‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 129 sur 136 · FRANCESCO FABRIZIO · texte numérisé non relu

FRANCESCO FABRIZIO

ÏLORISSAIT VERS liÔO. ^É VERS 1560, «OKT EU 1635.

Les œuvres de Francesco Santafede ont été souvent confondues avec celles de son fils Fabrizio ; elles s'en distinguent cependant, en ce qu'elles sont plus vigoureuses dans les ombres. Celte vigueur est môme poussée parfois à l'excès, comme on peut le remarquer dans un tableau du musée des Studj représentant la Vierge et V enfant Jésus à qiù saint Jérôme et sainte Elisabeth présentent un évéque. Au resie, les ligures de cette composition, un peu plus petites que nature, ne manquent pas d'expression ; le saint Jérôme, debout près de l'enfant Jésus et tenant un livre, attire particulièrement l'attention ; l'évéque, agenouillé et joignant les mains, est un bon portrait.

Francesco Santafede se forma à l'école d'Andréa da Salerno.Orlandi signale parmi ses meilleures productions les peintures du soffite de la Nunziata et une Déposition de croix, dans la chapelle des princes de Somma. De son côté, Dominici mentionne une Résurrection du Christ, placée dans la chapelle du Mont-de-Piété, « vaste page, pleine de ligures et peinte avec unegrande vigueur de clair-ohscur. » La signature de Francesco se lit au bas d'un Couronnement de la Vierge, à Santa-Maria la Nuova, mais quelques connaisseurs croient que cette peinture a été exécutée par Fabrizio ou tout au moins terminée par lui, de môme qu'un grand retable de l'église Santa-Lucia del Monte réprésentant la Déposition de croix. Saint François d'Assise et Sainte Lucie.

L'éducation de Fabrizio fut très-soignée. Après avoir étudié les belles-lettres chez les Jésuites et avoir reçu de son père et de Francesco Curia les premières leçons de peinture, il visita successivement Rome, la Lom bardie, Bologne, Parme, Venise. Dans cette dernière ville il connut, dit-on, le Tintoret qui lui donna des conseils, et se lia d'amitié avec Leandro Bassano et Palma le jeune. Il séjourna aussi à Florence et y étudia particulièrement les œuvres d'Andréa del Sarto. Revenu à Naplcs, il ne tarda pas à être accablé de travaux. Dans la foule de ses œuvres, on vante surtout le tableau du maître-autel de l'église de la Santissima-Trinità représentant la Trinité adorée par quatre saints et quatre saintes, et celui du maiire-autel de l'église du Spirito-Santo représentant la Descente du Saint-Esprit. En 1605, en môme temps que le Caravagc était chargé de faire un tableau pour le maître-autel de l'église du Monte-della-Misericordia, Francesco reçut la commande de deux ouvrages pour ce môme édifice ; il représenta, dans l'un. Saint Pierre ressuscitant le fds de la veuve, et dans l'autre, le Christ et la Chananéenne. Une autre œuvre de plus grande importance est le Couronnement de la Vierge, qu'il peignit sur le plafond de Santa-Maria la Nuova : Marie, enveloppée d'un manteau bleu, la tête inclinée et légèrement tournée vers le spectateur, est agenouillée sur les nuées; le Christ, qui la couronne, a le torse nu et les jambes recouvertes d'une draperie rose ; le Père Eternel, vu de face et ayant une grande barbe blanche, donne sa bénédiction à la Vierge; le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, plane entre le Père et le Fils. Le peintre Paolo de' Matteis n'a pas craint de dire que cette peinture semblait à première vue ôtre une œuvre du Titien. Sans partager cet enthousiasme, nous reconnaissons que la composition a de la simplicité et de la noblesse, que la Vierge est pleine de grâce et que la couleur ne manque ni de moelleux ni d'éclat.

Au musée de Naples, il y a un tableau remarquable, signé du nom de Fabrizio et daté de ir)95. La Madone, jeune et belle, vôtue d'une robe rose et ayant sur les genoux une draperie verte, tient de la maiu droite sa divine mamelle que le bambino s'apprôte à saisir; elle est assise au milieu d'une gloire d'anges, la tôte ceinte d'une couronne royale et les pieds sur le croissant. Au dessous, saint Jérôme, ayant le torse nu et tenant un livre ouvert qu'il montre au spectateur, est assis sur la gauche ; un capucin à la barbe blanche, saint Pierre Gambagurta de Pise, placé à droite, contemple dévotement la Madone. Au fond, dans une espèce de rivière de feu, qui représente sans doute le purgatoire, on aperçoit des malheureux implorant leur délivrance. Cette

peinture est d'un coloris très-harmonieux, d'une belle et noble ordonnance ; l'auteur semble s'être inspiré de Fra Bartolommoo et d'Andréa del Sarto.

