‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 125 sur 136 · SILVESTRO BUONO · texte numérisé non relu

SILVESTRO BUONO

FLOBISSAIT VERS llii.

FUOBISSAIT VERS I 175.

Buono de' Buoni eut pour maître Col' Antonio del Fiore et lui servit d'aide dans plusieurs ouvrages; il travailla seul ensuite, à une date que Criscuolo croit ôtre 1440 ou 1450, dans l'église San-Pietro ad Aram. Cet édifice n'a rien conservé de lui, mais on voit dans l'église San-Pielro-Martire un beau retable où il a représenté Sainte Ursule vêtue d'un manteau parsemé d'étoiles d'or, tenant une bannière et entourée des vierges, ses compagnes de voyage et de martyre. Les églises San-Giovanui a Mare et San-Lorenzo possèdent aussi des peintures de Buono de' Buoni. Son œuvre la plus remarquable, exécutée dans la manière du Ziugaro et ayant pour sujet Saint François recevant les stigmates, se voyait du temps de Dominici dans une petite chapelle de l'archevêché contiguë à la basilique de Santa-Restituta. Cette chapelle est sans doute celle que Buono de' Buoni, au dire de Criscuolo, remplit de peintures avec l'aide de son fils Silvestro. Une œuvre capitale de

celui-ci orne le maitrc-autcl de la basilique môme de Santa-Restituta ; elle représente la Vierge avec l'Enfant Jésus assise sur un trône, entre saint Michel qui terrasse le démon et sainte Restitute (ou Réparade), dont les actes et les miracles sont retracés dans la predella. Cette peinture, qu'on peut discerner seulement à la lueur des cierges, nous a rappelé le style sérieux et tendre à la fois de Gima da Conegliano ; il y a au bas du trône de la Vierge une inscription que nous n'avons pu déciiiffrer. Une autre Madone, du même auteur, est placée dans une chapelle de la basilique ; le caractère en est non moins grave et pénétrant.

Après avoir reçu les premières leçons de son père, Silvcstro entra à l'école du Zingaro. Stanzioni veut qu'il ait étudié aussi sous la direction des Donzelli et prétend même qu'il les surpassa par la beauté du coloris et la perfection de l'ensemble; mais, s'il est vrai que ces maîtres aient travaillé avec Giuliano da Majano de 1481 à 1490, Userait difficile d'admettre que Silvcstro Buono, qui termina sa carrière en 1480 ou 1484, ait été leur élève. Celui-ci offre d'ailleurs, dans quelques-unes de ses peintures, une manière beaucoup plus naïve et plus archaïque que celle des Donzelli. Je n'en veux citer d'autre preuve que le triptyque de la Mort, de la Vierge, qui décorait autrefois le maître-autel de la petite église de Santa-Maria de' Pignatelli, à Seggio di Nido, et qui se voit aujourd'hui au musée des Études. La composition centrale présente un singulier mélange de réalisme et de mysticisme : Marie, enveloppée d'un manteau noir étoile d'or, la tête soutenue par des oreillers blancs, est couchée sur un lit recouvert d'une étoffe écarlate. Debout près d'elle, un vieil évoque (saint Pierre?}, revêtu d'une chape enrichie de pierreries, lui donne l'eau bénite et récite la prière des morts ; il est assisté par trois clercs, dont l'un porte un petit seau de métal , tandis ouc les deux autres attisent le feu de leurs encensoirs. An premier plan, deux saints sont assis, l'uu à droite et l'autre à gauche; le premier paraît dormir et le second est occupé à lire ; entre les deux, un personnage, le seul qui n'ait pas de nimbe, se renverse violemment en arrière, comme s'il était atteint d'épilepsie, et un petit ange se précipite vers lui... Dans le haut du tableau, au milieu de chérubins aux ailes rouges et d'anges qui forment un concert, la Vierge, que nous avons prise tout d'abord pour Dieu le Père, soutient dans ses bras le bambino vêtu de blanc. Les deux volets^ séparés aujourd'hui de la composition que nous venons de décrire, représentent la Madeleine et Saint Jean-Baptisle. Ce triptyque^ d'une exécution un peu sèche et d'une couleur un peu trop rousse, surtout dans le sujet principal, est loin de valoir les Madones de Santa-Restituta; mais peut-être est-il l'œuvre de Buono de' Buoni, dont les peintures, dit-on, ont été souvent attribuées à son fils.

