‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 2 sur 136 · GIOVANNI ANTONIO BELTRAFFIO · texte numérisé non relu

GIOVANNI ANTONIO BELTRAFFIO

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L'histoire des peintres doit réserver une place des plus honoraibles à Giovanni- Antonio Bellraffio, gentilhomme milanais, pour qui la peinture ne fut qu'un délassement, et qui lui néanmoins un des meilhiurs élèves de la grande école du grand Léonard. Au siècle passé, le nom de Beltraffio (Vasari l'appelle HolIralTio)' était parfaitement inconnu en France. L'Italie, elle-même, ne possédait guère de ce maître qu'un tableau bien authentique, celui qu'il avait peint à Bologne dans l'église de la" Miséricorde, et l'on se souvenait à peine que Vasari avait consacré quelques lignes à Gio- Antonio. Ce fut en 1812 que, par suitQ d'un échange, le chef-d'œuvre du peintre, qui de l'église de la Miséricorde était passé au musée de Milan, passa de Milan à Paris' et fut placé au Louvre. Dès ce moment, Beltraffio prit à nos yeux un rang distingué parmi les maîtres de l'école milanaise, sans être estimé toutefois à l'égal de Luini, de (lesareet de Gaudenzio.

Rien ne tait mieux sentir la supériorité de l'Italie en fait do peinture, que d'y reuconlriîr dos artistes qui sont restés obscurs pendant plus de trois siècles, et (pii, cependant, sont d'une telle force que, transportés dans une autre école, je veux dire dans un autre pays, il^ y auraient figuré avec gloire et seraient devenus célèbres. Assurément, si on le compare à ses

milanaise

condisciples milanais, Beltraflio n'est pas, encore une fois, à la hauteur d'un Bemardino Luini, par exemple; il n'a pas, comme lui, remué de vastes compositions, agencé de nombreuses figures, traité grandement l'histoire et la fable, le sacré et le profane, ni décoré des murailles par la fresque. Son talent mâle et ferme, borné à la peinluie à l'huile, ne s'est jamais exercé que dans un genre assez restreint, dans celui auquel peut suffire, à la rigueur, un excellent peintre de portraits. Mais il s'y montre vigoureux, savant, sûr de lui-même. Dessinateur net et serré, coloriste énergique et plus généreux que les autres élèves de Léonard, moins froid dans les ombres, plus solide et plus empâté dans les lumières, plus attentif au matériel de l'art, il a été assez bien inspiré pour s'en tenir aux sujets qui pouvaient faire valoir son habileté pratique, et qui ne demandaient pas une élévation d'esprit à laquelle, sans doute, il n'aurait pas su atteindre. Une Madone entre deux saints, ayant à ses pieds un ou deux donateurs à genoux, tel est, on le sait, le thème favori des peintres du quinzième siècle; tel est aussi le motif du tableau de Beltraffio qui est au Louvre, et qui, au dire de Vasari, est le plus beau morceau qu'il ait peint. Il portait la date de 1500'.

Au premier coup d'œil, ce tableau nous saisit par un naturalisme fort, plein d'accent et de saveur, qui manque un peu de distinction dans la figure principale, celle de la Vierge, mais qui n'est pas sans dignité et même sans grâce dans les figures des deux personnages debout, saint Sébastien et saint Jean-Baptiste. Ces deux figures, à n'en pas douter, sont des portraits, mais des portraits bien choisis. L'un est un beau jeune homme, dont le doux visage est encadré gracieusement par les boucles tombantes d'une chevelui'e frisée. C'est un modèle connu dans l'école de Léonard et que nous voyons reparaître chez quelques-uns de ses élèves, et même chez Lorenzo di Credi, son condisciple, si nous avons bonne mémoire. L'autre est une figure grave et assez imposante, bien que le caractère en paraisse faiblement trempé quand on se rappelle l'admirable ascétisme du saint Jean de Raphaël dans la Madone de Foligno. Quant à la Vierge de Beltraffio, il faut reconnaître qu'elle laisse à désirer plus de douceur et aussi plus de beauté. Son regard dur et louche, sa lèvre épaisse, sa coiffure étroite et dépourvue de grâce, lui font une physionomie sans noblesse. Elle semble bouder ceux qui l'implorent, non pas de cette moue superbe qu'a si fièrement exprimée le ciseau de Michel-Ange, mais d'une moue peu intéressante parce qu'elle n'a ni le caractère de la hauteur, ni celui de la tendresse. L'enfant Jésus est sévèrement dessiné et modelé, avec ces bourrelets de chair et ces plis de la peau qu'avait si bien observés Léonard de Vinci. Mais, l'enfant et la Vierge sont dominés en hauteur et comme écrasés par les deux figures de saint Sébastien et de saint Jean, qui donneraient à la composition la forme d'une pyramide renversée si on ne voyait planer sur la tête de l'enfanl la croix que tient le précurseur et le petit ange qui joue du luth au sommet du tableau. -Il est de tradition, suivant Malvasia et Baldinucci, que ce petit ange a été peint par Léonard; cependant, il n'est pas possible d"y reconnaître la main de ce grand homme, qui convertit en diamants tout ce qu'elle touche.

