MARTVIIE DE S. PIERRE F.T DE S. PAUL
peindre cinij tableaux pour chacune des cinq cheminées et à achever le ])out de la galerie... de toutes histoires, figures et grotesques qui lui seront ordonnées par te dit sieur abbé de Saint-Martin. Ces derniers
mois, si nous ne nous trompons, indiquent plutôt une diroclion supériiMiro qu'une coopération de chaque instant; une certaine liberté nous paraît avoir été réservée à Niccolo, qui promettait d'ailleurs de fain et. parfaire bien ditenient, au dit d'ouvriers, tons ces travaux. »
Des ouvrages innnenses accomplis par A'iccolo dell'Aljate à Fontaiiuîhleau d'aprèi les dessins ou, si l'on veut, d'après les idées du Primatice, une partie considérable a été détruite, entre autres la décoration de la chambre de saint Louis, décoration qu'il faut bien lui attribuer, puisque le père Dan dit formellement que les huit tableaux de cette chambre, VEitlèoemetit d'Hélène, V Election d' Atjamemnon par les Grecs, les Actions d Ulysse avant son dépari, pour le sié/jc de Troie et autres sujets tirés d'Homère, ont été peints à frais par messcre Niccolô sur 1rs dessins du seigneur de Saint-Marlin. Nous ferons observer ici, à l'appui de ce qui a été dit dans la note précédente, que les huit tableaux de cette chambre, dont les sujets sont tirés de l'Iliade, sont bien les mêmes dont le payement a été fait en l'année 1533 aw peintre Nicolas Cellini, dit Modenne. Or si ce peintre n'était pas le même personnage que Niccolo deU'Abate, de Modèiic, comment comprendre que le père Dan eût ignoré son existence, lui qui savait si bien, qui savait par cieur et dans le menu tout ce qui concernait le chîVteau de Fontainebleau ' ? No is avons donc ici une nouvelle preuve que l'Italien mesure Niccolo est le seul et unique peintre de ce nom qm ait travaillé en 1533 à la décoi-ation de la chambre de saint Louis et qu'il n'y a pas de distinction à faire entre Nicolas Bellini, dit Modesne, et Nico'as L'Abbé, de Modène. '
Mais si les peintures dont nous parlons et que Vanloa avait restaurées en 1723 n'existent plus, celles qu décoraient la salle de Bal, autrenvnt dite salle de Henri II, existent toujours, et il n'est pas d'amateur qui ne les ait vues. Bien qu'elles aient été restaurées, sous Henri IV, par Toussaint Dubreuil, et de nos jours, sous le règne de Louis-Piiilippe, par M. Alaux , membre de l'Institut et ancien directeur de l'Académie de France à Rome, les fresques de NîlxoIo justilient encore maintenant ce que Yasari en écrivait en 1568 dans la seconde édition de son livre. Il est vrai de dire que les restaurations de M. Alaux ont été intelligentes, discrètes et heureuses.
(1 Parmi ceux qui ont aidé l'abbé Primatice, dit Yasari, aucun ne lui a fait plus d'iionneur que Niccolo de Modène, duquel nous avons déjà parlé une autre fois ^ et qui a surpassé tous les autres par l'excellence de son talent, ayant conduit de sa main, sur les dessins de l'abbé (de Saint-Martin) dans la salle dite du Bal un si grand nombre de ligures qu'on ne peut les compter, figiii-es qui sont toutes de grandeur naturelle et dont le colons clair est tellement harmonieux qu'on les croirait peinles à l'huile et non à fresque. Après ce grand ouvrage, Nicco'.o peignit dans la grande galerie, toujours sur les dessins de l'abbé, soixante morceaux tirés de VOdyssée, mais d'un coloi'is beaui'oup plus sombre que celui des fresques dont il avait orné la salle du Bal, et celte obscurité du ton provenait de ce que le peintre s'était servi uniquement des couleurs de terre, telles que les produit la nature, sans y mêler du banc. Il en ré.sultait une vigueur extraordinaire des figures qui semblaient sortir de la nuiraille avec un relief terril)le. Et de plus, tout le travail était mené avec un tel entrain et un tel ensemble qu'on l'eût dit exécuté en un seul jour, ce qui mérite les plus grands éloges, parce que la peinture a été conduite à fresque, sans retouches à sec '. »
Ce passage de Yasari était curieux à transcrire et nous l'avons transcrit en entier (bien que l'auteur n'eût jamais vu les peintures dont il vante la beauté), parce que l'on doit croire que ses louanges sont l'écho des conversations qu'il eut avec le Primatice à Bologne, en 1563, et qu'ainsi c'est l'opinion de Primatice lui-même sur Niccolo que nous donne là Yasari. L'observation appartient à M. Frédéric lleiset; elle est
^ Le Père Uan, Trésor des merveilles de Fonlainehleau.
