‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 17 sur 136 · MARCO DA OGGIONE · texte numérisé non relu

MARCO DA OGGIONE

HÉ ÏERSl'lSO; MORT EN 1530.

Il est à remarquer que la plupart des élèves de Léonard de Vinci, à l'exception de Bernardino Luini, qui d'ailleurs ne paraît pas avoir reçu son enseignement direct, abandonnèrent promptement le grand art de la fresque et déployèrent surtout leur talent dans l'exécution des tableaux destinés à la décoration des églises et des palais. Marco da Oggione, ou Uggionc, ou même Uglone, d'après Lanzi, qui doit son nom au petit village d"Uggione, près de Milan, où il naquit, forme un contraste intéressant avec ses condisciples par la hauteur de ses ambitions et la singularité de son talent. Entré tout enfant à l'école de Léonard, il acquit de bonne heure une grande habileté de main, en exécutant des copies très-soignées d'après les ouvrages les plus considérables du maître, et en particulier d'après la fameuse Cène de Sainte-Marie des Grâces, alors dans tout son éclat, qu'il reproduisit plusieurs fois. La plus célèbre de ces copies, qui appartenait autrefois à la Chartreuse de Pavie, se trouve aujourd'hui à l'Académie royale de Londres. Cette copie est sans doute bien inférieure à l'original, tel qu'il devait être à cette époque; Marco eut toujours la main pesante, môme en copiant son maître, dont il ne pouvait rendre les délicieux modelés dans toute leur déhcatesse, les harmonieux clairs-obscurs dans toute leur suavité ; malgré ces imperfections probables, son œuvre n'en reste pas moins la plus précieuse des reproductions de ce chef-d'œuvre sans pareil, qui résista par malheur si peu de temps aux injures de l'atmosphère et aux insultes des hommes. On y admire surtout le caractère des tètes, et le graveur Bossi dut y avoir recours plus d'une fois pour s'éclairer dans ses recherches, lorsqu'il entreprit la grande planche de la Cène. Une seconde copie, provenant du couvent de Saint-Barnabe, d'une valeur moindre et dans un état de dégradation qui la rend presque méconnaissable, a trouvé asile au musée Brera.

Tandis que ses camarades, Mclzi et Salaïno, par exemple, cherchaient dans les esquisses du maître des sujets de compositions tendres et de figures gracieuses, Marco d'Oggione, plus hardi dans ses conceptions, plus rude dans son exécution, entreprenait de tous côtés de grandes fresques héroïques et dramatiques sur les murailles des couvents ou églises de Milan. Bien qu'il ait beaucoup travaillé, un très-petit nombre de ces fresques ont échappé aux ravages du temps. Le couvent Santa-Maria délia Pace, oîi. Vasari et Lanzi admirèrent une suite considérable de peintures qui, au xviii" siècle, conservaient encore la précision de leurs contours et la vivacité de leurs couleurs, a été transformé ou détruit, et le musée Brera n'a pu recucilhr que des fragments. Quant au grand Crucifiement qui se trouvait dans le réfectoire de ce même couvent et que Lanzi regardait comme un des chefs-d'œuvre de l'école lombarde, tant pour la beauté de l'invention que pour la grâce des figures, ce n'est plus aujourd'hui qu'une ruine, devant laquelle il est difficile de ressentir la surprise et l'admiration qu'éprouvèrent, pendant longtemps, les amateurs de peinture qui retrouvaient là dans la variété des attitudes, dans la noblesse des expressions et jusque dans le dessin des chevaux, le grand, esprit de Léonard. Bossi jugeait même ce Crucifiement si supérieur à tous les tableaux signés par Marco, qu'il refusait d'y voir son ouvrage ; mais on ne saurait le suivre dans ce doute. L'attribution de cette fresque n'a jamais été contestée, et la différence qu'on peut trouver entre elle et d'autres œuvres du même maîti-e s'explique aisément par la différence qui existe entre le talent du fresquiste et celui du peintre de chevalet, Marco d'Oggione n'est pas le seul, au xvi° siècle, qui excella, dans la peinture monumentale, d'exécution large et rapide, sans pouvoir s'approprier aussi heureusement les procédés de la peinture à l'huile, qui exige un travail plus'minutieux, plus patient, plus déUcat. Dans ses tableaux, Marco d'Oggione a l'air de se sentir à la gène, comme un homme accoutumé à vivre au grand air qu'on enferme dans une chambre trop étroite ; il est souvent lourd, pâteux, dur et sec, comme les vieux maîtres de Milan, dont il rappelle plus d'une fois les nobles gaucheries; ce n'est qu'en face d'une muraille Ubre qu'il se sent rendu à lui-même et qu'il laisse courir légèrement son pinceau, avec la souplesse et l'aisance d'un véritable élève de Léonard. Parmi ses peintures de Santa-Maria délia Pace, les morceaux les plus célèbres étaient, après le Crucifiement, les Noces de Cana et une Mort de la Vierge. Il avait aussi travaillé dans l'église de Santa-Eufemia, au couvent des religieuses