Ce qui est admirable, sans aucune restriction, c'est le portrait des deux donateurs agenouillés à droite et à gauche de la Madone, et qui sont Giacomo Casio de' Medici et son fils Girolamo, deux Bolonais illustres, le dernier surtout, pour avoir reçu des mains de Clément VII le lauriei- poétique dont il est couronné dans le tableau. Girolamo Casio, le poète, était un ami de Léonard. Il avait composé un sonnet sur la fameuse peinture de Sainte Atuie, dont nous possédons au Louvre l'original, selon toute apparence. II s'attache donc un intérêt de plus à son portrait, qui, d'ailleurs, est peint supérieurement, et s'enlève sur le fond avec la vérité de la vie et le relief plastique de la ronde-bosse. Le fond, c'est un paysage, grand par les lignes, mais traité avec la finesse un peu minutieuse des peintres du quinzième siècle. Les brins d'herbe sont détaillés, les plantes sont comptées; le naturalisme, auquel nous devons la consistance et l'énergie des figures, se retrouve, comme on devait s'y attendre, dans les moindres accidents du terrain et dans tous les accessoires. Tout voir et tout rendre, c'était le principe de ces maîtres du quinzième siècle, et Beltraffio, qui tient de la vieille école par la symétrie de sa composition, en tient aussi par une manière serrée et voulue, et par un contour cerné qui avoisine la sécheresse.

' Ma basli avcr qui nomiiiala quesla (lavola) clie è la migliou'. Vasari.

GIOVANNI ANTONIO BELTIIAFFIO (1467). 3

Que Dellraffio ait clé l'élève de Léonard, nous le savons d'une manière certaine, et par l'inscription ([u'on lisait autrefois sur K; tableau, — cette inscription que mentionne Vasari a depuis longtemps disparu, — et [)ar le témoignage de deux auteurs milanais, Borsieri et Sassi. Ces auteurs nous apprennent de plus que, après la chute de Louis le More, Léonard de Vinci, voulant quitter Milan pour aller à Florence avec Luca Paciolo, confia au Beltrafflo la direction intérimaire de son académie. Cependant, il est vraisemblable qu'avant

eCLTRAFno, LA VIERGE DE LA FAMILLE CASIO ( Musée du Louvre. )

REONiERciFILS,

d'entrer dans l'école du Vinci, Giovan- Antonio avait déjà reçu les leçons de quelqu'un des vieux maîtres Hiilaiiais de l'ancien style, car il a plus d'un trait de ressemblance avec eux, et il se distingue, en cela, dv ses condisciples, qui, du reste, étaient tous plus jeunes que lui, à l'exception d'Andréa Solario. Quoi qu'il en soit, pour concilier le dire de Borsieri et de Sassi avec la date de 1500, qui sans' doute, d'après Vasari, était inscrite sui' le tableau du Louvre, il faut croire que Beltrafflo, lorsque Léonard le chargea de diriger l'académie, avait déjà peint sa Madone dans l'église de la Miséricorde, et qu'il était revenu de Bologne en cette même année 1500. Quatorze ans plus tard, nous le retrouvons à côté du Vinci, lui faisant escorte quand le grand maître entreprend son voyage de Rome. Nous avons rapporté, dans la biographie de Léonard,

i ÉCOLE ITALIENNE.

la noie écrito de sa main au volume B de ses manuscrits : « Aujourd'hui, 24 septembre (1514?)', je suis parti de Milan pour Rome avec Giovanni, Francesco Melzi, Salai, Lorenzo et Fanfoia. » Le Giovanni dont il est ici question est sans doute Beltraffio, désigné familièrement par son prénom. Amoretti le pense et son interprétation est fort probable. Or, nous savons que le séjour de Vinci à Rome fut à peine d'un an. Si Reltraffio l'accompagna jusqu'à Rome, il dut être de retour avec lui en .151 5. Peut-être les élèves qui formaient le cortège de Léonard le quittèrent-ils à Florence, où Julien de .Alédicis le prit avec lui pour le conduire à son frère, le pape Léon X. Toujours est-il que Giovan-Antonio mourut l'année suivante, ainsi ([u'il résulte de l'épitaphe gravée sur sou tombeau. Il ne vécut donc (pie quarante-neuf ans, et sa courte carrière est une raison de plus poui' expliqu(^r l'extrême rareté de ses œuvres.

