REPOS DE LA SAIME FAMILLE
docteur Lodovico Scapinelli, déplore également la lin prématurée du peintre modenais, et il s'en console en lui prédisant l'immortalité : M'incresce, che lo Schedoni sia mono, pittore famosissimo, e che nelV opcn non morrà già mai.
Bien qu'il ait touché à plus d'un genre, et d'une façon remarquable, Bartolomeo Schidone est surtout un artiste religieux, et comme tel, seulement, il a un nom. Mais dans ce christianisme (jui fournit à la peinture des tableaux si sombres et de si douces images, il n'a jamais vu que le coté de la tendresse. On ne rencontre dans son œuvre ni les démons ni les martyrs, ni les bourreaux de l'enfer, ni les bourreaux de ce monde; on n'y voit que les anges du ciel et ceux de la terre. Ses enfants sont de la famille du Corrége;
' Oiotava volunlieri al ])allone. e se bene era pregalo a desistere, apportando lai giuoco deslrimenlo alla mano piUriee, non lïi possibile oltenersi elii' lo lasciassc. Fedriani.
' l.e même chroniqueur, cité par Tiraboschi, s'exprime ainsi, sous la rubrique du -I" janvier ■^6^6 : La morte del Schidone }iillnre è fattn d'affanno per arer lirato snidi SQO, dicono d'una pittura fatta, p gli ha giocatn, e perso in una notte.
toutefois l'imitation de ce grand peintre est corrigée dans le Schidone par l'intimité du sentiment chrétien, et c'est là précisément ce qui le distingue de son modèle. Ses Vierges ont dans le regard une mélancolie qui est une grâce de plus. Souvent il a peint Y Ensevelissement du Christ, et toujours avec une émotion grave, profonde et recueillie : aucune action, du reste, ne se prête mieux à la beauté de l'expression et à l'éloquence du clair obscur. Bien des fois nous avons regardé au musée du Louvre les deux tableaux de Schidone qui représentent la mise au tombeau de Jésus. Il en est un où la scène est éclairée par un ange; saint Jean, à genoux, soulève pieusement les pieds de son maître ; le corps est soutenu par Nicodème , et Joseph d'Arimathie est le seul témoin de ces funérailles d'un Dieu. Ainsi resserré sous la voûte du sépulcre, à la lueur d'un flambeau, avec ce petit nombre de disciples, le drame devient plus intime, plus touchant, plus auguste , et malgré la franchise de l'effet de lumière , les ombres sont si bien liées entre elles, que le tableau demeure tranquille et silencieux. Schidone, s'il n'avait eu cette délicatesse d'expression, eût été relégué par l'histoire dans le servile troupeau des imitateurs. Le sentiment qui anime ses ouvrages, la suavité de son pinceau l'auront sauvé de l'oubli, et l'on peut dire que s'il emprunta la lyre du Corrége, ce fut pour en tirer des mélodies moins brillantes et moins larges, mais toujours gracieuses, expressives et pénétrantes.
CHARLES BLANC
M(GlIgMlISg M EllDlI(ËiiîH(DISo
Schidone a gravé à l'eau forte une seule estampe qui est rare et surtout difficile à trouver bonne d'épreuve. Elle représente la Vierge avec l'Enfant qui tient une croix, et saint Joseph. —Les figures sont à mi-corps, petit in-4°.
Les tableaux et les dessins du Schidone sont rares, et chers quand ils sont bien authentiques. Excepté le musée de Naples, on en trouve fort peu dans les galeries de l'Europe.
Le Musée du Louvre possède trois tableaux du Schidone :
H" Une Sainte famille. — La Vierge tient l'Enfant debout sur une table. Saint .loscph est appuyé sur une béquille.
2» Le Christ porté au tombeau (peint sur bois). — Un ange tient un flambeau. Au revers du panneau est imprimé : Ex collectione Ar^' P'" F"' de Chastre de Billy.