Criscuolo n'a pas craint de soutenir que pour la beauté du coloris Silvcstro Buono l'emportait sur tous les autres peintres napolitains, et peut-être même sur le Pérugin, dont il se rapprocherait d'ailleurs par le moelleux de l'exécution. Dominici confirme cet éloge, en disant que Silvcstro unit h une manière de colorier pleine de douceur et de légèreté une force de clair-obscur telle que ses figures paraissent avoir du relief et être vivantes. Il est assez difficile aujourd'hui de contrôler ces appréciations si louangeuses : quelques-unes des œuvres les plus importantes de ce maître ont dû être retouchées et restaurées à la suite d'accidents ; d'autres, comme la Prière au jardin des Olives, de l'église San-Pietro ad Aram, ont été complètement gâtées par l'humidité.

Nouvel Angelico, Silvcstro apportait dans la composition des sujets religieux une conviction profonde et une ardente piété; il ne peignait jamais une figure de la Vierge sans s'être confessé et sans avoir communié ; et, le plus souvent, il se mettait à genoux pour y travailler. Ses biographes ajoutent qu'il avait fait vœu de chasteté, qu'il était d'une charité infatigable et qu'il légua ses biens à l'église de l'Annunziata.

Musée des Études. — Retable : la Mort de la Vierge ^sujet central); Sainte Madeleine et Saint Jean-Baptiste portant une croix rouge surmontée de l'agneau mystique volets). Une autre peinture de Silvestro représentant la Mort et V Assomption de la Vierge est placée dans une chapelle de San-Pietro-Martire.

Parmi les tableaux du même maître dont il n est pas question dans notre notice, nous signalerons : un retable représentant {'Ascension, au milieu, Saint Nicolas de Bari

et Saint Sebastien, sur les volets, œuvre importante qui appartient à l'église de Monte-Oliveto et à laquelle on croit que Buono le père à travaillé ; — une Vierge couronnée par les anges, ûgure d'une grâce céleste, « volto e idea di paradisio, » dans l'église San Lorenzo ; — la Madona délia Piirità, saint Jean-Baptiste, saint Jean l'évanyéliste et saint Jean Chrysostome, tableau du maitre-autel de l'église San- Giovanni a Mare, etc.

PIETRO ET POLITO DEL DONZELLO

FLORISSAItXT 1)K I i^O A 1490.

Les frères Pietro et Polito del Donzello sont les seuls peintres napolitains dont Vasari ait parlé. Ce qu'il en dit se réduit à quelques mots et n'est pas de nature à dissiper la confusion qui règne dans la notice que Bernardo de' Dominici leur a consacrée. Le livre de celui-ci, pour tout ce qui regarde le x\' siècle, ne présente malheureusement que trop d'anachronismes, de contradictions, d'erreurs de toute sorte. Voici comment la yie des Donzelli y est racontée :

L'aîné des deux frères, Pietro del Donzello, naquit à Naples vers 1405 ; Ippolito ou Polito le plus jeune eut pour mère une Florentine qui épousa en secondes noces le peintre napolitain Agnolo Franco '. Celui-ci, imitateur habile de la manière de Giotto, leur donna les premières leçons de peinture. Ils étudièrent ensuite sous la direction du Zingaro et commencèrent à travailler avec lui dans le château de Poggio-Reale, que la reine Jeanne II avait fait construire pour Alphonse d'Aragon, son héritier adoptif, et dont l'architecte fut le florentin Giuliano daMajano. Le Zingaro étant mort, ils continuèrent la décoration de ce palais et y peignirent à fresque des trophées, des bas-reliefs feints et d'autres ornements du meilleur goût, devançant en ce genre Polydore de Caravage et les autres décorateurs du Vatican. Plus tard, sous le règne de Ferdinand I", ils furent chargés de retracer, dans le môme édifice, les Victoires remportées par ce prince sur les barons de son royaume, et ils s'acquittèrent avec un grand succès de ce nouveau travail.

