LE JED DE CARTES
splendidamente pagati i lavori; mais il nous paraît difficile d'admettre que le traitement de Niccolo ait été de 1,000 écus, alors que celui du Primatice n'était que de 1,200 livres, à moins que par ces mois mille scudi on ne doive entendre 1,000 livres, comme le pense M. Reiset. Les comptes des bâtiments ne nous disent rien sur la pension annuelle allouée au peintre de Modène, mais on y trouve la confirmation de ce fait que ses travaux lui étaient payés à part. Forciroli ajoute que dell'Abate reçut par surérogation une chaîne d'or de la valeur de 300 écus. Il est d'ailleurs constant que les ouvrages de Niccolo étaient grandement appréciés même ailleurs qu'à la cour de France. C'est ainsi que la ville de Paris lui commandait en 1571, moyennant 1,100 livres tournois, somme alors considérable, les peintures à exécuter, pour l'entrée solennelle du roi Charles IX, sur les arcs de triomphe élevés à la porte Saint-Denis, à la fontaine du Ponceau, à la porte aux Peintres, à la fontaine des Innocents et au pont Notre-Dame, tandis qu'elle confiait les sculptures qui devaient compléter ces décorations à un artiste bien digne d'y concourir avec Niccolo, Germain Pilon.
Les comptes authentiques où ont été puisés ces précieux renseignements ont été publiés par M. Douet d'Arcq dans la Revue archéologique ', et nous y voyons figurer une seconde fois Niccolo dcU'Abale comme
< Année 1848, pages 519-44; 572-89 ; 661-80.
chargé, avec son fils Giulio-Camillo, moyennant la somme de 700 livres tournois, de peindre dans la salle de l'Évôclié seize grands tableaux d'histoire et figures poétiques, selon les inventions des poètes Ronsard et Daurat, à l'occasion de l'entrée solennelle d'Elisabeth d'Autriche, femme de Giiarles IX, entrée qui devait avoir lieu et qui eut lieu, en effet, le 23 mars 1571, dix-huit jours après celle du roi. Le marché passé avec la ville de Paris étant du 8 janvier 1571, le peintre et son fils n'eurent que deux mois et demi pour mènera bien ces seize grands tableaux, qui cependant furent admirés de tout le monde. « Sa Majesté et ceulx de sa suilte s'y arrêtèrent longuement, car oultrc la beaulté du suject de cette histoire qui fut trouvée bien à propos, ces tableaux avoient été faicts par le premier peintre de l'Europe; » ainsi s'exprime un des ordonnateurs de la fête, qui l'a complaisannnent décrite.
Bien qu'il eût, selon toute apparence, un logement à Paris où il a tant travaillé, Niccolo dell'Abatc avait sa résidence à Fontainebleau, et son nom se lit plusieurs fois dans les registres baptismaux de l'église d'Avon, où il est mentionné comme parrain. Où et quand il mourut, on ne le sait pas au juste. Selon Forciroli, la date de sa mort, arrivée à Fontainebleau, serait 1571, date fort probable, du reste, car après cette année, il n'est plus question de lui dans les comptes des bâtiments royaux ni dans aucun autre document. Toujours est-il qu'il ne mourut point en 1570, comme l'ont dit quelques biographes, et qu'il vécut au moins justiu'au mois de mars 1571, puisqu'il exécuta « les histoires et ligures poétifjues » dont nous venons de parler. Roland de Virloys, en son Dictionnaire d'' architecture, range parmi les architectes Niccolo dell'Abate, et il lui attribue les plans du château de Meudon, qu'il aurait bâti pour le cardinal de Lorraine, et le dessin du tombeau de François I". Ce qui infirme cette assertion, qui d'ailleurs ne se retrouve nulle autre part, c'est que le même auteur, dans le même Dictionnaire, désigne le Primatice connue ayant été l'architecte du même château et du même mausolée. Il faut ajouter ici (pic Gaillard, dans son Histoire de François I", par!e d'un portrait de ce prince peint par Niccolo et qui se trouvait dans le Cabinet des estampes du roi. Si le fait est certain, nous aurions là une nouvelle preuve que l'artiste de Modène aurait fait un premier voyage en France, du vivant de François I". Peut-être, au surplus, le portrait en question n'est-il autre (pie la miniature allégorique et emblématique de François I'"' donnée (il faudrait dire alors restituée) au Cabinet du roi par le comte de Caylus, en 1765. Mais, à vrai dire, ce portrait minutieux, stenlé et bizarre ne rappelle ni l'esprit ni la main de Niccolo.