^ Vasari a parlé en effet de Niccolo dans la Vie du Garofolo, volume II de la dorniéro édition, pages 241 et 242.
3 ...E cio è avvenuto, perocchè non lia usato altro colore cho le terre in quel modo scbiotte, cb'elle sono prodotte dalla natura, scnza mescolarvi, si pno dire, bianco; ma cacciate né fondi tanto torribilmente di scuro, cbe banno una iorsa e rulievo grandissimo. E nltre ciô l'ba conduite con una si fatta nniono pertutto, cbe pajono quasi fatte tiitte in un medesimo jjiorno, rnde mérita Iode slraordinaria, e niassimamente avcndule condotte a fresco, senza mai avcrle riloccbe a secco... Vasari, tome Xlll de la dernière édition.
NICCOLO DEL L'ABAT E (1512). Il
d'un lioiiimo bien avisé. Mais hélas! ces pointures d'un relief si énergiiiuo cl si terrible, ces belles inveulions si [)oéti([ues, si abondantes et d'un si grand goût, elles n'ont pu sauver de la ruine les murs (jui en étaient si niagiiilHiuenient décorés, ni obtenir gnlce pour elles-mêmes. C'est en 1738 que fut consonnnée la destruction barbare de la galerie d'Ulysse, dite dans les comptes Galerie de la Basse-Court, et cela parce (l'i'on avait Itosoin de logenunts nouvi^auv pour cettj tourbe, toujours croissante, de courtisans parasites (|ue les roii traînent après eux. ^Llri.'tt„^ (|ui avait vu ces fresques en place et ({ui n'était pasj'éduit, comme
N . ABAl I
J &UILLAOME
LA l> C ,N S E E.
nous, à les admirer dans les estampes alourdies qu'en a gravées Van Tluilden, Mariette, en exprimant ses regrets au sujet de la galerie d'Ulysse, ne fait qu'attiser les nôtres. Voici connnent il parle des peintures de la voûte, divisée en quinze travées, diversement comparties, où étaient représentés tous les dieux et toutes les déesses de l'Olympe, et au centre desquelles se déroulaient, comme dans la Famcsine de Raphaël, le Parnasse et le Festin des Dieux. « Les peintures de la voûte n'en faisaient pas le moindre ornement et l'on ne peut assez regretter qu'elles aient été détruites. Lorsqu'on s'y détermina, elles étaient aussi fraîches cl aussi brillantes qu'elles avaient jamais été '. On y voyait régner dans toute la longueur, qui était de soixante-
' Co que Mai'iotle ne dit point, c'est qu'elles avaient été restaurées sous Henri IV par Toussaint Dubreuil, et, en IGGI. par un nommé Ballhasar. Du rette, Niccolo lui-même dut les retoucher l'année même de sa mort; car, dans le comiitc do 1 571, une somme lui est allouée pour avoir raffrcschy trente et un tableaux peints en la DaiH-Court.
seize toises, une suite de tableaux de différentes formes, dont l'assemblage formait divers compartiments plus riches les uns que les autres, et qui, renfermés dans des ornements de stuc dorés et environnés d'autres ornements appelés grotesques, produisaient un spectacle tout à lait agréable. »
Après avoir décrit les différentes travées de la voûte, Mariette ajoute : « Ces excellentes peintures appartiennent il est vrai au Primatice ; on ne peut les lui contester, puisque c'est lui qui en a fourni les dessins ; mais Niccolo y a eu aussi trop de part pour ne lui en pas faire partager l'honneur. Le Primatice avoit sous lui plusieurs peintres qui exécutoicnt ses pensées, mais il se reposoit principalement de ce soin sur Niccolo, et l'on sait que c'est ce dernier qui avoit peint la plus grande partie des tableaux de cette galerie. Gela se reconnaissait assez à la beauté de la fresque, que peu de peintres ont aussi bien entendue que lui... )>
Les fresques de la voûte, dont Mariette regrette si amèrement la perte, n'ont pas été gravées dans leur ensemble. Il n'en existe que des morceaux détachés, entre autres quatre pièces ovales en largeur et quatre pièces en hauteur, cintrées du haut et du bas ; elles sont décrites par Adam Bartsch dans l'œuvre de Georges Mantuan ; plus, une grande planche gravée par A. Garnicr et trois planches octogones du même artiste, décrites par Robert Dumcsnil. M. Reiset nous apprend que le dessin du Festin des Dieux, qui faisait le pendant du Parnasse, appartient au musée du Louvre, et que cette composition mérite bien ce que Mariette eu a dit : que Gorrégc aurait voulu l'avoir faite. Ouant aux Irescjnes représentant l'histoire d'Ulysse, elles ont été gravées, on le sait, par Théodore Van Thuldcn, en cinquante-huit pièces, qui ne laissent pas d'être agréables par l'invention, bien que le style élégant, svelte et lier du Primatice y soit interprété à la flamande.
