‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 34 sur 136 · L'A M 0 U R DESARME · texte numérisé non relu

L'A M 0 U R DESARME

à cette conjecture l'apparence d'une vérité, il a bien fallu y renoncer le jour où Lanzi s'est avisé de faire remarquer qu'André Mantegna étant mort en 1506, Antonio, alors âgé de douze ans, n'avait guère eu le temps de profiter de ses leçons. Mais à défaut des conseils du maître, Corrége eut assez de ses tableaux pour le comprendre : il sentit tout le mérite de ces peintures où l'art s'efforce d'échapper à la raideur du moyen âge par une naïve imitation de l'antique, et en même temps, il devina toutes les beautés qu'on pouvait y ajouter encore.

Mais si Antonio n'apprit point d'André Mantcgna la partie matérielle de son art, qui donc lui a dpnné les premières leçons? L'histoire des controverses qui se sont élevées à ce sujet suffirait pour remplir les trois quarts de cette monographie. Nous l'épargnerons au lecteur. H est à peu près certain que Corrége n'eût pas d'autre professeur que son oncle paterne! Lorenzo, peintre complètement oublié et dont il ne reste aucun ouvrage. Cette circonstance même nous paraît avoir été heureuse pour le jeune Antonio. II n'eût point à subir l'influence d'un homme supérieur qui n'aurait peut-être pas deviné assez vite et suffisamment respecté l'originalité de son génie; de là vient sans doute qu'il passa si rapidement et avec tant de facilité de la manière encore -ob peu sèche de ses contemporains à ce dessin onduleux et charmant, à ce modelé plein de relief, à cette morbidesse de la chair dont aucun peintre n'a approché.

Il est encore un point fort obscur dans l'histoire des premières années de Corrége et qui a fourni le sujet de longues querelles entre les savants. Fut-il privé de toute éducation scientifique et littéraire ? Ceux qui l'ont pensé ont fait valoir la pauvreté de son père et la difficulté pour un laïque de se procurer, à cette époque, une instruction libérale. Il est assez probable, en effet, que Pellegrino, père du Corrége, n'aurait pas trouvé dans ses seules ressources le moyen de développer toutes les facultés de son fils; mais les seigneurs de Correggio ne purent-ils s'intéresser à ce jeune homme dont l'intelligence précoce dut être aisément remarquée dans une petite ville de quelques milliers d'habitants? Si l'on en croit Pungileoni, Corrége fit ses premières études avec Giovanni Berni de Plaisance et apprit la rhétorique et les lettres sous Battista Marastoni de Modène. Il est vraisemblable aussi que Gianbattista Lombardi, médecin et président de l'académie fondée à Correggio par Véronica Gambara, s'éprit d'une grande amitié pour Antonio encore enfant et lui donna quelques notions d'anatomie.

Il esttemps d'abandonner ce terrain de vaines disputes et d'incertitudes stériles. Quand on viendrait à découvrir le nom de tous ceux qui ont contribué à éclairer, à développer l'intelligence du Corrége, on ne serait pas entré plus avant dans le secret de son génie. Il est de ce petit nombre d'hommes qui n'ont guère appris des autres, étant faits pour deviner toutes choses. Pénétrons dans son œuvre, c'est là que son histoire est écrite en pages immortelles. Mais l'histoire des œuvres de Corrége offre à la critique presque autant de points obscurs que celledesavie. La plupartde ses tableaux ne portent point de date. Raphaël Mengs, qui fit une étude approfondie des œuvres de Corrége, ne reconnaît parmi les tableaux de sa première manière que le Saint Antome, de la galerie de Dresde. Cependant, il existe quelques autres toiles qui paraissent antérieures à celle-là. Pungileoni cite une Vierge assise au pied d'un arbre et ayant l'enfant .lésus sur ses genoux, qui, à l'heure où il écrivait, appartenait à M. Biagio Martini, peintre de Parme, et surtout un Voiturier avec ses mules, qui, si l'on s'en rapporte à la tradition, aurait servi d'enseigne à une auberge sur la voie Flaminienne. Lanzi, qui ne met pas en doute que Corrége n'ait étudié à Mantoue, croit pouvoir lui attribuer une sainte Famille qui ornait de son temps le cabinet de l'abbé Ritinelli, et quelques peintures à fresque sous le vestibule de l'église de Saint-André de cette ville ; mais pour ces dernières, il paraît avoir été induit en erreur par les affirmations hasardées de Donesmondi.

Ces premiers essais de l'adolescence d'Antonio Allegri ont peu d'importance pour l'histoire de ses progrès. Il n'en est pas de même du tableau de la galerie de Dresde, connu sous le nom du Saint Antoine. Il marque une date dans le développement du génie de Corrége. On sait d'ailleurs en quelle année il fut exécuté. Antonio le peignit à Correggio en 1514 pour l'église des Franciscains qui lui payèrent ce travail cent ducats d'or. Cette somme, considérable pour l'époque, prouve toute l'estime que l'on faisait déjà du talent de Corrége, à peine âgé de vingt ans. Cette composition représente « la Yierge assise, avec l'enfant .lésus, sur une espèce de trône placé au milieu d'un corps d'architecture d'ordre ionique, d'un caractère assez grand. Derrière la Yierge, on voit une Gloire avec des têtes d'enfants et deux figures entières, représentant des anges. D'un côté sont saint Jean-Baptiste et sainte Catherine et de l'autre saint François et saint Antoine de Padoue. » Raphaël Mengs voyait dans cet ouvrage le seul monument authentique de la première manière du Corrége. Les plis des draperies lui paraissent dans le goût de Mantegna, c'est-à-dii(> collés aux membres, sans ampleur et sans mouvement. Il les trouve cependant moins secs et plus

grandioses. Le coloris, moelleux et vrai, séfcble participer à la fois de Périigin et de Li'onard'de Vinci. « Si le Corrége, ajoute Mengs, s'en était seulement tenu à ce style, il n'aurait pu manquer de s'égaler à Ohjrlandajo,

LA VERTU Héroïque.

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