‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 42 sur 136 · I.* (ORGE DE VI I.CAIS · texte numérisé non relu

I.* (ORGE DE VI I.CAIS

Le précieux journal du clironiqueiu- que nous venons de citer contient quelques autres renseignements sur les travaux exécutés par Niccolo à Modène en 1547, qui est l'année où, selon la correction faite par l'écrivain lui-même, le peintre allcignit l'Age de trente-cinq ans. Au maîlre-aulel de San Pietro, église des bénédictins, dell'Abale peignit à l'Iuiile le Martyre des saints Pierre et Paul, qui est aujourd'hui au nuiséc de Dresde, après avoir passé par la galerie du duc François d'Esle. On en connaît la gravure par Folkcma et l'on peut voir (jue Niccolo n'est pas exempt du reproclie d'avoir emprunté ses idées, au moins en partie, du Martyre de sainte Placide peint à Parme par le Corrège. L'imitation du style de ce grand maître est évidente dans une certaine recherche de mouvements que présentent les ligures de l'étage inlérieur, notamment l'exécuteur vu de dos qui va lianch(>r la lèle à saint Paul, et saint Paul

' Tiraboschi, Nolizie de'pillori, scultori, incisori e architeUi natii dei/li Sluti dd sereuhsimo signor duca di Alodena, in Modena MDCCLXXXVl.

lui-mômc, qui, dans une attitude un peu forcée, se tord le cou pour le tendre au tranchant du glaive, en regardant le ciel d'un œil terne; au second plan, saint Pierre, à genoux sur sa croix étendue par terre, attend son supplice d'une âme ferme et se livre à deux bourreaux qui n'ont pas du reste l'air bien terrible, car rien de terrible ne pouvait entrer dans une âme aussi douce que celle de Niccolo, peu fait pour la tragédie, à en juger par tout son œuvre. On admire dans l'étage supérieur de la composition la Vierge au milieu d'une gloire d'enfants, dont la plupart ont un sourire charmant, une grâce corrégesque, et sont modelés à grands plans comme ceux de Gorrège, sans parler de l'exécution, qui est facile et résolue.

Les autres peintures de Niccolo à Modène ont malheureusement péri, spécialement les Miracles de San Geminiano qui décoraient les murs de San Domenico, église qui fut détruite ainsi ([ue celle des Servîtes, où l'artiste avait peint, dans la voûte du maître-autel, Y Ascension du Rédempteur, avec les quatre Evangélistcs et les quatre Pères de l'Église. Ce n'est pas tout : les héritiers Jugoui, au\(iuels était cciiu le palais de Lodovico Gastelvetro trouvèrent ingénieux de faire passer au badigeon une Irise de Niccolo, et, par une semblable disgrâce, fut ruinée une autre frise d'une beauté rare qui ornait les dernières chambres du palais Sassuolo et qui représentait au vif, avec beaucoup de mouvement et d'esprit, des marches de fantassins et de cavaliers. Cette frise était un sujet d'admiration pour un )ln connaisseur, Scanelli '. Par bonheur, les fresques peintes par deir Abate pour le comte Julio Bojardo dans le palais de ce gentilhomme à Scandiano échappèrent à une telle destinée. Ces fresques qui représentaient, sous un portique, douze sujets tirés de l'Enéide et quelques épisodes du poème de l' Ariostc, furent détachées avec précaution de la muraille, par ordre du duc François III et transportées à Modène pour y être encastrées dans le palais ducal. Elles ont été gravées au trait en 1821. N'ayant pas vu ces précieux morceaux (non plus que les gravures, qui n'existent pas au Cabinet des estampes), nous ne pouvons que nous en rapporter aux voyageurs entendus qui en font l'éloge et les disent bien dignes des soins extraordinaires que Fou a pris pour les conserver.

Vcdriani raconte que Niccolo travaillait sur le territoire de Bologne dans des églises de village, notamment à Bezovara, pour un prix si misérable qu'il serait ridicule de l'énoncer, et que le Primatice, passant par là, et frappé du talent rare d'un artiste si honteusement jugé, lui proposa de l'emmener avec lui à Bologne, où il serait estimé et rétribué selon ses mérites. Tiraboschi rejette cette histoire comme un conte imaginé à plaisir, una storiella finta a capriccio, et il observe qu'elle ne s'accorde pas avec les dates connues de la vie du Primatice. Nous donnons un peu plus loin dans une note détaillée les raisoTis qui nous font rejeter à notre tour l'opinion de Tiraboschi. Il est d'ailleurs certain qu'après avoir été appelé en France par François I" en 1531, le Primatice fut envoyé à Rome par le roi, en 1540, pour présider au moulage des plus belles antiques et les faire jeter en bronze. Il n'y a donc rien d'impossible à ce que l'artiste bolonais, passant par son pays avant de se rendre à Rome, ait rencontré Niccolo, qui justement alors, étant jeune et n'ayant pas exécuté les décorations du palais public de Modène, pouvait bien être un commençant inconnu et salarié comme tel.

Quoi qu'il en soit, etque Nicolo ait fait ou non le voyage de Bologne avant l'année 1547 — et nous croyons, pour notre part, à ce premier voyage, — il est constant que ce fut vers cette époque, après avoir tei'miné les peintures du palais Bojardo à Rocca di Scandiano, qu'il alla s'établir à Bologne, où ne lui manquèrent ni les travaux ni les honneurs. Scanelli parle avec la vivacité de son admii-alion italienne des peintures qui, de son temps, se voyaient dans cette ville de la main de Niccolo. Il cite les fresques du portique des Pères Servîtes dans la strada Maggiore, représentant l'écusson historié du pape Grégoire XIII, celle de la strada del Corso, tout contre le palais Lignani, cclh; du palais Montccuccoli dans la strada di San Donato et une Nativité célèbre, peinte sous le portique du palazzo Lconi. Nous avons pu nous convaincre lors d'un récent passage à Bologne (novembre 1869) que tous ces ouvrages ont péri à l'exception pourtant de la Nativité, dont il reste encore l'ombre, pour ainsi dire, et qui, déjà endommagée par le temps, a eu le malheur d'être restaurée,

' Il virluoso dipartandosi albellissimo palagio di Sassuolo, fra l'allre degnc operazioni, vedra neU'ultime stanzc dell'appartamento délia parte destra alcuni fregi formati con bellissime e bizarre invenzioni. Quivi si scoprono certi soldati, ed altri cavalieri e soggetti spiritosi di rara bellezza, chai sicuro meritano l'osservazione d'ogni buon virtuose per vederli. Scanelli, Mkrocosino délia Pittura.

NIGGOLO DELL' ABATE (1512). 5

en 1819, parle peintre Segazzi, devennàcclte époqne propriétaire du palais Lconi. Plutôt (lue d'apprécier cette Nativité dans l'état où elle est, nous préférons en juger d'après la gravure de GandoUi qui du moins en

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