L EDUCATION DE L ENFANT JESUS
passions avides, nos appétits brutaux, nos sens humains, qu'est-ce autre chose que des chiens que nous nourrissons de notre substance et qui ensuite nous dévorent? »
f, ÉCOLE ITALIENNE.
Tout autre que Schidone eût été peut-être moins touché que lui de se voir ainsi payé en monnaie de poète, mais le peintre niodenais n'était pas étranger lui-même à la poésie. Dans sa jeunesse ayant été mis en prison pour quelques paroles jugées trop libres, il avait adressé au duc César une pièce de vers, qui fut retrouvée deux siècles plus tard par l'abbé Tiraboschi, dans les archives secrètes de la maison d'Est. Le pauvre Schidone, comme il s'appelle, supplie le seigneur duc de jeter un regard de compassion sur un prisonnier désespéré, qui veut renoncer au monde et se faire moine. La libération du malheureux peintre, retenu en gage pour ses fautes, sera considérée, dit-il, comme une œuvre plus pieuse encore que le Mont-de-Piété
Dès qu'on parle d'un tableau de Schidone, il n'est pas un amateur qui ne s'imagine voir une Sainte Famille, car c'est presque uniquement comme peintre religieux que ce maître est connu en France. Et pourtant il lui est arrivé plus d'une fois de peindre avec convenance des sujets de la mythologie ou de l'histoire, et d'y mettre l'expression voulue, sans manquer jamais à la grâce qui lui était familière. En lOOi, il fut chargé de la décoration du palais communal de Modène, concurremment avec Hercule dell'Abbate, petit-lils de ce Nicolo dell'Abbate qui était venu à Fontainebleau avec le Primatice. Dans les parties de cette décoration qui lui appartiennent, Le Schidone représenta Coriolan , devenu l'ennemi de sa patrie, se laissant fléchir par les larmes de sa mère et de sa femme. Tout ce qu'offrait de ressources ce bel épisode de l'histoire héroïque de Rome, le peintre le mit en œuvre avec beaucoup d'art. A la noble vieillesse de Volumnie, mère de Coriolan, il opposa les charmes de Yéturie. Il sut exprimer les nuances de respect et de tendresse (|ue pouvaient inspirer au général romain la majesté d'une mère en deuil et la grâce d'une épouse éplorée qui vient prier à genoux pour sa patrie, en montrant des objets plus éloquents encore que ses larmes, ses deux enfants. Il fit sentir enfin dans la contenance des dames romaines qui accompagnaient la famille de Coriolan, la dignité d'une prière silencieuse en contraste avec l'attitude suppliante de Volumnie et de Véturie. De l'autre coté (lu mur, près d'une fenêtre, Schidone fit un tableau de V Harmonie personnifiée dans un groupe de sept femmes qui, par la variété de leurs gestes, de leurs tempéraments, de leurs costumes, symbolisaient, comme autant de caractères vivants, les sept notes de la musique. Expressives, gracieuses, habilement pondérées, ces figures offraient un heureux mélange de la manière du Corrége avec le style de Raphaël, qui, durant le seizième siècle, avait prévalu dans l'école Modenaise, où Pellegrino de Modène, élève du Sanzio, l'avait importé. Mais les autres ouvrages de Schidone ne laissaient plus voir aucune réminiscence de l'école romaine, et par exemple, dans le San Geminiano dont nous avons parlé, ou ne retrouve plus que le sentiment du Corrége. C'est dans le goût de ce gracieux maitre, que le saint évêque est représenté au moment où il vient de ressusciter un enfant qui , s'appuyant sur la crosse épiscopale, semble remercier son libérateur de se sentir revivre, et jette sur lui le premier regard de ses yeux rendus à la lumière.
De Modène, le Schidone fut appelé à Parme par le duc Ranuccio qui lui fit le plus agréable accueil et le chargea de peindre les portraits de sa famille, et ceux des principaux personnages de sa petite cour. La dévotion, l'histoire, la fable antique exercèrent aussi le talent de ce peintre aimable. 11 fit des amours aussi bien que des chérubins, des saints et des héros, des Charités, des Vierges, et toutes ces charmantes peintures facilement conçues, largement colorées, mais avec douceur, qui après avoir fait partie de la galerie Farnèse, sont aujourd'hui à Naples, où le voyageur les admire avec surprise. Le duc en fut si content qu'il voulut retenir pour toujours le Schidone, le fixer à Parme. Dans cette vue, il lui lit épouser la signora Rarbara, fille de Paolo de' Saliti, et il dota les nouveaux mariés d'une terre dépendant de sa villa de Felegara stipulant que cette terre serait transmissible aux enfants qui naîtraient de leur union, ou ferait retour au duché dans le cas où il n'en surviendrait point. Et afin que le Schidone pût cultiver son art en paix, le duc lui donna de plus une maison avec un jardin. Dans cette retraite philosophique, semblable à celle tant de fois rêvée par les poètes (hoc erat in votis), le Schidone aurait pu vivre heureux, et à défaut d'enfants, se faire comme une famille de ses figures et de ses pensées ; mais une malheureuse passion s'était emparée de lui, celle du jeu. C'est là sans doute ce qui explique le petit nombre de ses tableaux, et pourquoi il en a peint quelques-uns dans la manière strapassée de Lanfranc. Tantôt il passait ses journées à jouer à la paume
BARTHÉLÉMY SCHIDONK fl57 0). 7
et, rentré chez lui, il ne pouvait plus manier le pinceau que d'une main tremblante ' tantôt c'étaient les jeux de hasard qui dévoraient sa vie, son sommeil et son argent. Une nuit, il perdit huit cents écus qui étaient le prix d'un de ses tableaux, et il en ressentit un tel chagrin qu'il en mourut '. Le chroniqueur Spaccini a enregistré cet événement à la date du 27 décembre 1615. La mort de Schidone fut pleurée par les poètes de son temps. Le comte Fulvio Testi qui dans la première édition de ses poésies, imprimée à Venise, avait consacré un sonnet à la louange du Schidone, inséra dans la seconde édition, publiée à Modènc une Canzone en l'honneur du mort. César Rinaldi, poète iiolonais, dans une de ses Lettres, adressée au
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