Lorsque, au lieu de marcher sur les pas d'un autre, il vole de ses propres ailes, Niccolo deU'Abale inonln; sans doute les défauts et les qualités de son temps, mais, si je ne me trompe, les qualités plus que les défauts. Dans ses légers croquis où d'une plume cursive il formule ses premières pensées,, Niccolo ressemble, il est vrai, au Parmesan, et s'il rappelle la manière spirituelle, la grâce désinvolte et un peu forcée de ce maître aimable, dans ses dessins arrêtés, dans ceux qui lui servaient de modèles ou de cartons pour ses fresques, il est plus contenu, plus sage, et par cela même plus oiiginal. Connue tous les successeurs de Michel-Ange, il use du contraste des attitudes et des mouvements, mais il en use sans en abuser. Il concilie la svelte élégance de ses contemporains, qui est toujours intentionnelle et factice, avec un peu de cette vérité qui est toujours simple. Il subit l'iniluence de son époque, mais sans être entraîné pourtant à cette intempérance de maniérisme, originaire de Michel-Ange , qui caractérise les Vasari et les Salviati à Florence, Palme le jeune à Venise, les Zuccari à Rome, et notre école de Fontainebleau jusqu'à Freminet. Par la distinction de ses formes sans naturalisme, mais non sans naturel, par ses allures pleines d'aisance, de liberté et de noblesse, il a quelque rapport avec Jean Goujon; toutefois il accuse moins de recherche; ses proportions sont plus justes et moins convenues. Ce qu'on peut lui reprocher, comme à tant d'autres artistes du xvi° siècle, c'est d'avoir un talent purement extérieur et décoratif dans le sens optique du mol, c'esl-à-dir.; occupé du pittoresque plus que de l'expression, et jaloux de satisfaire le regard plutôt que de parler à l'âme. Son mérite est d'avoir toujours vécu dans les régions élevées de son art, de n'avoir évoqué sur la toile ou sur les murailles de nos palais que des ligures épiques ou olympi([ues, de n'avoir puisé son inspiration qu'aux grandes sources, d'avoir conservé de la dignité, même dans les sujets lamiliers, d'avoir eu enfin l'horreur de la vulgarité et l'amour persistant de la poésie. Ah! sans doute, en passant de Raphaël à Jules Romain, de
NICGOLO DELL'ABATE (1512). 15
Jules Romain au Priniaticc, du Primalice à jS'iccolo, le grand art a descendu plusieurs degrés ; mais il faut rctoiuiaîlre (ju'il en reste une saveur éloignée, un arrièrc-goiU dans les œuvres de ce peintre gracieux qui, p.ir un lieurcux échange, seml)li' avoir contraclé en Franco le senliinenl de la mesure, tandis qu'il y appor-
FRAXÇOIS I" EN M 1 S E R V E.
tait avec rrimaticc le style dégagé et tourmenté de la décadence, mais d'une décadence encore voisine des grands maîtres et capable de s'en souvenir, non avorum immemor.
Chaules BLANC.
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Le musée du Louvre ne renferme aucune peinture de Niccolo deir Âbate. Le Mariage mystique de sainte Catherine, qu'on lui attribuait dans les anciens inventaires, a été reconnu pour appartenir à l'école du Parmesan.
Mais il existe au Louvre trois dessins du maître : ils sont ainsi décrits dans la Notice de M. Frédéric Reiset.
1. Prophète assis et écrivant sur une grande tablette posée sur ses genoux, dessin à la pierre noire et rehaussé de blanc sur papier gris. 11 a été mis aux carreaux.
2. L' Annonciation, la Vierge est à droite, agenouillée sur son prie-Dieu et vue de proQl, l'ange est du côté opposé, volant sur les nuages, le bras levé vers le ciel. Cette composition, destinée à l'ornement d'un cintre, est à la sanguine, lavée et rehaussée de blanc sur papier gris.
