C. METTAIS
Df. i.AîvGLEl .
La NATIVITE.
a conservé le dessin et le style. Il y a là quelque chose de la désinvolture du Parmesan, mais d'un Parmesan plus sage, et Augustin Carrache, si désireux de fondre les qualités les plus opposées dans un éclectisme d'ail-
leurs impossible, aurait pu admirer ici le mélange iieiireiix de la grâce parmesaue, surlout dans la figure élancée du jeune pâtre qui porte un panier sur ses épaules, avec cette ex(iuise convenance de llapliaël, qu'il appelle (jiusta simmelria.
Ont également péri les fresques du palais Torlonini, qui ont été admirées pe'iulaut deu\ siècles, et desquelles nous ne savons plus rien, si ce n'est qu'elles retraçaient l'Iiisloire de Taniuin le Superhi; en douze tableaux séparés par des termes de dieux et de déesses, qui étaient peints en camaïeu, et accompagnés sans doute de ces arabesques et de ces ornements de stuc qui formaiciil alors raccessoire obligé de toute décoration murale. En rcvanclie, on voit encore des fresques de Niccolo dcU'Abate dans l'ancien palais du cardinal Poggi, qui est aujourd'hui l'Université, et qui au siècle dernier s'appelait l'Institut de Bologne et portail ce noble titre : liononietise scientiarumet artium InstituUirn ad piiblicurn totins orinsusurn. PellegrinoTiijaldi avait eu la principale part dans les peintures de ce palais, et Niccolo n'avait eu à peindre, pour son compte, qu'une Irise dont les personnages sont à mi-corps. Mais celte frise vaut à elle seule les banalités de Pellegrino, sa science froidement académique et ses figures apprises par ccc:u'. ("ihose remarquable, ce même Niccolo qui, dans ses dessins et quelquefois dans ses grands ouvrages, laissait voii' une tendance marquée au style parmigianesquc, et qui en France devait fonder, à côté de Primatice, l'Ecole maniérée de Fontainebleau, ce même Niccolo, dis-je, est d'un parfait naturel, cette fois, et d'une grâce modeste, sans tourment, sans affectalion, sans eflort. La frise représente des jeunes gens et des femmes jolies, dans le costume du xvi' siècle, jouant aux cartes, faisant de la musique ou se livrant à d'autres divertisseincnis. Toutes les ligiu'cs en sont aimaljles et de bonne compagnie; elles ont une tournure décente, des airs de tète pleins-de noblesse et de charme. Dans un temps où tous les maîtres, pour avoirquelque ressemblance avec Michel-Ange, afTeclaient des allures fièrcs et des mouvements contrastés, Niccolo a donné là un exemple frappant de la grâce (ju'ou peut trouver dans la nature, sans la chercher ou du moins sans en avoir l'air. Les jeunes femmes de sa frise sont toutes belles et avenantes parce que leur réserve n'est pas de la pi'uderie et que leur familiarité est contenue. La seule clios^ que laisse à désirer peut-être cette admirable peintiu-e, c'est que l'auteur, pour rendre le spectacle plus piquant, n'ait pas mis un peu plus de variété dans ses physionomies. Un épisode intéressant et ([ui m'a touché est celui où l'on voit une jeune fille innocente résister timidement à un élégant damoiseau qui l'invite à jouer aux cartes, tandis qu'une des compagnes de la belle ingénue semble lui dire que le jeu n'a pas les dangers qu'elle croit et qu'on peut s'y livrer sans compromettre sa vertu. Ces fresques charmantes de Niccolo ont été gravées du reste au xix' siècle dans le magnifique in-folio publié à Venise, en [l'^%, par Giampietro Zanotti, sous le titre : Pilture di Pellegrino Tibaldi e di Noccolo Abati esistenli neir Islitulo di liologna.