3° Mime sujet. — Le corps est posé sur le bord du sépulcre. Saint Jean et Joseph d'Arimathie le soutiennent par les bras, et la Madeleine le soulève par les pieds. La Vierge et Mcodèrae sont témoins de ce spectacle.
Académie de Parme. — On y admire une Déposition de croix, qui passe pour un des chefs-d'œuvre du peintre.
Galerie de FI,oRE^cK. — Une Sainte famille de trois figures, où la Vierge embrasse l'Enfant; une Madone.
Galerie Pitti. — Deux Sainte famille el nn Saint Paul.
Misée degli Stcdi (à Naplcs). — C'est là que sont tous les ouvrages que fit le Schidone pour le duc de Parme, Ranuccio. On n'y en compte pas moins de seize, « parmi lesquels sont les plus importants que Schidone ait laissés, importants même au milieu des œuvres qui les entourent, dit M. Viardol (Musées de l'Europe). Tels sont quelques bons portraits, entre autres celui du Cordonnier de Paxd III, un Repos de l'Amour dans la solitude, un Christ couronné d'épines, un Groupe de femmes et d' enfants écoulant les récits d'un soldat, un Saint Jérôme, un Saint Paul tenant le livre et l'épée, un Saint Sébastien secouru par des femmes, un Saint Jean portant l'agneau, une Sainte famille , la Boutique de saint Joseph, etc. Telles sont surtout les deux compositions connues sous le nom de la grande et la petite
Charités, ouvrages composés avec sagesse, et exécutés dans une manière large el gracieuse à la fois. »
A MoDÈ.NK, dans la cathédrale, à l'autel de la Confession. — San Geminiann. Au palais communal, les tableaux de Coriolan et de l'Harmonie donl nous avons parlé.
Galerie di Uelnédèue (à Vienne). — Deux tableaux. Le Repos d'Emails. Jésus-Christ rompt le pain avec deux de ses disciples. Saint Sébastien. Il a une flèche à la main.
Pinacothèque (à Munich). —Sainte Madeleine ; à côté d'elle se trouvent deux anges.
Repos en Egypte. La Vierge avec son enfant; auprès, une cabane éclairée par une lanterne et par la lune.
Loth et ses files (demi-figures) . — Sainte Madeleine. Elle tient d'une main un livre et un crucifix de bois; elle a devant elle une tète de mort.
Galerie de Dresde. — • Sainte Famille. La Vierge tient sur ses genoux l'enfant Jésus, à qui saint Joseph présente la croix du jeune saint Jean. (Figures de grandeur naturelle.)
Vente dit. de Tallard, H75t). — La Fierge tenant l'enfant Jésus accompagné de .saint Jean et de saint Joseph. 900 liv.
Une petite Sainte Famille. — Très-joli dessin au bistre, rehaussé de blanc, pour le tableau qui précède. — 200 liv
I^a Fierge allaitant l'enfant Jésus. — • Dessin au crayon noir, lavé d'encre de chine. — -121 liv.
Vente ALvuiette, ^775. — Un sujet en hauteur, peint au bistre, rehaussé de blanc, d'un grand eflet, c'est l'esquisse du fameux tableau de ce maître, connu en Italie sous le nom (ÏOEuvre de l'aumône (c'est une des Charités). — 58t liv.
Vente Co>ti, i777. — La Vierge avec l'enfant Jésus, saint Joseph et saint Jean. — Tableau peint sur bois, de forme ronde et dont le diamètre est de deux pieds huit pouces, provenant de la vente du prince de Carignan. — 5,001 liv.
Vente Poullain, ^7C0. — La Vierge assise tient son fds dans .ses bras, l'enfant parait écouter saint Jean qui lui parle, saint Joseph les regarde.^ ^l•10. — Adjugé à M. de Rohan-(.habot. ( C'est le tableau de la vente Tallard).
Impr. Bénard et Cie, rue Damietle, 2.