de Santa Marta, dans réglise de San Paolo in Compito et à la Chartreuse de Pavie, où on voit de lui plusieurs tableaux, et où se trouvait, nous l'avons dit, sa fameuse copie de la Cône.

Paris. — Musée du Louvre : Une Sainte Famille (n° 'i30). A gauche, sainte Anne et saint Joaohim; au milieu, la Vierge, et à droite saint Joseph sont en adoration devant l'enfaiit Jésus, qui est assis par terre et refuse au jeune saint Jean l'oiseau qu'il tient à la main. Sur un plan plus éloigné, des hergors contemplent avec étonnement trois anges qui célèbrent dans le ciel les louanges du Seigneur, et le pasteur conduisant l'ftne et le hœuf dont l'haleine servit à réchauffer Jésus lorsqu'il vint au monde. Ce tableau appartenait autrefois au musée Brera; il fut acquis en 1812 par le Musée français moyennant un échange autorisé par le gouvernement. Deux autres tableaux importants et mis sous la rubrique, Ecole de Léonardo da Vinci, peuvent être aussi attribués, dans la même collection, à Marco d'Oggione. Ce sont : 1° La Vierge, l'enfant Jésus, sainte Elisabeth, saint Jean et saint Michel {n" 487), tableau fameux sous le nom de la Vierge aux balances, qui a été aussi attribué à Salaïno ; 2" une copie de la Cène, d'un tiers moins grande que la fresque originale (n° 486), mais d'une exécution identique à celle de la copie de Londres, copie extrêmement précieuse, dit le catalogue, parce que, sauf la dimension, elle reproduit scrupuleusement la composition de Léonard dans les moindres détails. Elle

fut commandée pour la chapelle du chftteau d'Ecouen par le cardinal do Montmorency.

M:lan. — Le musée Brera possède plusieurs fragments des fresques de Marco d'Oggione ii, Santa Maria délia Pace : N° 14. Im Mort de la Vierge, avec plusieurs apôtres et les saintes femmes. N" 21. Saint Christophe. N" 22. Apôtres, fragment se rapportant au n" 1 i. N" 32. Adam cl Eve dans le paradis terrestre. Quelques-uns des tableaux, signalésdansles notices de Vasari, de Baldinucci, de Lanzi, sont aussi entrés dans cette galerie. Tels sont, par exemple, (n° 319) la Vierge tenant l'enfant Jésus, entre S. Jean Baptiste, S. Paul et un ange, qui se trouvait autrefois dans l'église San Paolo in Compito; (n" 450) les Archanges Michel, Gabriel, Raphaël, vainqueurs de Satan, qui provient de l'église Santa Marta. On y voit en outre une Assomption {n° 458j, la copie de la Cène de Léonard dont nous avons parlé (n°464), qui appartenait autrefois à Saint- Barnabe, et une autre copie à fresque de la Cène, un peu moins grande que l'original et que la copie de Londres, mais plus grande que la copie du Louvre, provenant d'un monastère à Castellazzo di Vigentino. Le Guide de Milan signale, comme existant encore dans l'église do Santa- Eufemia, une Vierge avec des saints et des saintes.

Page 1