Nous venons de dire tout ce qui reste à Bologne de Niccolo dell'Abate. Son séjour dans cette ville fut pourtant de cinq ans environ, c'est-à-dire de 1547 à 1551 ou 1555. Nous savons, en effet, par la Chronique de Lancillotto, qu'en cette dernière année l'artiste de Modcne était au service de la cour de France, où l'avait appelé Henri II, sur la recommandation du Primatice. A la date du 15 mai 1552, Lancillotto prend note (I que Giovanni dell'Abate, père de Niccolo, lui a dit que son fils, alors âgé de quarante ans, était à la cour de France, où il jouissait d'une très-belle pension; que déjà il avait fait les portraits du roi et de la reine; qu'il était occupé à peindre une des chambres de leur palais, un camerino, et qu'il désirait que sa femme et ses enfants, restés à Bologne, vinssent le rejoindre en France'. « Ce récit du chroniqueur modénais s'accorde au surplus sur ce dernier point avec un passage de Malvasia, qui nous apprend que la maison habité(î par dell'Abate à Bologne dans le borghetto de San Franoesco existait encore de son temps, et que la mère du peintre y était morte *.
Voilà donc Niccolo établi à la cour de France en 1552, époque où il avait déjà peint les portraits de
' Il Lancillotto nella sua Cronaca, soUo â 2Û dpi deUo meso fdi maggio) raccoiita che Giovanni, |)adre di Xiccolô aveagli dctto, che suo figliuoîo, in et.à allora di 40 anni, era alla corte di Francia con ottima provisionc, cho avova fattn i ritrntti del re e délia reina, e che vi dipingeva ancora un camerino, c che volea che cola passasse la sua moglie insicmc co' figlj che aveva lasciati a Bologna. Tiraboschi, Nutizie de PiUori modenesi... in Modena, 1786.
* Malvasia : Felsinapittrice, Vite de Pillori hologncsi, tom. I, p. 159.
NICCOLO DKLI/AH.VTK (ir)12). 7
II(Miri II ot de (lalliciiuo, ol il esl chargé, sous la tlircclioii du l'riinalice, dos travaux intermiiiablcs'auxquels donnait lieu la décoration du palais de Fontainebleau. « Depuis son arrivée en France jusqu'à sa mort, dit M. Frédéric lleiset ', Niccolo couvrit de ses fresques d'immenses pans de murailles. Il devint le bras droit du Primatice , le traducteur élégant et fidèle de ses poétiques conceptions. Renonça-t-il donc Jabsolument à travailler sur ses propres idées pour se faire l'instrument d'un autre? Rien ne nous autoi'ise à l'affirmer, et il nous paraît peu probable que l'invention ait été entièrement abandoiuiée par uu peintre si renonmié par ses travaux précédents. D'uu autre coté, il est certain qu'un grand nombre des compositions peintes à Fontainebleau l'ont été sur les dessins du Primatice. Les premières pensées en sont parvenues jus(iu'à notre époque et le Louvre en possède quelques-unes. La tradition d'ailleurs est constante, et les historiens, en décrivant les peintures de Foulainebleau, s'accordent à donner la composition au Primatice et l'exécution à Niccolo. Peint à frais par Messere Niccolo sur le dessin du seirjncur de Saint-Martin, dit à chaque instant le père Dan.
t. LORSAY.t
W/COLO. D«L ABAIÉ .P.'
J. Aiai.tAU. 5W.
l'LVSSE, ROI DITHAUUE.
