GIOVANNI-FILIPPO GIOVANNI-ANGELO
KÉ VERS 1510. — kout vers 1584. si après 1510. — mort après 1572.
Giovanni-Pietro-Paolo Criscuolo, négociant de Gosenza, avait rêvé de faire de ses deux tlls des liommes de loi. L'aîné, Giovanni- Filippo, né à Gaiile, vers 1510, se passionna pour la peinture, et, malgré des obstacles de toute sorte, s'y adonna tout entier. Ses parents, qui étaient venus s'établir à Naples, le firentjnstruire dans les belles-lettres; mais tout enfant il réussit à se faire admettre secrètement dans l'atelier d'André de Salerne, et y apprit les éléments de l'art; puis il s'enfuit à Rome, où il s'exerça à copier les chefs-d'œuvre de Raphaël, et où, dit-on, il reçut des leçons de Pierino del Vaga '. Vaincu par tant de ténacité, son père consentit enfin à le laisser suivre sa vocation, en n'y mettant d'autre condition que son retour à Naples. Giovanni-Filippo céda sur ce point et rentra à l'école d'André de Salerne. Bientôt, du reste, il fut en état de seconder ce maître dans ses travaux. Il collabora également avec Bernardo Lama ^, et se perfectionna, sous sa direction, dans l'imitation du style de Raphaël.
On voit au musée de Sludj deux grandes compositions de cet artiste : V Adoration des Mages et la Sainte Trinité contemplant du haut des deux la Nativité de Jésus : les figures sont nombreuses, disposées avec goût et dessinées avec assez d'élégance et de correction. Mais bien que l'influence de l'École romaine se reconnaisse dans ces ouvrages, ils ne sauraient cependant être placés sur la même ligne que les productions des élèves directs de Raphaël. « G.-F. Criscuolo, fut un zélé partisan de cette école, dit Lanzi, mais il conserva toujours quelque chose de son naturel réservé et quelque peu timide. Il adopta aussi une manière un peu sèche, mais elle lui fait en quelque sorte honneur dans un temps où l'on exagérait les contours, et où l'on s'éloignait, tous les jours davantage, de la précision de Raphaël. »
Giovanni-Filippo resta d'ailleurs fidèle à certaines traditions de l'ancienne École napolitaine, à celle notamment qui consistait à peindre des tableaux d'autel [cona] divisés en plusieurs compartiments. Son œuvre la plus considérable en ce genre décore le maître- autel de Santa-Maria Donna Regina : elle ne comprend pas moins de douze compositions, dont trois grandes au centre et huit petites sur les côtés. Le principal compartiment du milieu est cintré et i-eprésente la Mort de La Vierge; au-dessus sont peints la Conception Immaculée, avec de beaux anges, et le Couronnement de Marie. Deux des compositions latérales sont circulaires et se font pendant :4'une a pour sujet la Décollation de saint Jean-Bapliste; l'autre, la Décollation de sainte Théodora. Des figures de Saints, les unes en pied, les autres à mi corps, occupent les six derniers compartiments. Les cadres qui contiennent ces divers sujets sont délicatement sculptés.
Giovanni-Filippo Criscuolo occupait un rang distingué parmi les maîtres de l'École napolitaine, lorsque Giovanni-Angelo, son cîidet, qui avait embrassé la profession de notaire pour complaire à sa famille, s'avisa, à un âge déjà avancé, de cultiver, lui aussi, la peinture. Voici ce qui motiva cette résolution. Un jour que le plus jeune des Criscuoli critiquait certains ouvrages de son frère, celui-ci lui dit, d'un ton bourru, de se mêler d'apprécier les contrats et autres actes notariés. Froissé d'un tel dédain, Giovanni-Angelo entreprit d'étudier à fond l'art de peindre, afin de pouvoir en raisonner tout à son aise. Il prit pour maître Marco da Siena, habile imitateur de Michel-Ange, qui était venu se lixer à Naples, entre 15.56 et 1560. Son premier tableau fut une Adoration des Mages, qu'il peignit en 1562 pour l'église de Saint-Louis des Français, et sur laquelle il inscrivit son nom et sa double profession de notaire et de peintre.
' Pierino del Vaga ayant quitté Rome en 1527, Giovanni-Filippo dut être fort jeune lorsqu'il fréquenta son école.
2 Giovanni-Bernardo Lama (né vers 1508, mort en 1579) reçut d'abord les leçons de Giovanni- Antonio d'Amato le vieux, et s'attacha ensuite à l'école de Polydore de Caravage- Il imita avec succès le style de ce dernier maître dans une Déposition de croix, qu'il peignit pour l'église San-Giacomo degli Spagnuoli. Le musée des Studj a de 1 i une Pietà qui nous a paru être l'œuvre d'un dessinateur habile, mais d'un coloriste assez médiocre : le Christ étendu sur une draperie blanche, le dos et la tète appuyés sur les genoux de sa mère, offre un savant raccourci ; saint François, à genoux, soutient le bras gauche du Rédempteur ; saint Donaventuie, vêtu d'une robe rouge avec camail d'hermine, et ayant une grande barbe blanche, est debout, à droite, les mains jointes, la tète inclinée. Au-dessus de cette composition est peinie une Annoncintion, en figurines.