Fabrizio Santafcde ne se contenta pas d'ôtre un peintre de talent, il s'adonna avec ardeur à l'étude de l'antiquité et forma une importante collection de statues, de médailles, de camées, de vases, de petits bronzes. Il se lia avec les littérateurs et les érudils les plus renommés de son temps, notamment avec Giulio- Gesare Gapaccio, dont il fit le portrait. Gomme peintre, il forma plusieurs élèves dont le plus habile fut Stanzioni. Il mourut en 1634.

Musée des Studj. — Le tableau de Fabrizio dont nous avons donné la description, est peint sur bois. D'Aloë le cite comme un des meilleurs ouvrages de cet artiste.

Parmi les nombreuses productions de Fabrizio que Dominici signale comme se trouvant de son temps dans les églises de Naples, les plus importantes, avec celles que nous avons mentionnées dans la notice, sont : la Vierge, l'Enfant Jésus et saint Thomas d'Aquin, dans l'église de

Monte-Oliveto ; — l' Adoration des bergers, dans l'église de Gesù-e-Maria; — l'Adoration des Mages, dans l'église Santa- Maria di Costantinopoli ; — la Vierge, l'Enfant Jésus, saint Luc et saint Benoit, dans l'église Santa-Maria Regina Cœli; — la Déposition de la croix, dans l'église Santo-Andrea de' Tavornari; — la Vierge, l'Enfant Jésus et quatre saints, dans l'église Santa-Maria del Carminé Maggiore, etc. Musée du Louvru. — Un dessin de Fabrizio.

BELÏSARIO CORENZIO

BÉ VEKS 1558. — KORT EN 1013.

Bien qu'il ait vu le jour en Grèce et qu'il se soit formé à Venise sous la direction du Tintoret, Belisario Gorenzio peut être rangé dans l'école napolitaine; pendant plus d'un demi-siècle il habita cette ville, y exécuta une multitude de travaux et s'y rendit fameux par la violence et la bassesse de son caractère, autant que par la fécondité de son talent. Il était venu se fixer dans cette ville, vers 1590, à l'âge de trente-deux ans environ, et, grâce à l'appui de quelques riches négociants de son pays, il n'avait pas tardé à être chargé de nombreuses commandes.

Belisario ne vit dans l'art qu'un moyen de s'enrichir. Doué d'une habileté de main extraordinaire , au point d'être capable, suivant Dominici, de faire à lui seul autant de besogne que quatre artistes laborieux, il ne prétendit à rien moins qu'à exercer le monopole de la peinture à fresque dont il avait fait sa spécialité.

En 1609, Annibal Garrache étant venu à Naples, sur le conseil des médecins, pour se distraire de sa mélancolie, les Jésuites lui proposèrent de se charger des peintures de leur nouvelle église. L'illustre artiste accepta et, afin de donner aux Pères une idée de son style , il fit pour eux un petit tableau représentant la Vierge, VEnfnmt Jésus et saint Jean. Appelé par les Jésuites pour donner son avis sur cet ouvrage, Belisario se fit accompagner au couvent par plusieurs peintres à sa dévotion, et tous s'accordèrent avec lui pour déclarer que l'auteur du tableau était un homme sans imagination, incapable de mener à bien la décoration de la magnifique église du Gesù-Nuovo. Forts de ce jugement aussi intelligent que désintéressé... les Jésuite> trouvèrent tout simple de retirer la commande qu'ils avaient faite à Annibal, et de la confier à Belisario. Quant au tableau, ils le reléguèrent dans une chapelle qu'ils avaient à Torre-del-Greco. Froissé d'un tel procédé, Annibal s'éloigna de Naples sur-le-champ, sans prendre garde aux dangers qu'il y avait de voyager pendant la canicule. A peine rentré à Rome, il s'alita et mourut.

Dominici a beau constater, avec son indulgence habituelle, que les Miracles de saint François Xavier et de saint Ignace, peints par Belisario sur la voiite du transsept du Gcsù-Nuovo, sont au nombre des meilleurs ouvrages de cet artiste, il ne lui pardonne pas d'avoir empêché Annibal Garrache d'enrichir Naples de chefsd'œuvre.