(1 Les choses eu sont venues à ce point, les deux artistes savaient du reste si habilement ménager leurs travaux que, soit parmi les peintures qui ont résisté à l'action du temps et des hommes, soit parmi celles qui ont succombé, il nous esl bien difficile de désigner un morceau qui soit exclusivement de l'un ou de l'autre. La plus grande partie des compositions est certainement du Primatice, mais Niccolo est toujours cité comme ayant exécuté ou comme ayant dirigé l'exécution. Primatice était surintendant des bâtiments, et l'on sait (|ue sous les Valois ce n'était pas là une sinécure ; il est donc permis de penser que, depuis l'arrivée de Niccolo, il peignit rarement de sa main. Mais il serait déraisonnable de supposer que cela ne lui arriva jamais. II nous semblerait également peu sage d'affirmer que Niccolo n'eut aucune part à l'invention des' célèbres déco-
^ Dans une notice sur Niccolo ilelIWhalo et les peintres de Fontainebleau, publiée par la Gazelle des heaux-urla des tû août ot 1" septembre 1859. Celte notice, écrite et coraijoséo avec beaucoup de conscience et de compétence, est de plus, ce qui ne gâte rien, écrite en bon style français.
rations de Fonlaino])loau. Les comptes du temps ne nous paraissent pas jeter une grande lumière sur la question que nous venons d'agiter. Nous possédons le précieux traité intervenu entre messire Francisque Primatius, et Nicolas de Vahbay, maistre peintre, pour l'exécution des peintures de la galerie d'Ulysse', et nous y voyons que si l'on demande à Niccolo des grotesques en forme de frizes à raison de 4 escus sol pour
* Ren'iissance des arts à la cour de France, par M. le comte Léon de Laborde, p. 478.
En compulsant, au siècle dernier, les comptes des bâtiments royaux, que M. Léon de Laborde a remis en lumière dans son livre : la Renaissance des arts à la cour de France, Mariette trouva, dans le registre de 1533, « qu'un peintre, nommé Nicolas Bellin dit Modesno, avait touché la somme de cent livres pour avoir vacqué conjointement avec Francisque Primadisio, dit de BouUongne, peintre, es ouvrages de peintures etsluc dans la chambre de la grosse tour du château de Fontainebleau, autrement nommée la Chambre de saint Louis, depuis le 2 juillet 1533 jusqu'au dernier novembre, à
raison de 20 livres par mois ; peintures qui représentent en huit tableaux des sujets tirés d'Homère Mariette en tira
cette conclusion que le nom de Bellin était le vrai nom de famille de Nicolas dell'Abate; qu'il était natif de Modène ; qu'il avait fait un premier voyage à Fontainebleau en 153'^ ; qu'étant retourné sans doute en Italie, il y avait séjourné jusqu'en 1551 ou 1552, occupé â divers ouvrages tant à Modène qu'à Bologne, et qu'appelé de nouveau en France par le Primatice, il y avait reparu, n'en était plus sorti et y avait tra^jaillé jusqu'à sa mort.
« En effet, dit Mariette, on recommence à parler de ce peintre dans les comptes des bâtiments du roy, en 1555, et pour lors, il n'y est plus désigné sous un autre nom que celui de Nicolas de L'abbé, ce qui ne permet guère de douter qu'il n'ait changé de nom et pris celui de l'Abbate par reconnaissance et par respect pour le Primatice, abbé de Saint-Martin, et pour lui prouver son attachement, d'autant que cela étoit alors assés d'usage parmi les peintres italiens, Perin de! Vague et tant d'autres en ayant ainsi usé. Il faut donc croire que le Vedriani étoit très-mal fondé à vouloir que Niccolô fût de la famille des Abati de Modène, sans en donner d'autre raison que parce qu'il se trouve qu'il y a eu à Modène plusieurs peintres du nom d'Abati, ce qui ne prouve rien,'. » Il faut bien en convenir, cette note émanée d'un esprit aussi judicieux que Mariette, était assez embarrassante, et, quoiqu'elle ait été réfutée par MM. de Chennevières et de Montaiglon, elle a d'abord fait naître quelques doutes dans notre esprit et nous a finalement convaincus. Il n'y avait guère en effet de probabilité que deux peintres, l'un s' appelant Nicolas Bellin, ditModesne, l'autre Nicolas L'abbé, de Modène, eussent travaillé l'un et l'autre sous la direction de Primatice, aux mêmes peintures de la même chambre du même château, et cela sans que le premier de ces peintres eût jamais été connu de personne, sans qu'on l'eût mentionné dans aucune biographie. D'abord on peut fort bien admettre qu'un secrétaire des bâtiments, ayant mal entendu, ait écrit Nicolas BeUin pour Nicolas L'abbé. Les mots dit Modesne sont la mauvaise traduction en français de l'italien di Modena, comme plus tard les mots Langlois dit dartres ont été la mauvaise traduction en français de Langlois di dartres prononcé à l'italienne, c'est-à-dire tout simplement Langlois de Chartres. Ce qui aurait dû être la préposition de sous la plume du teneur de livres est devenu le participe passé du verbe dire, le synonyme de surnommé.
