : VEcce homo et une Vierge tenant tm livre à la main.

Plaisante. — Le grand autel du monastère de Santa^ Teresa est de Solimène.

Rome. — Deux petits tableaux d'autel à Saint-Eusèbe.

VIE^^•E. — Dans le Belvédère une grande et belle Descente de croix.

Vente Heinecken, 1757. Ajwllon courant après Daphné. 1500 liv.

Vente Rubempbé, 1765. — La Nativité. 480 florins.

Vente Mariette, 1775. — L'Assomption, dessin octogone et cintré, à l'encre do chine. 199 liv.

Vente Prince de Conti, 1777. — L'Anyionciation. 2380 liv.

Vente Poullain, 1780. — Un Repos en Egypte, sur cuivre; deux anges cueillent des fleurs. 1541 liv.

Vente Sollieb, 1781. — L'Assemblée des dieux, réduction d'un grand tableau exécuté à Venise, 448 liv.

IMP. POITLVIN, BUE DAJIIETTE,

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