Si jaloux de la gloire d'autrui et si audacieux qu'il fût, Belisario n'osa point s'attaquer à Ribera, premier peintre et favori du vice-roi. Au reste, les deux artistes étaient plutôt fails pour s'entendre que pour se détester. Les loups ne se mangent pas entre eux. A force d'adulations, Belisario gagna si bien les bonnes grâces de Ribera, qu'il dut à son intervention d'être nommé peintre de la cour, et fut chargé, en cette qualité, de décorer plusieurs salles du palais royal.

Le Grec et l'Espagnol, ainsi devenus les meilleurs amis du monde, se concertèrent avec le Napolitain

Laracciolo pour organiser une sorte de dictature des arts : comme tous les despotes , ils commencèrent par étayer leur pouvoir sur la popularité la plus basse, en flattant les peintres inférieurs et en leur faisant obteuir les commandes dont ils ne voulaient pas pour eux-mômes. Ils en imposèrent, par leur outrecuidance, aux honnêtes gens, et contraignirent, par la menace, les artistes de talent de la ville à garderie silence; mais, ce fut surtout contre les peintres venus du dehors que la redoutable association déploya sa violence; elle ne recula devant aucun moyen, si criminel qu'il fût, pour les écarter.

Les administrateurs (dej9î<to<j) de la fameuse chapelle, dite du Trésor de Saint-Janvier, ayant décidé de la faire orner de peintures, ce grand travail excita naturellement les plus ardentes compétitions. Le chevalier d'Arpino, qui en fut d'abord chargé, ne tarda pas à être vaincu par les machinations de Belisario et de ses acolytes; il s'enfuit précipitamment au MontCassin, et y laissa les cartons qu'il avait faits pour la chapelle. Le Guide fut appelé pour le remplacer; mais, à peine avait-il mis la main à l'œuvre, que son valet fut accablé de coups de bâton, et prévenu qu'il eût à se préparer à mourir, avec son maître, s'ils ne se hâtaient tous deux de quitter la place. Le Guide ne se le fit pas dire deux fois. Francesco Gcssi, son élève, tenté par la grandeur de l'œuvre à exécuter, demanda et obtint que cette tache périlleuse lui fût confiée. Arrivé à Naplcs, il ne put faire un pas sans se sentir espionné et sans se voir suivi par des gens à mine rébarbative ; chaque jour, des lettres anonymes, contenant des menaces de mort, lui étaient adressées; enfin, deux jeunes peintres qu'il avait amenés pour lui servir d'aides, étant allé visiter les galères ancrées dans le port, on les fit monter sur un bâtiment, qui mit aussitôt à la voile et les emporta au large. Gessi, malgré toutes ses démarches, ne put jamais en avoir de nouvelles ; il comprit à son tour qu'il n'avait rien de mieux à faire que de partir.

De guerre lasse, les administrateurs de la chapelle de Saint-Janvier se décidèrent à traiter avec les triumvirs : Corenzio et Garacciolo furent chargés de l'exécution des fresques, et il fut entendu que Ribera ferait les tableaux à l'huile. Mais, cet accord ne tint pas longtemps. Les administrateurs, conseillés par le cardinal-archevêque Buoncompagni , adressèrent au Dominiquin les propositions les plus brillantes pour qu'il consentit à venir peindre leur chapelle. Le célèbre artiste se laissa tenter. Il s'installa avec toute sa famille dans le palais môme de l'archevêque et se mit résolument à l'œuvre. Les ordres les plus sévères ayant d'ailleurs été donnés par le vice-roi pour qu'il ne fût ni inquiété ni molesté, on pouvait espérer que la cabale du monopole hésiterait à les enfreindre. Elle s'abtint, en effet, d'attaquer ouvertement le Dominiquin; mais elle ne lui épargna ni les menaces anonymes, ni les vexations indirectes, ni les persécutions sourdes. Non contente de discréditer sans cesse son talent auprès des gens qui, suivant le mot de Lanzi, « voient avec leurs oreilles » et forment partout la majorité, elle eut recours à un procède infâme pour essayer de justifier ses critiques. Elle gagna à prix d'argent un des ouvriers (muratori) chargés de couvrir d'un enduit les murs sur lesquels le maître devait peindre, et lui conseilla de mélanger des cendres à la chaux qui servait à ce travail. Il en devait résulter et il en résulta que l'enduitet la peinture appliquée dessus se fendirent et tombèrent par écailles, aux applaudissements des détracteurs de l'artiste.