3. Mariage de sainte Catlierine. La Vierge, assise au pied d'un arbre, tient sur ses genoux l'enfant Jésus qui prend la main de la sainte et va lui donner l'anneau nuptial. t]e dessin, venant de Modène, est à la pierre noire et légèrement rehaussé de blanc sur papier gris.
Fontainebleau. La partie la mieux conservée ou, si l'on veut, la mieux restaurée, des ouvrages considérables faits par Niccolo dans ce palais sur les dessins de Primatice, est la décoration de la salle de bal, dite salle de Henri II. En voici une description sommaire :
En partant de la tribune des musiciens, les quatre grandes compositions du côté du parterre sont les suivantes :
Cérôs, au milieu des divinités de sa suite, préside aux travaux de la moisson. Vulcain forge des armes pour Cupidon, à la demande de Vénus. Le soleil, entouré des saisons et des fleurs, parcourt les signes du zodiaque. Phaëton vient lui demander à conduire son char. Philémon et Baucis, récompensés pour avoir donné l'hospitalité à Jupiter et à Mercure, et les Phrygiens punis pour la leur avoir refusée.
Les quatre autres tableaux sur le côté de la cour du Donjon, toujours en partant de la tribune, sont :
Bacchus célébrant une bacchanale avec Hébé, des faunes et des satyres. Tout près de là, des lions et des léopards. Apollon, sur le Parnasse et près de la fontaine Castalie, exécute un concert avec six muses. Des dieux assemblés s'amusent à regarder danser les trois Grâces. La Discorde jetant la pomme sur la table du festin de Thétis et de Pelée.
Avec huit grandes compositions, placées entre les fe-
nêtres, il faut en ajouter une neuvième non moins grande, que Ion voit derrière l'orchestre des musiciens : ce sont divers groupes de musiciens et de danseurs; puis un concert de femmes et d'enfants.
De cinquante-quatre compositions de moindre importance qui décorent les voûtes des dix arcs, quatre sont à droite et à gauche de la cheminée, ces dernières représentent :
Hercule combattant le sanglier. Diane aux enfers ayant près d'elle Cerbère. Un gentilhomme du temps de François I" combattant un loup-cervier. Diane se reposant après la chasse. On croit que l'artiste a donné à la déesse les traits de Diane do Poitiers.
Dans l'ancienne chambre de Madame d'Étampes, changée aujourd'hui en escalier d'honneur, se trouvent encore les huit compositions dont nous avons parlé et qui ont été restaurées par Abel de Pnjol. Tout ce qu'avait ])eint Niccolo dans la galerie d'Ulysse, dite la Grande-Galerie, dans la cliambre de Saint-Louis et dans la laiterie de Catherine de Médicis, a complètement péri.
Pour ce qui est des décorations peintes dans divers hôtels et maisons de Paris, de Fontainebleau, de Meudon ou do Blois, nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons dit plus haut.
A Fontainebleau se trouve une figure de Diane debout, peinte à l'huile sur panneau, qui a été achetée en vente publique il y a une quinzaine d'années et qu'on suppose avoir anciennement appartenu à la décoration du château.
Bologne. — Dans le palais Sedazzi se voient encore une Nativité en très-mauvais état et un plafond où est représentée l'histoire d'Énée.
Galerie de Dresde. — Le Martyre de saint Pierre et de saint Paul, provenant de l'église San Pietro des Bénédictins, à Modène.
Musée de Rennes. — Deux dessins : Vieillard assis et drapé, — le Christ descendu de la croix.
Galerie Stafford à Londres, L' Enlèvement de Proserpine; ce tableau provient de la galerie du Palais-Royal. 11 passa en Angleterre avec la collection des tableaux italiens et français du duc d'Orléans, Philippe-Égalité.
Collection Scarsdale. Une Sainte Famille.
Vente Leorand, 1827. La Naissance d'Adonis, peinture sur panneau, provenant du château de Fontainebleau; nous ne savons pas le prix d'adjudication.
Vente Vico.mteE.N.18G0. — Huit dessins de Niccolo, &30 fr.
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BARTHELEMY SCHIDONE