n reste encore au palais de Fontainebleau, dans l'ancienne chambre de Madame d'Etampes, devenue la cage de YEscalier du Rotj, sous Louis XV, huit fresques de Niccolo dont les sujets sont tirés de la vie d'Alexandre le Grand et qui ont été restaurées par Abel de Pujol. Quatre de ces peintures ont été gravées, une par Léon Davent, Alexandre domptant Bvcéphale, une par Domenico del Barbiere, le Festin d'Alexandre à Babylone, les deux autres, Alexandre et Campaspe devant Apelles et Alexandre recevant dans sa couche la reine des Amazones (celle-ci en contre-partie) par le maître au monogramme *. Nous ne connaissons pas d'estampes d'après les quatre autres, et notamment d'après celle t ^^.t qui est la mieux conservée et « d'une très-grande beauté, » dit M. Reiset; elle représente •*■ ^ yj
Alexandre offrant la couronne à Roxane. Le souvenir ne nous en est point resté /^
dans l'esprit, quoique notre dernière visite au palais de Fontainebleau ne soit pas de vieille ^
date, n serait d'autant plus méritoire de graver cette fresque et les trois autres, Alexandre serrant les livres d'Homère, Timoclée amenée devant Alexandre et le Nosud gordien, que, suivant l'opinion de quelques amateurs, on pourrait attribuer à Niccolo dell'Abate non-seulement l'exécution, mais l'invention de ces figures, en se fondant sur ce que l'abbé Guilbert a décrit ces charmantes compositions sans nommer le Primatice.
En tous cas, nous savons que le génie facile, élégant et clair de Niccolo dell'Abate s'exerça, durant son séjour en France, autre part qu'à Fontaineljleau, et qu'il ne fut pas toujours confiné dans l'exécution des pensées que lui fournissait le seigneur de Saint-Martin. La chapelle de l'hôtel de Guise, depuis l'hôtel Soubjse, aujourd'hui le Dépôt des archives nationales, avait été entièrement décorée, au dire de d'Argenville, par Niccolo dell'Abate, qui avait peint au plafond le Voyage d'Abraham et de Jacob, et sur les murs, les Pèlerins d'Emmaiis, une Résurrection, un Noli me tangere, saint Pierre marchant sur les eaux, et une Adoration des Mages. Sauvai indique, dans le jardin de Ciiantilly, une galerie ornée de fresques par Niccolo, et il désigne, à Paris, la maison du conseiller Le Tellier, remarquable par un corps de logis magnifique et majestueux, comme ayant « un crypto-portique ou galerie basse à la manière des anciens, où messire Niccolo a peint à fresque quelques métamorphoses d'Ovide qui ne sont pas les moindres ouvrages de ce grand génie. » L'hôtel de Toulouse contenait, au xviii' siècle, plusieurs dessus de porte représentant des jeux
^ Bartsch n'a pas décrit colle de ces deux estampes qui est gravée en contre-partie; mais il a connu l'autre, et il l'a décrite dans l'œuvre du maît're au dit monogramme, tome XIV du Peintre Gravent.
NICGOLO DELL' ABATE (1512). 13
d'enfants par Niccolo. Le château de Beaurcgard, près Blois, renfermait, selon Félibien et d'Argenville, une Descente de croix, une Résurrection de Jésus-Christ, et dans un plafond dix anges portant les instnuncnts de la Passion. Malheureusement, toutes ces peintures ont péri, ainsi que les tableaux de chevalet, sans doute peu nombreux, exécutés à la cour de France par le peintre de Modène, notamment ces portraits du roi et de la reine dont Giovanni dell'Abate, père de Niccolo, parlait au chroniqueur Lancillotto, le 25 mai de l'année 1552.
Un artiste ainsi occupé chez le roi et chez les grands seigneurs dut acquérir une belle fortune. Forciroli dans SCS Monumenta illustrium Mulinensium, cités par Tiraboschi, dit que la pension annuelle de Niccolo était de 1,000 écus, sans compter le prix de ses travaux, qui lui étaient payés magnifiquement, erano assai