Dominici mcnlionne parmi les ouvrages qui iirenl le plus d'honneur à Giovanni-Angelo : une Lapidation de Sainl-É tienne, dans l'église Santo-Stefano ; une Assomption à San-Giacomo degli Spagnuoli, et une Appari' tien de la Vierge à saint Jérôme, au Monlc-Calvario. Ce dernier ouvrage est daté de 1572. Nous n'avons gardé le souvenir d'aucune de ces peintures, et nous ne saurions par conséquent porter un jugement personnel sur le talent de l'auteur ; mais s'il est vrai, comme le prétend Lanzi, que Giovanni-Angelo ait été bon imitateur de la manière de Marco da Siena, nous devons le tenir pour un peintre doué de qualités énergiques.
Quoi qu'il en soit, le plus jeune des Griscuoli mérite surtout l'estime de la postérité pour les notices qu'il a consacrées aux artistes napolitains, et qui ont été si largement mises à profit par Bernardo de' Dominici. L'idée de ce travail lui fut suggérée par son maître Marco da Siena, qui, peu satisfait sans doute de la mention sommaire dont il avait été lui-môme l'objet dans le Vite de' più eccellenli pittori de Vasari, protesta par une lettre contre le silence dédaigneux dans lequel cet écrivain a enveloppé l'Ecole napolitaine tout entière.
Giovanni-Filippo avait été un des premiers à applaudir aux succès obtenus en peinture par Giovanni- Angelo. Celui-ci oublia de son côté la boutade de son aîné, et les deux frères se réconcilièrent si bien qu'ils finirent par travailler ensemble. Giovanni-Angelo mourut le premier et laissa tous ses biens aux enfants de son frère. Une fille de celui-ci, nommée Mariangiola, s'adonna à la peinture et y fit preuve de talent ; une Déposition de croiœ, qu'elle exécuta dans l'église San-Severino, et una Vierge avec l'Enfant Jésus et des Saints, à Santa-Maria la Nuova, ont été louées par Stanzioni pour l'extrême fraîcheur du coloris. Elle se maria avec un artiste de mérite, Giovanni-Antonio d'Amato le jeune, qui s'était formé sous la direction de Giovanni- Antonio le vieux, son oncle, et de Bernardo Lama.
De l'école de Giovanni-Filippo Criscuolo sortirent plusieurs bons peintres : Francesco Curia, auquel nous consacrons ci-après une notice spéciale ; Dezio Termisano, qui a mis son nom et la date de 1597 au bas d'une Cène qu'il peignit pour Santa-Maria a Chiazza ; Francesco Imparato, qui acheva de se former à Venise sous la direction du Titien et imita assez heureusement ce grand artiste dans un Martyre de saint André, à Santa-Maria la Nuova, et dans un Martyre de saint Pierre, à San-Pietro Marlire.
Musée des Studj. — Les deux tableaux de Giovanni- Filippo, dont nous avons parlé dans la notice, sont peints sur bois. Dans l'Adoration des Mages, la Vierge assise devant un temple en ruines, à côté de saint Joseph, tient sur ses genoux le bambino qui prend un vase d'or que lui offre un des rois; ceux-ci ont une suite nombreuse de serviteurs et de chevaux ; des anges contemplent la scène, du haut du ciel où brille l'étoile miraculeuse. — La seconde peinture est disposée en forme de triptyque. Au centre, la Vierge et saint Joseph adorent l'Enfant Jésus qui est couché sur une draperie bleue; dans le haut, portés par les anges. Dieu le Père, enveloppé d'un manteau rouge, et le Fils, enveloppé d'un manteau gris, ont la main posée sur un globe au-dessus duquel plane le Saint Esprit; sur les côtés, dans des compartiments cintrés, il y a quatre figures de Saints.
Le musée de Naples n'a qu'un seul tableau de Giovanni-Angelo, la Lapidation de Saint-Etienne, qui était autrefois dans l'église Sanio-Stefano.
Dominici a signalé, comme une œuvre capitale de Giovanni-Filippo, le tableau du maître-autel de l'église Santa-Maria Regina Cœli, divisé en huit compartiments, dont deux au centre, la Conceiition et le Père éternel bénissant, et six sur les côtés représentant des sujets du Nouveau Testament. Entre autres ouvrages du môme maître mentionnés par Dominici, citons encore : le Mariage de sainte Catherine, à San-Pietro a Majella ; — une Adoration des Mages, à Santa-Maria del Rosario, et une autre àSanta- Patrizia; — une Vierge avec l'Enfant Jésus, saint Jacques et saint Philippe, à San-Pietro ad Aram; — une Madone, « condotla su la maniera raffaelesca, » à Santo-Agostino ; — un petit portrait de Saint François de Paule, daté de 1581.