Il serait trop long de narrer tous les autres méfaits dont le Dominiquin eut à souffrir. A bout de patience, il s'enfuit à Rome et y resta plus d'un an, séparé de sa famille que les administrateurs de Saint-Janvier avaient retenue en otage. Les instances des cardinaux Aldobrandini et Buoncompagni l'ayant décidé à retourner à Naples, il y passa encore trois années au milieu de transes continuelles, se défiant de tous, même des siens, et apprêtant lui-même sa nourriture. Enfin il mourut, et tout porte à croire que ce fut par le poison.

Lanfranc fut choisi pour terminer la décoration de la chapelle ; mais, cette fois, Ribera obtint décidément la commande d'un des tableaux, et, à défaut de Garacciolo qui était mort récemment, un de ses élèves, Massimo Stanzioni, fut jugé digne du même honneur. Qant au troisième complice, Belisario , qui fut à vrai dire l'organisateur principal des ignobles persécutions dont nous avons fait le récit, il n'eut aucune part dans le travail qu'il avait si ardemment convoité. La vieillesse avait usé les griffes du tigre ; personne n'avait plus peur de lui et l'on commençait à dire tout haut que sa peinture était mauvaise. Il travailla du reste jusqu'à la dernière heure. Un jour qu'il était monté sur un échafaudage pour retoucher un de ses plafonds, il tomba du haut en bas et se tua. Il était âgé de quatre-vingt-cinq ans (1643).

Lanzi a dit de ce peintre : « Gorenzio fut un bon imitateur du Tintoret, lorsqu'il se donna la peine de travailler avec application; mais il eut plus fréquemment une manière conforme à celle du chevalier d'Arpino... Il peignit très-peu à l'huile, quoiqu'il eût beaucoup de mérite quant à l'union et à la force des couleurs. L'avidité du gain le portait vers les grands ouvrages à fresque ; il s'y montra heureux dans les distributions, riche, varié, hardi et plein d'effet dans l'ensemble, étudié môme jusque dans les détails et correct, quand le voisinage de quelque rival habile l'y contraignait. » Ce jugement nous paraît trop élogieux, malgré ses réserves. Belisario a certainement de la fouge, de l'abondance, de l'exubérance dans l'exécution, comme dans le dessin ; mais, à cause de cela même, il manque presque toujours de goût, de netteté et d'harmonie. Ses peintures , aujourd'hui généralement noires et lourdes, nous ont laissé la plus désagréable impression; nous n'en exceptons pas môme, malgré la réputation dont elles jouissent, les fresques du chœur et du transsept de l'église San-Severino, représentant les Fastes de V Ordre des Bénédictins. Nous n'avons pas vu la fameuse peinture de la Multiplication des jMins, qui décore le réfectoire du couvent contigu à cette église et qui contient, dit-on, cent dix-sept figures de grandeur naturelle; mais s'il est vrai, comme tous les biographes l'ont répété, que cette immense composition ait été exécutée en quarante jours par Gorenzio, nous nous permettrons de douter qu'elle puisse, comme le prétend Dominici, « être mise en parallèle avec n'importe quel grand et bel ouvrage que ce soit. »

Les peintures si vite faites sont comme les livres écrits au courant de la plume; elles peuvent faire l'étonnement des badauds ; elles ne soutiennent pas l'examen d'un connaisseur. On peut répéter, à propos même des plus réussies, ce que Michel-Ange disait après avoir lu une inscription louant Vasari d'avoir exécuté en cent jours les fresques du palais de San-Giorgio, à Rome : £" si conosce!

Musée des Studj. — Saint Jacques de Galice mettant en faite les Sarrasins (panneau). Monté sur un cheval blanc, le saint poursuit, l'épée à la main, les cavaliers inQdèles; son manteau flotte derrière ses épaules, son attitude est pleine de fierté et d'enthousiasme. Dans le fond du tableau, qui est peint dans des tons verdàtres, on aperçoit une armée en déroute.

Les peintures à fresque exécutées par Gorenzio dans les

églises de Naples sont innombrables. Les plus estimées après celles du Gesù-Nuovo et de San-Severino, dont il a été question dans la notice, sont celles qui ornent la sacristie de la Nunziata, la tribune, les voûtes du transsept et la coupole de Santa-Maria di Costantinopoli. L'église des Gerolomini possède une Adoration des Mages peinte à l'huile.

Musée du Louvre. — Trois dessms.

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