Dominici cite un passage du manuscrit de Griscuolo où il est dit que les Donzelli furent employés par les rois de Naples, de 1440 à 1450 environ. Il ajoute qu'ils avaient été instruits dans l'architecture par Giuliano da Majano avec qui Polito était parent du côté maternel; qu'ils furent chargés après sa mort d'achever plusieurs constructions commencées par lui et qu'ils donnèrent eux-mêmes les plans de divers édifices; que Benedetto da Majano, neveu de Giuliano, voulut les emmener tous deux avec lui à Florence, mais que Polito se laissa seul persuader; enfin, que Pietro, après le départ de son frère, exécuta d'importantes peintures dans le palais des comtes Maddaloni et dans celui du prince de Salcrne, et qu'il mourut vers 1465 ou 1470.

Donnons maintenant la parole à Vasari. Dans sa vie de Giuliano da Majano, il rapporte que cet architecte « étant allé à Naples, construisit pour le roi Alphonse le palais de Poggio-Reale et en fit exécuter toutes les peintures par Picro del Donzello et Polito, son frère cadet ». Il mentionne ensuite divers autres travaux qui auraient été commandés à Giuliano « par ledit roi Alphonse, alors duc de Calabre, » et termine ainsi : • Avant que le roi Alphonse mourut, Giuliano s'éteignit à Naples à l'âge de soixante-dix ans. Polito resta à la tête des entreprises dont ce maître était chargé et acheva les canaux qui amènent les eaux à Poggio-Reale; mais, après la mort du roi, il retourna à Florence avec Benedetto, neveu de Giuliano, et y mourut au bout de peu de temps. Ses peintures et les sculptures de Benedetto datent de 1447 environ. »

A cette dernière date, Naples était gouverné par Alphonse I" qui s'était emparé du trône en 1442. Vasari et Dominici paraissent s'accorder pour affirmer que la construction du château de Poggio-Reale fut commencée à l'époque où ce prince n'était encore que duc de Calabre, sous le règne de Jeanne II à qui il devait ce titre, et par conséquent plusieurs années avant la mort de cette reine (1435). Mais, tandis que le premier de ces biographes assure que ce fut Giuliano da Majano qui confia aux Donzelli le soin de

* Agnolo Franco, né vers la fin du xiv" siècle, eut pour premier maître Gennaro di Cola, qui s'était formé lui-même sous la direction de maestro Simone, le principal collaborateur de Giotto, à Naples. 11 réussit à imiter la manière de ce dernier, mieux que tous les autres Napolitains, et y joignit, dit Lanzi, un clair-obscur plus vigoureux emprunté de Col' Antonio del Fiore, à l'école duquel il s'était perfectionné. Dominici cite des peintures à l'huile exécutées par lui, en 1414, dans une chapelle de la cathédrale. Son œuvre la plus considérable est la décoration de l'église de Saint-Jean l'Évangéliste, représentant les principaux traits de la vie de cet apôtre, des Scènes de l'Apocalypse, V Annonciation, le Couronnement de la Vierge, etc. Ces peintures furent achevées par les Donzelli, après la mort d'Agnolo.

peindre ce palais, et donne mc^me à entendre qu'il les avait amenés de Florence avec lui *, le second veut qu'ils aient d'abord été employés à ces peintures sous la direction du Zingaro, et il a bien soin, d'ailleurs, de les revendiquer comme appartenant à l'école napolitaine. Ce n'est pas tout. Vasari fait partir Polito aussitôt après la mort d'Alphonse I", arrivée en 1458, etDominici nous le montre travaillant beaucoup plus tard avec Pietro aux importantes compositions relatives à la Conjuration des barons qui avait éclaté sous le règne de Ferdinand I". Gela n'empêche pas les deux écrivains de fixer entre les années 1440 et 1450 la période où florissaient Pietro et Polito...

Ces difficultés chronologiques se compliquent singulièrement, si nous consultons les annotateurs de la dernière édition de Vasari ! D'après les documents qu'ils ont produits, Giuliano da Majano, que Tasari fait mourir septuagénaire, avant l'année 1458 ', aurait vécu cinquante-huit ans seulement et à une époque plus rapprochée de nous, de 1432 à 1490; il ne serait venu qu'une seule fois à Naples, un peu après 1481, vers les derniers temps du règne de Ferdinand l", et le duc de Galabre, pour lequel il aurait bâti le château de Poggio-Reale ', serait Alphonse II, qui devint roi en 1494, et non Alphonse I"; enfin, il serait mort à Naples, au mois de décembre 1490, et ce fait serait attesté par une lettre que ce même Alphonse II écrivit à Laurent de Médicis et qui a été publiée dans le Carteggio de Gaye (I, p. 300). Ajoutons que Benedelto, né en 1442 et mort après 1498, était le frère et non le neveu de l'architecte florentin.

