MARIAGE DE LA VIEIIUF
A CCIILH6LC.SC
Pendant ce temps, Antonio da Trente, qui demeurait chez le Parmesan, avait commencé à graver d'après lui quelques compositions. Un matin, que Francesco était encore au lit, Antonio ouvrit un coffre
où claient renfermes tous les dessins du maître et toutes les estampes sur bois ou sur cuivre déjà imprimées, et, emportant ce trésor, il prit la fuite et s'en alla au diable [andatosene col diavolo), sans que depuis on eût de ses nouvelles '. Cependant, les estampes ayant été laissées par lui en dépôt chez un ami, à Bologne, Parmesan fut assez heureux pour les ravoir; mais il lui fut impossible de recouvrer ses dessins et même de savoir ce qu'ils étaient devenus. Ce que Vasari et Parmesan ne savaient point, on l'a su depuis. Antoine de Trente se réfugia en France et vint travailler à Fontainebleau, sous la direction du Primatice. De fait, il existe des estampes qu'il grava d'après le maître bolonais, et il résulte des documents publiés par Léon de Laborde dans la Renaissance des Arts à la cour de France, que Fantuzzi, — on l'appelait ici, par corruption, tantôt Antoine Fantoze, tantôt Antoine de Fantou; — fut employé aux arabesques de la grande galerie et aux ouvrages de stuc, de 1537 à 1540, d'abord à raison de sept livres par mois, ensuite à raison de vingt livres. Quant aux dessins du Parmesan, il furent retrouvés en 1720, en Angleterre, par le Vénitien Antoine Marie Zanetli, dans la succession de lord Arundel, et comme ces dessins étaient à vendre, il les acheta au nombre de cent trente et les porta à Venise. Graveur habile, il en grava lui-même et en fit graver une partie considérable, dans la manière de Ugo da Carpi, c'est-à-dire en camaïeu-. Le recueil de ces estampes, devenu aujourd'hui rare et tiré d'ailleurs à petit nombre, fut publié à Venise en 1743. Une autre suite de dessins du Parmesan, gravés en fac-similé, fut publiée sans titre, et une troisième parut à Venise en 1786, gravée par Antoine Faldoni.
Pour en revenir au Parmesan, désespéré du vol de ses dessins, il se remit à peindre avec ardeur pour réparer sa perte. Il fit alors cette Madone, célèbre sous le nom de Vierge à la Rose, qui est aujourd'hui dans la galerie de Dresde , et qui vaut la peine qu'on en parle pour plusieurs raisons. L'enfant Jésus pose la main gauche sur le globe du monde, et tient de la main droite une rose. La Vierge, dont l'air de tête est plein de grâce, porte une robe à manches de gaze jaune pâle, avec des rayures d'or. Les chairs sont traitées avec délicatesse , et les cheveux en particulier sont exprimés à ravir. Ce tableau que le Parmesan avait peint pour l'Arétin, fut offert, selon Vasari, au Pape Clément VII, lorsque ce pontife vint à Bologne, en 1529, pour y couroimer Charles-Quint. Mais une chose curieuse, c'est que, suivant l'annotateur de Malvasia et le biographe du Parmesan, le père Affô ^ la Vierge à la Rose aurait été primitivement une Vénus avec Cupidon, ce qui n'a rien que de très-vraisemblable, puisque la peinture était destinée au licencieux poète l'Arétin, plus dévot à Vénus qu'à la Vierge. Malgré le soin qu'a pris le peintre de faire disparaître le caractère profane de sa première pensée, on retrouve encore les traces de ses repentirs. On découvre, par exemple, sous les dernières couches de sa peinture, les bracelets que portait la déesse et les ailes attachées aux épaules de l'Amour. Il est fort probable que l'Arétin, persuadé qu'il immortalisait tous les personnages, tous les artistes qu'il nommait dans ses poésies ou dans ses lettres, avait compté payer cette Vénus en monnaie de poète, comme il avait payé tant d'autres objets d'art, et que le Parmesan, ayant plus besoin d'argent que de louanges en prose ou en vers, changea la destination de son tableau et en fit une Vierge. Le père Affô pense également que la Madone à la Rose ne fut pas offerte au Pape Clément VII,
' Una maltina, cho Francesco era ancora in letto, apertogli un forzieri, gli furô tutte le stampo di rame e di legno, e quanti disegni avea , e andatosene col diavolo , non mai più se ne seppo niiova ; tuttavia riebbe Francesco le stampe , avendole colui lasciale in Bologna a un suo amico, con anime forse di riaverle con qualche comodo; ma i disegni non potè giammai riavere. Vasari.
' Ce genre de gravure, comme nous l'avons expliqué dans la Grammaire des Arts du dessin, se pratique au moyen de deux planches en bois, gravées en relief, dont l'une apporte sur l'éprcuvo les contours du dessin et les tailles formant les ombres; l'autre, encrée d'une teinte plate, semblable au lavis du dessin, imite parfaitement ce lavis, en réservant la blancheur du papier pour les lumières. Quelquefois, pour mettre plus de gradations dans les demi-teintes, on se sert de trois planches : la première imprimant le noir le plus intense, la seconde et la troisième apportant un second et un troisième ton d'une intensité différente ; c'est alors une quatrième planche qui est chargée de répandre une couleur, une forme bistrée, bleuâtre, verdàtre ou rougeàtre sur l'estampe entière, toujours en réservant, pour les clairs, le blanc pur du papier.
' Vitadel grasiosissimo pïltore Francesco Mazzola, detto il Parmegianino. Pàrma, il%i, Yi^^fi "l^.
FRANCESCO MAZZUOLI ou MAZZOLA, dit IL l'AllMECJIANINO (1504). 11
mais qu'elle fut vendue à la famille Giani ou Zaïii , qui la possédait du temps de Yasari , au dire de Vasari lui-même, et qui en laissa faire plus de cinquante copies, toujours selon le môme écrivain. Si le tableau es( maintenant dans la galerie de Dresde, c'est qu'il fut acheté, en 1752, pour le compte d'Auguste HI, roi de Pologne, par le chanoine Luigi Crespi, moyennant la somme de six mille sequins.
Le succès que le Parmesan avait obtenu à Bologne le retint dans cette ville plusieurs années durant. C'est là qu'il peignit encore une de ses œuvres les plus renommées, la Sainte Marguerite caressant l'enfant Jésus sur les genoux de sa Mère, en présence de saint Jt'rôme, de saint Augustin (Vasari dit san Petronio) et d'un ange. La sainte, au profil pur, au front fuyant, est évidemment un portrait. La
\ \ ÇOW^V* 'f.