BERNARDINO LUINI
bons moines en peignant dans lenr église la superbe fresque des Trois Croix que vous allez voir. » L'Italien qui nous parlait ainsi était nalit de Lugaiio et il paraissait fort insiruil des traditions locales. Il faut croire que les papiers du monastère portaient quchpios traces du fait qu'il nous raconta. Quoi qu'il en soit, il est conslanl que Bcrnardino Luini fut marié et qu'il eid deux lils au.\(piels il enseigna la peinture et (pii s'appelaient Evangelisti et Aurelio. L'un et l'autre \ivaient encore en 1584, lorsque Lomazzo publia son Traltato deW Arte délia Pittura, où ils sont mentionnés lionorablement. lly est dit qu'Aurelio était savant dans l'anatomie
SAINTE tAllll.LK.
et la perspective, qu'il s'entendait au paysage, et qu'il passait pour le meilleur des peintres milanais de la lin du seizième siècle. Evangelisti est cité à son tour comme étant plein d'invention et d'originalité pour les frises où l'on peint des rinceaux, des enfants, des mascarons, en un mot des grotesques et des arabesques. Dans un autre endroit de son traité, Lomazzo parle de Bernardino Luini comme d'un poète et il le nomme parmi les grands peintres qui eurent les faveurs de la muse ; mais aucun fragment de ses poésies n'est arrivé jusqu'à nous, et cependant un admirateur passionné de Luini, M. Rio, les a longtemps cherchées à Brera, à l'Âmbrosienne et à la .Magliabecchina de Florence. Par une heureuse compensation, les recherches de M. Rio l'ont amené à comiaître toutes les peintures dues au pinceau de Luini, et à posséder ainsi mieux que personne les éléments d'une sûre appréciation. 11 faut admettre, dit-il, trois influences diverses dans la série des œuvres presque innombrables de Luini : d'abord celle de Léonard, dont il s'est approprié, quand il l'a
voulu, le style et la manière selon la mesure et la tournure de ses facultés naturelles, avec cette différence. |)ourtant, que le sentiment chrétien, chez Luini, domine le sentiment de l'art, et que la grâce qui respire dans ses compositions religieuses est presque toujours exempte d'affectation; ensuite l'iniluence de Gaudenzio Ferrari, dont il imita les expressions, et enfin l'influence de Raphaël, qu'il imita aussi dans ses allures, dans ses mouvements et ses draperies. « Il prend à Léonard ses types gracieux en les simplifiant, ses types sévères en les adoucissant et quelquefois en les affaiblissant un peu. Il reproduit avec la même prédilection cette figure si suave de sainte Catherine en donnant à sa physionomie une expression plus sympathique aux âmes pieuses. Un autre sujet qu'il renouvela de Léonard, fut celui de VHérodiade, où il déploya une énergie qui ne lui était pas ordinaire, et une finesse de travail qui défie la plus minutieuse critique, tout en répandant un charme inexprimable sur une composition qui semble ne devoir inspirer que de l'horieur.... » Pour nous, ce qui nous frappe le plus chez Luini, c'est le mélange de deux qualités que l'on trouve bien rarement associées dans l'histoire de la peinture : je veux dire une faculté prodigieuse d'imitation, et avec cela une originalité véritable dans la façon d'inventer et de sentir ; quelque chose de précieux, d'intime et d'ingénu qui appartient aux époques antérieures, et qui se cache sous les formes pleines, sous les draperies souples et sous les dehors élégants du seizième siècle.
CHARLES BLANC
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Bernardino Luini est ainsi nommé quoiqu'il ail signé ses tableaux Lovino, et que Lomazzo, son condisciple, l'appelle aussi Lovino et quelquefois Lovini. Les principaux ouvrages de Luini sont à Milan et dans le Milanais :
Au Louvue. — Une Sainte Famille; le Sommeil de Jésus; Satomé, fille d'Hérodiade, jrravé en tète de cette Notice.
A Paris, dans la galerie Pourtalès, une ffcVodtade qui vient de l'Escurial, où elle passait pour un morceau de Léonard.
A Milan, dans le Monastero niaggiore, les fresques de l'église et du couvent de Saint-Maurice.
Dans l'église de San-Giorgio-in-Palazzo, une fresque représentant Jésus descendu de la croix, et dans l'église Santa- Maria-della-Passione, un sujet de la Passion.
Au musée de rAmbro3ienne,unc Sainte Famille semblable à la Sainte Anne du Louvre, avec quelques changements; le Christ couronné d'épines, peint pour la confrérie délia Spina, plus un groupe de l'Enfant Jésus jouant avec saint Jean et l'agneau.
A la galerie Brera, plusieurs fragments de fresque relatifs à l'histoire de la Vierge. On y remarque la Naissance de la Vierge, la Main chaude dont nous avons parlé, Joseph et la Vierge allant se marier aw Temple.
Là se trouve aussi la célèbre composition de Sainte Catherine portée par des anges, qui a été plusieurs fois imitée, et une peinture mythologique, la Naissance d'Adonis, où l'enfant est représenté sortant du creux d'un arbre. La galerie renferme aussi une Madone dite à la rose , parce que l'Enfant cherche à prendre une rose qui pend à un treillage.
Au palais Litta, le Mariage de sainte Catherine ; et au palais Borromée, deux Vierges et une Sainte Catherine.
A Paviiî, dans la Chartreuse, une grande fresque représentant saint Sébastien ; qWq est endommagée.
A LuGANO, dans l'église deyli Angcli la grande fresque représentant les Trois Croix, dont nous avons parlé, et qui est ici gravée page 8, ainsi que la Vierge à l'agneau page 3.
A Saronno, dans l'église Sainte-Marie, une suite de fresques relatives à l'histoire de la Vierge.
A Florence, dans la tribune, une Hérodiade qui passe pour le chef-d'œuvre de Luini.
A Munich, Sainte Catherine avec les marques du martyre, demi-figure de grandeur naturelle, sur bois, et la Fiergc allaitant l'Enfant.
LnVierge et l'Enfant; elle le tient sur ses genoux, et saint Jean lui présente une fleur. Petites figures sur bois.
A Vienne, galerie Esterhazy, une Sainte Catherine.
A Londres, dans la galerie nationale. Le Christ au milieu des Docteurs.
Chez lord Asliburton, une Sainte Famille.
Voici les prix que nous fournit le Trésor de la Curiosité :
Vente de Faviers, 1837. — La Vierge et l'Enfant, tableau acheté par M. de Faviers à la famille ïoreciUa. d ,400 fl.
Vknte Guillaume 11, roi de Hollande, 1850. — Saint Sébastien attaché à un arbre; sur un tertre, la Madone, l'Enfant et saint Jean. 7,000 florins. Roos.
Sainte Famille. 15,500 florins. Brondgeest.
Saitite Catherine avec deux anges. 7,000 flor. De Vriés.
Vente Morred, 1857. — Hérodiade provenant de la galerie du duc d'Orléans. 8,700 francs.
Le Portrait que. nous donnons en tête de celte Notice, passe pour être celui de Luini, peint par lui-même dans la fresque des Trois Croix, à Lugano.
Imprimerie PoileviR, rue Damiettc, 2.
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ou ANDREA DEL GOBBO