Du temps où écrivait Lanzi, au commencement de ce siècle, la Madone de Bellraffio, que nous avons décrite, était le seul ouvrage de lui qui fût exposé dans un lieu public. Depuis, d'autres morceaux de sa main ont été connus ou plutôt remarqués. Le musée Brera, qui posséda quelque temps le tableau du Louvre, a conservé une figure en pied de saint ,Iean-Baptisle, aussi belle par la dignité du caractère que par la pastosité d'un coloris de haut goût et le savoir anatomi([ue du dessinateur. Des écrivains compétents vantent beaucoup la Sainte Barbe An musée de Berlin, qui est représentée debout, tenant à la main un calice. M. Viardot parle avec chaleur de cette figure superbe, dont le style est grand et la tête imposante; e( M. Rio, qui a étudié de si près l'école milanaise, va jusqu'à dire : « On ne saurait rien imaginer de plus majestueux, de plus beau de formes et de proportions, que son tableau de sainte Barbe; il n'y a rien de faux ni d'exagéré dans la comparaison qu'on en a faite avec une divinité anlifpie, car, dans certains effets qu'il cherche à produire, Beltraffio est aussi, lui, plus sculpteur que peintre. » Toutefois, ceux qui ont vu les autres œuvres de Beltraffio (on en compte sept ou huit au plus), s'accordent à regarder comme son meilleur tableau la Madone des Casio. Les contemporains du peintre furent sans doute de cet avis, car il dut en faire des. répétitions, une entr'autres pour la ville de Lodi. Nous avons donc au Louvre le chef-d'œuvre de l'artiste et nous aurions' pu suivre l'exemple de Vasari, qui s'est cru dispensé, par la mention fpi'il a faite de ce bel ouvrage, de décrire les autres peintures dumaitre lombard. ch.ibles blanc.

' Il se présente ici une difficulté : En quelle année Léonard de Vinci est-il parti pour Rome? lîst-ce au mois de septeniljre 1514 ou au mois de septembre 1313? Cette dernière date nous paraît la seule admissible, s'il est vrai que Julien de Médicis allât à Rome pour assister au couronnement de son frère. Léon X ayant été élu pape le H mars 1S13, les cérémonies de son couronnerneni n'ont pu être ajournées jusqu'à la un de l'année suivante. La.date de 1514 est cependant celle qu'ont indiquée Amoretti et les judicieux annotateurs de Vasari, publié à Florence par Felice Lemonnier. Tourquoi? Parce que dans le même volume de manuscrits, coté R, on lik ces mots écrits par Léonard sur un dessin représentant un lieu sauvage : Sulla riva ciel Po vicino a Sant'Anyelo lol4, athli 27 di scttcmbre. Us ont conclu de cette note que le maître avait dessiné ce paysage trois jours après son départ de Milan, et consé(iuemmcnl ils ont placé ce départ en 1514. Mais^ ne serait-ce pas au retour de Rome que Léonard aurait fait le dessin daté du 27 septembre 1 51 4? Dès lors tout s'expliquerait : le voyage fait dans l'année du couronnement, qui est bien 1513, et le retour après un séjour qui aurait duré un an. C'est donc la dale donnée par M. Villot, dans la NqUcb des tableaux du Louvre, qui est pour nous la bonne, bien que nous ayons indiqué par erreur celle de 1514 dans notre biographie de Léonard.

]liIE(01M(GllES K MMOÎIKDIS

Musée du Louvre. — La Vierge de la famille Casio. La gravure que nous donnons ici de ce tableau nous dispense de le décrire. Il fut acquis à Milan, en 1^812, pour le musée français, avec un tableau de Carpaccio, un autre de Marco d'Oggione, et deux toiles do Ronvicino, en échange desquels le musée de Milan reçut vingt tableaux de l'école flamande. Gravé dans la Pinocateca di Milano.

MusKE Rrera, à Milan. — S^ftU Jean Baptiste, en pied et debout. Il est à moitié nu et porte pour vêlement une draperie grossière. Gravé aussi dans la Pinacothèque de Milan.

Galeiue de Rerlin. — Sainte Barbe. Elle est debout, dans un paysage, tenant un calice à la main.

LoDi. — Une répétilion df la Madone de C^sio, que nous

avons au Louvre. Elle csp gravée dans le Recueil de Fumagalli, Scuola di Lconardo de Vinci in Lombardia. Milano,

Rerg.xme. — Dans la galerie du comte Lochis, prés de cette ville, se trouve une Sainte Famille de Heltraffio.

DuLwicH-CoLLEGE, près de Londres. — JJn beau portrait, tdontnous n'avons pas souvenance. Uest mentionné par M. Rio.

Chez le duc de Devonshire, un autre portrait. — Un autre dans la collection Seymour.

Chez lord Norlwick se trouvait une Sainte Famille qui a dû être vendue avec les autres tableaux de ce lord, en 186

fl existe encore, au chàt«au de Rleinheim, une peinture fort endommagée, que l'on attribue à Rellraflio. .

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éca/e ^aceeune.

t/tueù reûaieaœ.

BERXARDINO LUINI

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