De ces renseignements nouveaux, établis à l'aide de documents authentiques, on est bien obligé de conclure que les Donzelli, qui furent les collaborateurs de Giuliano, florissaient dans des temps plus voisins de nous que ceux indiqués par Vasari et Dominici. Rien n'empêche toutefois d'admettre qu'ils aient été formés par le Zingaro et qu'ils aient débuté sous le règne d'Alphonse I"; mais leur plus brillante période doit être placée sous Ferdinand I", de 1460 à 1490.

Ce fut sur la commande de ce dernier monarque, au dire même de Dominici, qu'ils exécutèrent au couvent de Sanla-Maria la Nuova quelques-uns de leurs plus remarquables ouvrages : ils ornèrent le réfectoire de fresques, dont les principales représentent le Portement de croix et ï Adoration des Mages. Dans la première, on admire le groupe pathétique de la Vierge et des saintes Femmes, le Christ jetant à sa mère un regard de sublime résignation et la figure de Jean, le disciple bien-aimé, en qui les uns veulent voir le portrait du roi Ferdinand, tandis que d'autres croient y reconnaître celui de Pontanus. La fresque de V Adoration, où Alphonse II, n'étant encore que duc de Galabre, est figuré, dit-on, sous les traits du plus jeune des Mages, est flanquée de deux autres compositions dans lesquelles sont représentés saint Françoi d'Assise, saint Bonaventure, saint Antoine de Padoue et d'autres saints de l'ordre des Franciscains. Audessous, Polito a peint l'Annonciation et Pietro la Nativité : ce dernier morceau est particulièrement digne d'éloges pour les beaux anges qui entourent le Messie nouveau-né. Les deux frères ont peint séparément encore, pour se conformer au désir de Ferdinand I", deux tableaux sur bois représentant l'un et l'autre le CaZvaîVe; la peinture de Pietro, large de plus de 3 mètres et haute de 1 mètre 30 environ, était placée primitivement au-dessus de la porte extérieure du réfectoire des moines de Santa-Maria la Nuova; celle de

< Vasari aurait-il été induit en erreur à cet égard par cette circonstance que la mère de Polito était florentine et parente de Giuliano da Majano ? Ou bien faut-il croire que Pietro seul serait né à Naples, et que Polito aurait vu le jour à Florence, oh son père s'était remarié ? Suivant une conjecture des annotateurs de la dernière édition de Vasari, le plus jeune des frères serait le « Polito di Francesco d'Antonio » que le peintre florentin Neri di Bicci a inscrit dans ses Ricordi, comme ayant fréquenté son école en 1469, 1470, 1472 et 1473. Nous ne savons sur quoi repose cette supposition. Le père des Donzelli, selon les biographes napolitains, se nommait Domenico et non Francesco d'Antonio.

^ Vasari ne donne ni la date do la naissance, ni la date de la mort de Giuliano da Majano; il se contente de dire qu'il mourut à l'âge de soixante-dix ans, avant le roi Alphonse. Celui-ci étant décédé en 1458, et certaines indications donnant à penser qu'il suivit de près son architecte, on aurait pu placer la mort de Giuliano vers 1457 et, par suite, sa naissance vers 1387. Néanmoins, la plupart des biographes, à commencer par Milizia, ont assigné à l'existence de ce maître les deux dates extrêmes de 1377 et 1447, se fondant apparemment sur ce que Vasari dit que Polito del Donzello et Benedetto da Majano, qui continuèrent ses entreprises, travaillaient autour de 1447.

* Baldi, dans sa Description du palais d' Urbin, assure que Luciano da Laurano, par qui ce célèbre édifice fut commencé en 1447, fut aussi l'architecte de Poggio-Reale. Faudrait-il donc croire que Giuliano avait été chargé par Alphonse II de rebâtir ou simplement d'agrandir et d'embellir un palais que ce Luciano aurait construit pour Alphonse I«'?...