Ensuite, il est bon de se rappeler ce que Vedriani raconte, à savoir, que le Primatice passant par un village du territoire bolonais, le Bczovara, y rencontra Niccolô qui peignait pour un prix ridiculement misérable dans l'église de ce village. Or si Niccolè n'avait alors que dix-huit ou dix-neuf ans, on s'explique sans peine qu'il ait travaillé à vil prix, et comme les Italiens sont toujours assez précoces pour avoir dès cet âge-là presque tout le talent qu'ils auront plus tard, on s'explique également que le Primatice ait amené Niccoîè à Bologne, pour le mettre en vue et le placer sur un plus brillant théâtre, et qu'ensuite il l'ait amené ou attiré en France, lorsqu'il y vint lui-même en 1533. Vasari dit bien, il est vrai, que Primatice fut envoyé à François I" par le duc de Mantoue en 1531 ; mais il est très-vraisemblable que Vasari se trompe quant à la date, car le nom de Primatice ne commence à figurer dans les registres de dépenses des bâtiments royaux qu'à partir de 1533, qui est justement l'année où l'on y trouve aussi le nom de « Nicolas Bellin, dit Modesne. » Je suis donc porté à croire avec Mariette, quoi qu'en disent MM. de Montaiglon et de Chennevières, que Nicolas Bellin et Nicolas de L'abbé ne font qu'un seul et même peintre, et que Niccol6 a fait en France deux voyages, le premier en 1533, le * second en 1551 ou 1552. Cette opinion, au surplus, paraît être celle des savants commentateurs du Vasari de l'édition Lemonnier, lesquels cependant connaissent parfaitement l'ouvrage de Tiraboschi.
En revanche, MM. de Chennevières et de Montaiglon me semblent tout à fait dans leur droit lorsqu'ils rectifient l'erreur commise par M. Léon de Laborde, qui a voulu distinguer entre Nicolas de L'abbé et Nicolas dell'Abate. Ces messieurs ont prouvé jusqu'à l'évidence qu'une telle distinction était sans fondement; que ces différences d'appellation, Labbé, Labbey, Labatti, Labbaty ne sont que les formes diverses d'un même nom et que les deux mentions de Labbé et de L'abbate, bien qu'elles se lisent dans un même compte, celui de 15G1, n'ont aucune importance pour la conclusion que l'auteur en a vofilu tirer, puisque ces deux mentions se rapportent exactement aux mêmes travaux, c'est-à-dire aux tableaux et paysages peints dans le cabinet de la chambre du roy. Ceux qui voudront pousser jusqu'au bout ces éclaircissements et contrôler notre opinion n'auront qu'à lire la longue et intéressante note de MM. de Chennevières et de Montaiglon dans le premier volume de XAbecedario, aux pages 2, 3, 4 et 5.
< ibeccdorio de Pierre Jean Jt/arte«e, et autres notes de cet amaleur, ouvrage publié el aunolé par MM. de Chennevières et de Montaiglon.
NIGGOLO DELL' ABÂTE (1512). 9
chacune des dites frizes, des tropliécs, frizos et grotesques pour les onze fcnôtrcs, moyennant 6 escus pour chacune des dites fenestres, on lui faisait aussi des commandes plus importantes. Ainsi il s'engage à