NE VP.RS 1570. — MORT EN ICI
S'il fallait adopter la belle opinion de Pythagore sur la transmigration des âmes, on pourrait croire que l'âme du Corrége était passée dans le corps de Scliidone , et lui avait ainsi communiqué l'esprit , la grâce , la touche admirable de ce grand maître. On assure pourtant que le Schidone fut élève des Carrache , et Malvasia le dit formellement; mais aucune trace du style bolonais ne se remarque dans ses ouvrages qui , dès le principe , sont marqués à une autre empreinte. A Modène, qui était le lieu de sa naissance, ou du moins le lieu de son éducation première, il avait pu voir les plus belles peintures du Corrége; mais en les voyant, il fui averti de son propre génie. Ainsi, loin d'être un imitateur vulgaire, capable d'épouser sans discernement les (lualités et les défauts de son modèle, Schidone fut un admirateur intelligent qui peignit comme le Corrége, non-seulement parce qu'il l'admirait,
mais parce qu'il sentait comme lui, et il est un des rares exemples de la différence qui peut exister entre
une froide copie et une sympathique ressemblance.
ECOLE Lombarde
2 KCOLE ITALIENNE.
On ne sait que fort peu de chose touchant la vie de Barthélémy Schidone, et l'on ignore môme la date de sa naissance. Elle ne se trouve indiquée ni dans Vedriaiii, qui écrivait au dix-septième siècle la vie des artistes niodenais, ni dans le Microcosmo ddla pittura, de Scanelli , qui a consacré douze lignes seulement à la louange du Schidone, ni dans le P. Orlandi, dont VÂbecedario porte, à l'article de ce peintre, dans l'exemplaire interfolié du Cabinet des estampes, cette note de la main de Mariette : « .le le crois né en 1680, et, si je me trompe, ce ne peut être de beaucoup. » Mais le consciencieux Ticozzi, dans son Dizionario, publié il y a quelque vingt ans, place la naissance de Schidone vers l'année 1570, et cette date, en l'absence de tout document certain, nous paraît la plus vraisemblable. Quant à Malvasia, il se contente de citer le Schidone au nombre des peintres éminents sortis de l'école des Carrache, et il n'en dit pas un mot de plus. Le peintre modenais ne commence donc adonner prise à l'histoire que du moment où, passé maître lui-même, il fut employé par le duc de Modène à peindre les portraits des personnages de sa maison et de sa cour, et à décorer de fresques un petit portique du palais ducal, où il représenta les travaux d'Hercule avec une frise composée d'arabesques et d'enfants. Encore ne nous reste-t-il, de ces peintures, que la simple mention de leur ancienne existence , les unes ayant péri entièrement, les autres ayant été dispersées en Italie sans qu'on ait pu savoir ce qu'elles étaient devenues '.
Nous avons dit que le Schidone avait pu contempler à Modène les plus beaux ouvrages du Corrége. Là était alors, en effet, dans la galerie ducale, cette fameuse Nativité, si merveilleusement éclairée par la lumière qui émane de l'enfant Jésus, et que les Italiens appellent la Notte. Là était aussi ]e saint Georges, tableau tout brillant d'une lumière diffuse et naturelle, comme l'autre l'était d'une lumière concentrée et miraculeuse. Dans ces peintures qui avaient étonné l'art italien, Schidone crut reconnaître les qualités qu'il portait latentes en lui. Il étudia donc les tableaux du Corrége avec d'autant plus de ferveur qu'il y vit comme une révélation de lui-même. La grâce des contours, lamorbidesse des chairs, le clair-obscur, rien ne lui échappa. Au contact d'un si grand maître, il sentit remuer son propre génie. Vedriani nous apprend que Schidone lit ime copie du fameux tableau du Corrége, et comme le pense Tiraboschi, nul doute qu'il n'ait voulu désigner par cette expression le tableau de la Notte. Or, nous savons d'autre part que le duc de Modène , voulant avoir dans sa galerie ce morceau célèbre que le Corrége avait peint pour l'église Saint-Prosper à Reggio, en Ht faire une copie qui fut mise à la place du modèle. Il est donc probable que cette copie et celle du saint Georges qu'on admirait dans l'église de Saint-Pierre-Martyr, furent confiées au Schidone, seul capable alors de comprendre et de reproduire toutes les beautés de l'original. Mais dès la fin du siècle dernier, la copie du saint Georges n'existait plus dans cette église, ora più non si vede , dit l'abbé Tiraboschi.
Après avoir copié le Corrége, Schidone l'imita, mais sans servilité, sans froideur. 11 eut comme lui des lignes charmantes, un modelé tendre et passé, un pinceau suave, mais il apporta dans l'expression et l'arrangement de ses ligures , un sentiment plus intime, une grâce moins maniérée et plus retenue. Ses peintures religieuses ont un caractère sérieux et touchant; le sourire de ses Vierges est triste; l'enfant Jésus détourne naïvement ses regards de la croix que lui montre le petit saint Jean, et l'ensemble de ses Madones est empreint d'une poésie chrétienne que les Italiens d'alors ne rencontraient plus que bien rarement. Il existe un tableau de Schidone où la Sainte Famille est représentée au milieu d'un paysage tranquille et boisé. La Vierge est assise sur une pierre auprès d'un lac qui baigne une vallée ombreuse, et sur les bords de ce lac s'élève dans l'éloignement une masure abandonnée. Tandis que Jésus semble parler avec saint Jean de cette croix qui est l'unique jouet de leur enfance, Marie jette un regard mélaucoli(iue sur le vieux charpentier qui l'a accompagnée dans l'exil et qui maintenant, infirme et aveugle, s'appuie sur une béquille et paraît chercher son chemin. Schidone a su prêter ainsi quelque intérêt à un personnage toujours sacrifié, et donner un charme de plus à ce groupe éternel de saintes figures par lequel l'art italien a tant de fois lassé notre admiration.
' Queste pitture a fresco sono ora inleramenle periti; e i ritralli aneoia non si sa, ove esistano. Nothie de pittori, sculiori e architetti natii degli stati del duca di Modena, raccolte dal ah. Girolamo Tiraboschi. In Modena. ^86.
BARTHELEMY SCIIIUONE (1570). 3
La renommée du Schidone s'étanl répandue dans la haute Italie, il fut invité par les comtes Koiulii à venir décorer leur palais de Fiorano; mais des peintures qu'il fit pour eux, la plupart, et précisémonl les plus belles, le più pregevole, furent détruites par un incendie. Schidone fut ensuite appelé à Plaisance l'i V laissa, dans le i)alais Scolli et dans les églises, ijuclques-unes de ces Vierges qu'il peignait avec lani
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