Polito, de dimensions beaucoup moindres, ornait une chapelle de cette même église. Elles ont été transportées toutes deux au musée des Etudes.

Le Calvaire, de Pietro del Donzello, est une œuvre véritablement magistrale. Le divin Crucifié apparaît, de face, au centre de la composition ; les corps des deux larrons se présentent de profil. Des cavaliers, groupés entre les trois croix, président à la sanglante exécution ' ; leurs chevaux, dont l'un se cabre, sont peints avec quelque dureté de touche, mais avec une science parfaite de la forme et du mouvement. A droite se tiennent des soldats armés de lances ; deux d'entre eux sont accroupis et jouent aux dés la robe de Jésus. Au milieu de cette troupe impassible et brutale, un apôtre, enveloppé d'un manteau rouge, contemple avec une émotion silencieuse son maître qui expire. A gauche, la Vierge défaillante est soutenue par une des saintes femmes qui l'entourent : saint Jean joint les mains; la Madeleine agenouillée, les cheveux épars, a une expression bien douloureuse; mais la figure la plus pathétique est celle d'une femme complètement enveloppée de voiles noirs qui cache son visage : on dirait la personnification du désespoir; sa draperie est disposée d'une façon admirable et a un caractère presque antique. Le paysage n'est pas traité avec la finesse qu'on trouve dans les tableaux des peintres flamands de la même époque, et il m'a môme semblé ne pas valoir ceux du Zingaro et de Simone Papa; il n'est pas sans intérêt pourtant. On y remarque, à gauche, une ville entourée de remparts avec une porte décorée de colonnes et de statues ; au milieu, des vallons et des coteaux parsemés de petits arbres, et, sur la droite, le saint sépulcre dont la haute arcade s'ouvre dans les flancs d'un rocher brun. Le ciel se dore au-dessus des montagnes qui ferment l'horizon , et quelques nuages blancs sont amoncelés dans l'azur, derrière le sommet de la croix du Rédempteur.

La composition de Polito n'est pas ordonnée avec autant de netteté que celle de Pietro; les figures y sont très-nombreuses et s'agitent tumultueusement; mais c'est bien là, après tout, l'aspect d'une foule assemblée pour assister à un supplice. Huit à dix cavaliers entourent la croix de Jésus, et, en avant de ce groupe, trois soldats assis se disputent la robe. D'autres cavaliers et des spectateurs sont amassés à droite, derrière la croix sur laquelle le mauvais larron expire dans de violentes convulsions ; du côté opposé, la Vierge, saint Jean, les trois Marie et plusieurs autres saintes femmes attirent l'attention. Toutes ces figures, hautes de 15 à 20 centimètres, sont assez largement peintes et ne manquent pas d'expression. Le fond de paysage, oii l'on aperçoit une ville dominée par des montagnes vertes, est médiocre.

Si nous en croyons Dominici, les Donzelli, unis l'un à l'autre par la plus tendre affection, travaillèrent presque toujours ensemble jusqu'au départ de Polito pour Florence. Le musée des Études possède un grand retable qu'ils exécutèrent pour la chapelle de la famille Brancaccio, dans l'église San-Domenico. Au centre de ce tableau, la Vierge, vêtue d'une robe d'étoffe d'or serrée à la taille et d'un manteau brun qui l'encapuchonné, inchne légèrement vers l'épaule son visage aux grands yeux fendus en amande, au nez droit, long et fin, à l'expression pleine de candeur et de grâce ; l'Enfant nu est assis sur ses genoux et joue avec des cerises. Ces deux figures se détachent sur un fond d'or. Les compartiments latéraux nous montrent, au milieu d'une campagne solitaire, l'un le bienheureux Jacopo délia Marca, en costume de franciscain, l'autre saint Sébastien nu, attaché à un arbre et percé de flèches. Cette dernière figure est d'un dessin très-correct et très-élégant pour l'époque. Au-dessous, dans la predella, la Résurrection et les douze Apôtres sont peints d'un pinceau un peu sec et semblent être d'une autre main que la Vierge. La lunette, enfin, nous offre trois figures qui sont tout à fait dans le style du sujet central et se distinguent par une grande douceur d'expression : le Christ montrant ses plaies, Saint Jean l'Évangéliste et Sainte Madeleine.

