FLORISSAIEXT VER5 1500, VIVAIENT ENCORE EN
Lomazzo, dans son Traité de la peinture qui parut en 1584, cite Aiu-elio et Evangelista Liiini, tous deux fils de rillustre Bernardino Luini, parmi les meilleurs artistes du temps. Evangelista, qu'on croit le cadet, fut surtout un ornemaniste ingénieux et fertile; Aurelio, qui imitait son père et traita quelques grands sujets d'histoire religieuse, jouissait d'une sérieuse réputation comme anatomiste; il paraît d'ailleurs avoir abordé presque tous les genres, car ses contemporains estimaient beaucoup ses paysages et le regardaient comme un maître dans l'art de la perspective. Lomazzo raconte à ce sujet une anecdote curieuse et qu'il est bon de citer, parce qu'elle montre que les discussions au sujet de l'art sont les mômes dans tous les temps. Aurelio Luini peignait, paraît-il, tout d'abord ses paysages à la façon des vieux maîtres lombards, détaillant miuu'ieusement chaque objet, comptant l'herbe brin à brin, les villages pierre par pierre et sèchement; mais, un jour, il se rendit chez Titien et lui demanda son avis sur la façon de peindre les arbres sur les fonds. <i Titien lui donna d'abord d'excellentes raisons pour lui prouver qu'il fallait éclairer les feuillages par les fonde (mot à mot, éblouir les feuillages par les fonds, abbagliare le froîidi col campo), et finit par lui montrer un de ses admirables paysages qu'il avait chez lui. Au premier coup d'œil, Aurelio jugea que ce tableau n'était qu'une masse emplâtrée, cosa empiastrata, mais, ayant fait quelques pas en arrière, il lui parut peu à peu, de loin, que le soleil resplendissait à travers la toile, éclairant les circuits des routes qui fuyaient de droite et de gauche, de telle sorte qu'il dut avouer n'avoir jamais vu, en fait de paysages, une chose plus précieuse au monde. »
Cette diversité d'aptitudes procura à Aurelio Luini des commandes importantes et nombreuses qu'il exécutait avec une facilité extraordinaire et lui mérita l'épithètc du peintre prêt à tout, prontissimo pitlore. Lomazzo n'hésite pas à le mettre au premier rang parmi ses contemporains et le cite comme le plus heureux imitateur du style de Polydore de Caravage, en donnant comme exemple une vaste fresque sur la façade de la Miséricorde; mais on sait qu'il faut toujours un peu rabattre des éloges de Lomazzo, lorsqu'il s'agit d'un Milanais. En réalité, Aurelio Luini est un imitateur, un peu pâle et souvent affecté, de la manière
facile, libre, gracieuse de son père; c'est un homme de pratique, habile et érudit, mais sans originalité, et qui ne prend pas toujours la peine de dissimuler la vulgarité de ses conceptions et le sans-gône de ses emT prunts. Au dire de Lanzi, sa meilleure peinture serait son Baptême du Christ à l'église San-Lorenzo; là vraiment l'ouvrage est digne du grand nom qu'il porte.
Aurelio Luini eut pour élève un peintre très-laborieux dont on trouve beaucoup d'œuvres à \Iilan, Pietro Gnocchi, qui lit souvent preuve d'un goût plus éclairé et plus délicat que son maître. Suivant une habitude du temps dont nous avons de nombreux exemples, ses contemporains lui donnèrent quelquefois le nom de son maître et l'appelèrent Pietro Luini, ce qui paraît l'avoir fait prendre à tort pour un membre de la famille des Luini. Son tableau le plus célèbre était un Saint Pierre recevant les clefs, dans l'église de Saint- Victor.
Milan. — Le musée Brera possède une fresque importante d'Aurelio Luini, qui provient de réglise de San- Vincenzino : le Martyre de saint Vincent, diacre. Dans l'église de San Tomaso in Terra -Mala, se trouve un Christ apparaissant à la Madeleine. A San Maurizio Maggiore, où il travailla certainement Ijeaucoup, sous la direction de son père, avec tous les autres élèves de Bernardino,
non-seulement aux compositions figurées, mais encore à l'ornementation architecturale, Aurelio a peint, pour sa part personnelle, un Saint Etienne et un Baptême du Christ, Le Guide de Milan signale encore : dans l'église de San Barnaba, première chapelle à droite, un Christ mort; des fragments de fresques décoratives dans les cours du palais Marina, aujourd'hui palais Municipal.