Nous serions très-disposé à attribuer les meilleures parties de ce retable à l'aîné des Donzelli. A en juger d'après son Calvaire et d'après les quelques tableaux qu'il exécuta après que son frère l'eut quitté, Pietro nous semble avoir eu en partage un sentiment plus fin, un talent d'exécution plus pur et plus souple, et, pour tout dire, une plus grande délicatesse de style que Polito. Il y a de lui encore, aux Studj, deux compositions remarquables. L'une nous montre une délicieuse Madone de Bon-Secours, portant sur la main droite le

' Suivant M. d'Aloe, Ferdinand I" et son fils Alphonse seraient figurés ici sous les traits de deux centurions; on les retrouverait également dans le Calvaire de Polito.

bambino qui lui presse l'un des seins avec ses deux menottes, tandis qu'elie-mème se presse de la main gauche le bout de l'autre sein, comme si elle voulait faire jaillir son lait divin |pour éteindre les flammes du purgatoire, au milieu desquelles s'agitent, à ses pieds, des amas suppliantes ! Saint Jérôme et saint François d'Assise sont debout à ses côtés, et deux anges soutiennent une couronne d'or au-dessus de sa tôte. Le second tableau représente Saint Martin, jeune et beau cavalier, aux longs cheveux blonds, en costume du xv* siècle, partageant son manteau avec un infirme à moitié nu. Celte dernière figure est modelée avec science, et le cheval blanc que monte le saint ne le cède point pour la vérité des formes aux chevaux que nous avons remarqués dans le Calvaire.

Dominici nomme un Protasio Chirillo,de Milan, comme ayant été un élève distingué des Donzelli et comme ayant peint pour le maître-autel de l'église de San-Cristofano un retable représentant la Vierge avec l'Enfant, saint Jacques apôtre et saint Christophe. Il ajoute que cet artiste, ayant acquis une certaine réputation, fut rappelé par ses parents dans sa ville natale et y mourut peu de temps après. Ce Chirillo est sans doute le même que le Protasio Crivclli dont on lit le nom, ' avec la date 1497, sur une peinture représentant la Madone assise dans un petit temple, ouvrage d'un très- bon style, que l'on voyait encore, il y a quelques années, dans la bibliothèque des Cordcliers de San-Pietro ad Aram.

Outre les tableaux dont il est question dans la notice qui précède, Dominici signale parmi les peintures exécutées par les Donzelli: une Annonciation, une Nativité et une Adoration lies Mayes, dans l'église Santa-Brigida a Seggio di Porto.

Musée des Studj. — Le retable de l'église San-Domenico porte une inscription, moitié latine moitié italienne, qui nous en fait connaître la donatrice ; nous la reproduisons telle que nous l'avons relevée un peu à la hâte :PUVSIA, liRANGAZlA. HA FACTA FARE QVESTA FIVRA. AD TE SE IlECOMAiNDA VEIIGINE PVllA ET HE DONATA PER PIV DE VNA MESSA. FIDI. DIDICATU AD HONORE DE SATO SEBASTIANO. « Prusia Brancaccia a fait faire cette figure. Elle se recommande à toi, Vierge pure, et elle t'a fait don de plus d'une messe (pour attester sa foi?). — Dédié en l'honneur de saint Sébastien. »

M. d'Aloe a inscrit dans son catalogue du musée des Etudes (1859), sous le nom du Zingaro, une Vierge avec l'Enfant Jésus debout, entre saint Jérôme et saint François (/'Assise, qui est probablementle tableau attribuéaujourd'hui à Pietro del Donzello. Nous voyons mentionnée dans ce même catalogue une Vierge assise sur un trône et adoré par deux an^es.qui se voyait autrefois dansunedes salles duchapitre de Santa-Maria la Nuova. Dominici a vanté l'exquise douceur de coloris (somma dolcezza dicolore) de ce tableau • il ajoute que les connaisseurs l'attribuent à Pietro, mais que, suivant certaines personnes, Polito l'aurait exécuté après son retour de Florence. Il est bon de dire que ce retour à Naples du plus jeune des Donzelli est lui-même fort problématique.

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